2014 21 janvier Audition de Marie-Stella Boussemart, présidente de l’UBF

publié le mardi 21 janvier 2014, par MSB

Observatoire de la laïcité

Hôtel de Broglie - 35, rue Saint Dominique – 75007 PARIS

Thème : « Vision de la laïcité dans la France d’aujourd’hui

« Je tiens tout d’abord à vous présenter mes meilleurs vœux pour cette année 2014 et à vous remercier de votre invitation.

En ce qui concerne le sujet qui nous intéresse c’est-à-dire « notre vision de la laïcité dans la France d’aujourd’hui », je tiens à préciser que je n’ai pas pu faire de consultation officielle de l’Union Bouddhiste. Je vous donnerai donc la vision qui je pense est celle des bouddhistes dans leur majorité.

Le bouddhisme n’est pas dans une démarche dogmatique, c’est plutôt une vision pluraliste des sujets abordés. Le bouddhisme n’est pas une religion révélée, nous n’en remettons pas à un ou à des Dieux créateurs. Le bouddhisme c’est avant tout un ensemble de convictions, posées de façon très rationnelle. Par exemple, Bouddha disait : « ce n’est pas parce que je dis quelque chose que j’ai raison. Avant tout, vous devez, vous, réfléchir ».

Nous nous sentons à l’aise en France, car le Bouddha n’a pas fait de distinction entre les disciples. Pour nous il y a quatre catégories de personnes dont deux grandes catégories que sont les laïcs —au sens étymologique— et les religieux. Dans les religieux il y a les moines et les moniales, et dans les laïcs il y a les hommes et les femmes.

Notre communauté est composée de beaucoup d’asiatiques et ensuite des occidentaux qui ont fait le choix du bouddhisme. La principale différence réside dans le fait d’avoir été éduqué ou non en France, et d’avoir eu accès dès le départ à l’éducation à la française, car quand on a été élevé avec les valeurs françaises, la laïcité semble couler de source.

Pour les personnes qui viennent d’autres pays, en particulier des pays d’Asie, la laïcité telle que nous la mettons en application en France peut sembler difficile d’accès, du fait de l’ambiguïté des termes laïcs et laïcité.

La laïcité est aujourd’hui un espace commun, impartial, qui est censé inclure tout le monde, où il ne devrait pas y avoir d’exclusion des croyants ou des personnes de convictions.

Et c’est sur ce sujet que nous pouvons nous trouver en difficulté. Le bouddhisme est présenté comme une nouvelle religion en France, mais on est présent depuis le XIXème siècle. Beaucoup de personnes sont bouddhistes et nés français au Vietnam ou au Cambodge. Ils sont malheureusement trop souvent catalogués « étrangers » : ce n’est pas agréable de se sentir étranger dans son pays.

Il y a des situations assez amusantes, parce que le vêtement que je porte n’est pas très courant. La semaine dernière j’ai ainsi été invitée à la cérémonie des vœux du maire de Paris. C’est Mme Hidalgo qui m’a accueillie,… avec quelques mots d’anglais.

J’aurais tendance à dire qu’il y a peut-être un déficit dans l’information et dans l’éducation, des adultes. De ce point de vue je suis extrêmement reconnaissante du travail que vous accomplissez, vous essayez de rétablir ce qu’est la laïcité en tant qu’espace de liberté.

Le problème c’est qu’avec le battage médiatique autour de la laïcité depuis 1989, on attise les peurs, par le biais de la laïcité.

En dehors de mes fonctions de Présidente, je suis interprète du tibétain au français. Et je me rends compte de l’importance du choix des mots.

Dans les documents que vous publiez, vous dites par exemple : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Ce sont les textes officiels, mais le terme de « même » est peut être mal choisi : on a l’impression que cela veut dire « on fait quand même un petit effort ». C’est pourquoi il me semble préférable de mentionner toutes les opinions.

Pour revenir à l’allocution de M. Delanoë lors de la cérémonie de vœux, il a dit : « je suis laïque », puis a ajouté immédiatement : « non-croyant ». Ce qui montre bien que dans le quotidien et dans les relations entre les élus et les citoyens, les choses ne sont pas claires.

Lorsque nous regardons les textes mettant en œuvre la laïcité, j’ai l’impression que cela est imprégné d’une certaine tendance à un absolu. On est beaucoup dans la dualité : le laïque et le privé.

Ainsi, je note un glissement, notamment à propos de l’école. En fait, qui dit école privée, ne dit pas nécessairement confessionnelle, mais dans la plupart des textes, on ne fait pas la différence ce qui induit beaucoup de choses dans la tête des citoyens. »

Extraits des échanges avec les membres de l’Observatoire de la laïcité

En réponse à une question concernant le vivre-ensemble et les relations entre le bouddhisme et les autres religions :

« L’enseignement du Bouddha n’est pas la vérité mais une vision des choses. Le bouddhiste doit pouvoir se mettre à disposition de l’autre. Quelle que soit sa religion, il faut pouvoir lui répondre dans le même langage. Chacun doit pouvoir être libre, mais il faut aider tout le monde à faire son chemin tel qu’il l’a décidé.

Dans le secteur privé, on sait que le fait de laisser transparaitre une appartenance religieuse devient un important désavantage. En effet, en France, si on est asiatique et bouddhiste cela ne posera guère de problème, car pour le recruteur… ‘C’est normal’. Mais si on est de type occidental et bouddhiste, il vaut mieux ne pas laisser paraitre sa religion, au risque d’être perçu comme membre d’une secte… et de ne pas être recruté. »

 

Informations complémentaires

Membres présents de l’Observatoire de la laïcité
Jean-Louis Bianco, président
Nicolas Cadène, rapporteur général
Pascal Courtade, chef du Bureau Central des Cultes
Abdenmour Bidar, chargé de mission laïcité à la Dgesco (Direction générale de l’enseignement scolaire) du ministère de l’éducation nationale
Annie Guillemot, Ingénieur des travaux publics de l’État
Patrick Kessel, journaliste et essayiste, président du Comité Laïcité République.
Laurence Loeffel, Inspectrice générale de l’Education Nationale
Daniel Maximin, romancier
Catherine Moreau, secrétaire général des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche