Emission Voix Bouddhistes
du 26 Novembre 2000
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En complément de l'émission, Gérard Pilet répond à quelques questions sur le rôle de la pratique spirituelle dans l'évolution de la société, l'unité sous-jacente aux différentes formes de bouddhisme, et les pratiques associées à la méditation dans le bouddhisme Zen. Vous trouverez également sur cette page des informations sur les livres présentés lors de cette émission. |
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Quelle est l'importance de cette pratique de Kannon pour le monde d'aujourd'hui ? Dans notre monde actuel il est très important d'essayer de développer cet esprit de Kannon, cet esprit de compassion. Si chacun fait un effort dans ce sens là, certainement le monde ira beaucoup mieux. Comment vois-tu les choses de ce point de vue, le monde a-t-il tendance à se porter mieux ou moins bien ? J'ai l'impression que malgré les apparences le monde va moins mal qu'on pourrait le croire. Parce qu'il y a quand même depuis quelques années un certain renouveau en ce qui concerne le travail intérieur. Les voies spirituelles intéressent de plus en plus de gens, le travail de transformation intérieure intéresse de plus en plus de gens. Et je crois que celà portera forcément ses fruits. Il y a suffisamment de gens maintenant qui se rendent compte que le vrai changement dans la société ne se fera que si les gens se transforment eux-mêmes. Et que changer les structures, changer les institutions c'est bien joli, c'est certainement nécessaire dans certains cas, mais c'est insuffisant. Si l'esprit des hommes ne change pas, la société ne peut pas vraiment changer. En revanche, si l'esprit des hommes change, tout est possible. Le Zen semble jouer un rôle particulier de ce point de vue, car c'est une forme de bouddhisme les plus abordables pour les Occidentaux. Oui, certainement. C'est parce que dans le bouddhisme Zen, le dépouillement concernant les formes extérieures est très important : on entre de plein pied dans la pratique de la méditation, sans avoir à passer par des rituels qui peuvent dans certains cas pour les Occidentaux paraître un peu bizarres. De ce point de vue, le Zen a une très grande adaptabilité. Ca ne veut pas dire pour autant que les autres formes du bouddhisme ne peuvent pas s'adapter à l'Occident. Mais disons que pour ce qui concerne la branche Zen, l'adaptabilité est plus facile. C'est un peu paradoxal, parce que les traditions qui sont le plus implantées en France sont le Zen d'un côté et le bouddhisme Tibétain de l'autre, alors que ce dernier est justement très rituel. Comment expliques-tu cela ? Je crois que le bouddhisme Tibétain présente un côté très ritualiste, mais il présente aussi un authentique cheminement vers la voie de la libération. Le Zen c'est la voie du sans forme, mais il y a des gens qui ont besoin de formes extérieures. Ceux qui aiment beaucoup les formes extérieures, qui ont besoin de formes extérieures, trouvent dans le bouddhisme Tibétain davantage de formes extérieures, mais ils peuvent aussi y trouver quelque chose de plus profond, de plus fondamental, par exemple dans le Dzogchen qui est très proche du Zen. Cet aspect de compréhension, d'ouverture aux autres formes de bouddhisme, est-il important dans ta tradition ? Je considère qu'il est très important quand on est dans une forme, dans la pratique d'une voie, de se concentrer seulement sur la voie que l'on pratique. Mais cependant, cette concentration sur la voie que l'on pratique n'exclue pas que l'on ait le plus grand respect pour les autres voies spirituelles. En l'occurrence, en ce qui concerne le bouddhisme, pour les autres formes de bouddhisme. Parce que derrière la multiplicité des voies, la multiplicité des approches, on trouve l'unité du message de Bouddha. Et il ne faut jamais qu'on oublie que sous le multiple, il y a cet un là. Cela me paraît très important. Est-ce qu'on ne rencontre pas cependant parfois un excès d'attachement chez certains pratiquants envers leur propre pratique? Est-ce qu'un attachement excessif envers sa propre voie n'est pas dans certains cas un obstacle ? Si c'est une concentration sur sa propre voie, c'est très bien. Si c'est un attachement qui entraîne un esprit d'exclusion ou la croyance que la voie que l'on pratique est meilleure que les autres, est supérieure