Quatrième Assises de l’UBF des 30 et 31 mai 2015

L’UBF s’engage sur le sujet du changement climatique

publié le mardi 2 juin 2015, par UBF

Les deux matinées dédiées aux Assises avaient pour objectif, dans un premier temps, d’établir un constat bouddhiste du péril lié au changement climatique et, dans un second temps, de dégager les projets que l’UBF pourrait mettre en place pour apporter sa contribution à la lutte contre ce dérèglement climatique.
Animateurs : Olivier Wang-Genh, président exécutif de l’UBF et délégué au pôle Activités cultuelles, et Minh Tri Vo, vice-présidente et présidente déléguée au pôle Communication de l’UBF.
Présents : 31 personnes sur les deux matinées

Introduction des Assises

En introduction aux Assises, le président de l’UBF a expliqué qu’elles s’inscrivaient dans le cadre de la COP 21, la Conférence de Paris sur le changement climatique qui se tiendra en novembre et décembre 2015. Rappelant que l’UBF venait de participer le 21 mai dernier à un colloque au Sénat réunissant autour de ce thème les représentants des six principaux cultes en présence de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, il a rapporté une question des journalistes montrant bien que la société attend autre chose que des paroles de la part des religions ; elles doivent assumer pleinement leurs responsabilités en apportant une contribution concrète à la prise de conscience de l’humanité et aux solutions à mettre en place. Le Bouddhisme doit donc s’engager dans ce sens mais pour ce faire, une réflexion préalable est nécessaire. C’est dans ce but que des Assises ont été organisées par l’UBF, avec l’idée également d’accorder les points de vue des différentes traditions bouddhistes pour répondre d’une seule voix aux nombreuses sollicitations qui se présenteront avant, pendant et après la COP 21.

Comme première échéance, le 1er juillet, la CRCF (Conférence des Responsables de Cultes en France) va rencontrer le Président de la République et lui remettre un « plaidoyer » sous la forme d’une lettre commune montrant l’action et l’engagement des religions pour le climat, ce qui nécessite une réflexion préalable au sein de la communauté bouddhiste. Avant l’ouverture des discussions, Olivier Wang-Genh a précisé qu’il ne s’agit pas de reprendre le discours écologiste ou de se substituer à lui mais d’apporter un regard bouddhiste sur la question et d’élaborer des initiatives en ce sens, la réflexion devant se faire en deux temps : 1/ analyser de manière bouddhiste la crise climatique et ses causes, 2/ envisager des solutions en proposant concrètement des projets à mettre en place.

1. Analyse Boudhhique de la crise climatique

Lisant en préambule les lignes essentielles du discours qu’il a prononcé au Sénat, le président de l’UBF a dégagé deux éléments majeurs de la réflexion bouddhiste : la prise de conscience de la nature impermanente des choses et la compréhension de l’interdépendance des phénomènes. L’homme a exploité jusqu’à présent la planète comme si ses ressources étaient inépuisables, comme si elle ne pouvait jamais être altérée par notre activité et comme si elle était indestructible. Or, la situation présente montre bien que tout ce qui est composé est sujet à la destruction, comme l’a enseigné le Bouddha. C’est aussi l’ignorance de la nature interdépendante des phénomènes qui a entraîné l’exploitation excessive de la planète, le fait de ne pas voir le lien existant entre les causes et les résultats, entre nos actes et leurs effets, le fait aussi de ne pas être conscient que chaque chose dont on bénéficie résulte de la contribution de très nombreux facteurs.
De plus, la crise climatique est aussi, au regard du Bouddhisme, la conséquence d’actes influencés par les trois poisons de l’esprit (ignorance, avidité et aversion). La première Noble Vérité enseignée par le Bouddha est celle de la souffrance. Or, cette souffrance déjà présente et qui s’annonce à une vaste échelle à cause du réchauffement climatique est là pour « pointer du doigt le mécanisme de l’ignorance et nous devons faire face à cette réalité », a souligné Minh Tri Vo.
Il est nécessaire de prendre conscience que nous sommes un avec l’environnement, qu’il n’y a pas d’un côté l’homme et de l’autre la nature (Olivier Wang-Genh). Une telle conception dualiste ne reflète pas la réalité et on ne peut s’attendre à des conséquences positives si on la suit. Les textes bouddhistes incitent au respect de soi, au respect des autres et au respect de l’environnement car tout est lié.
On peut se sentir impuissant face à l’enjeu climatique qui semble nous dépasser et relever du monde politique (Jacques Foussadier), la crainte d’un avenir difficile peut nous conduire à fuir la confrontation avec la réalité (Sr Dao Nghiem) et bloquer ainsi tout changement, mais « le fait de savoir que nous sommes tous reliés atténue cette peur » (Minh Tri Vo).
Le constat étant établi, il s’agit d’envisager quelles réponses peut apporter le Bouddhisme, au plan individuel comme au plan collectif. Plusieurs intervenants ont souligné l’idée que l’impulsion doit venir de chacun d’entre nous : « La clé est de modifier notre comportement » (Richard Sobraques), « On ne peut changer le monde si l’on ne change pas soi-même » (Minh Tri Vo), « _ Chacun doit développer la pleine conscience dans ses actes quotidiens » (Murielle Dionnet). Olivier Wang-Genh a renforcé cette idée par celle de l’exemple : « La valeur de l’exemple est centrale. Or nous n’arrêtons pas de montrer de mauvais exemples. Nous devons donc nous interroger sur l’écart entre nos paroles et nos actes ». Mais il a souligné dans le même temps les propos de Nicolas Hulot, dans son discours au Sénat, faisant état qu’on n’en est plus au stade des petits actes quotidiens pour renverser rapidement le cours catastrophique des choses, que les corrections « à la marge » ne suffiront pas. Il faut donc que le Bouddhisme propose des idées et des projets susceptibles de participer de manière effective à ce renversement du réchauffement climatique.

2. Solutions et projets

Jean-François Buliard a proposé d’envisager deux axes dans les réponses à apporter : A/ les initiatives tournées vers la communauté bouddhiste et B/ celles orientées vers la société civile. Cette idée a été reprise pour la suite des discussions.

1. Réponses internes à la communauté bouddhiste
Les échanges entre les participants ont amené cinq grandes propositions :
Création d’une charte à destination des centres membres : il s’agit d’un engagement éco-responsable que l’UBF élaborerait et proposerait aux membres pour qu’ils s’engagent à l’appliquer dans la gestion de leurs centres de pratique _ – Édition d’un feuillet des bonnes pratiques pour les personnes fréquentant les centres : ce pourrait être un engagement en une dizaine de points complété par un livret détaillant chacun d’entre eux
– Confection d’un livret détaillant la mise en pratique des enseignements au quotidien, en lien avec la protection de la planète : l’idée est qu’il serait