aux autres, à ce moment là je trouve que c'est regrettable. Quelle est la place de l'impermanence dans l'enseignement du Zen ? Dans le Zen, on a l'expression "Mujo boda shyin". "Mujo" c'est l'impermanence, "boda shyin", l'esprit d'éveil. Et les maîtres dans notre transmission disent tous que si on réalise profondément l'impermanence, véritablement, l'esprit d'éveil ne peut pas ne pas se manifester. Dans le cadre d'une retraite ou d'une journée de pratique, y a-t-il d'autres pratiques que la pratique de la méditation ? Dans une sesshin les deux activités principales sont la pratique de Zazen, c'est à dire de la méditation silencieuse, assise, et la pratique du Samu, c'est à dire du travail manuel. En dehors de ça, ce qui va être très important aussi lors d'une sesshin c'est la concentration de l'esprit sur toutes les actions que l'on va faire dans la journée. Entraîner l'esprit à être là, exactement présent à ce que le corps fait. Ne pas permettre à l'esprit, au mental, de s'échapper. S'en rendre compte lorsqu'il s'échappe, et revenir à soi, au centre, à la vigilance. Y a-t-il également des rituels ? Oui, après chaque zazen du matin on chante l'"Hannya Shingyo". Il y a une cérémonie au cours de laquelle on fait des prosternations : "Sampaï", "Gasho". Et ce rituel dure dix minutes environ après le zazen. "Sampaï", "Gasho", peux-tu préciser pour ceux qui ne connaissent pas ces termes ? "Sampaï" c'est la prosternation, le front qui touche terre. C'est le petit égo qui lâche prise, qui s'abandonne à l'ordre cosmique, à Bouddha, à l'illimité. "Gasho", c'est les mains jointes (Gérard Pilet fait un geste de salut). On le pratique dans le Zen lors des cérémonies, mais aussi très souvent au cours de la journée. Par exemple quand on entre dans le Dojo, on fait "Gasho". Avant de s'asseoir sur son zafu en posture de méditation, on fait "Gasho". Quand on arrive au réfectoire par exemple et qu'une personne nous apporte la nourriture, on fait "Gasho". C'est "Ishin denshin" dans le Zen : "De mon esprit de Bouddha à ton esprit de Bouddha". C'est essentiellement entre deux personnes ? Soit entre deux personnes, soit entre le pratiquant et la statue du Bouddha. C'est ce qui permet de relier l'ego avec la nature de Bouddha dans le quotidien de la vie. Si je t'aborde en te serrant la main, cela n'implique pas les mêmes choses en faisant "Gasho". En moi, ce n'est pas la même chose qui va résonner. C'est un moyen pour aborder l'autre en tant que Bouddha. Sur une base qui n'est pas une base de conflit. Exactement. A un moment tu as dit que s'il n'y avait plus moi et l'autre, l'esprit de Kannon se manifeste. Pour ceux qui connaissent peu le Bouddhisme, "l'esprit de Kannon se manifeste" peut être mal interprêté, comme quelqu'un d'extérieur dont l'esprit viendrait. Peux-tu préciser ce point ? "L'esprit de Kannon se manifeste" veut dire que notre propre esprit de Bouddha, cette conscience universelle, se manifeste. Et quand cette conscience universelle se manifeste, la compassion se manifeste, la sagesse également. Les deux grands obstacles à la manifestation de la compassion et de la sagesse, c'est l'esprit du moi et l'esprit du mien. La manifestation de l'esprit de Kannon, ce n'est pas une manifestation qui tombe du ciel. C'est le potentiel de la nature de Bouddha qui s'actualise. Quels sont les principaux sites internet de l'AZI ? Il y a un site "AZI" et un site "Dojo de Paris", qui est plus court, mais renvoie aussi au site "AZI". Les deux se complètent. L'adresse du site de l'AZI, c'est http://www.zen-azi.org/ et celle du site du Dojo de Paris : http://www.dojozendeparis.com/ Quel ouvrage recommanderais-tu à quelqu'un qui veut en savoir plus sur le Zen ? Je crois qu'on pourrait conseiller "Vrai Zen" de Maître Deshimaru, qui est un livre fondamental. Il y a tout dans ce livre pour qui veut s'initier à la pratique de Zazen, à la voie du Zen. |
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Information sur les livres présentés lors de cette émission : |
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L'Autre Rive
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La Grue Cendrée |
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Le Soutra de la liberté inconcevable
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Contes de Sagesse |
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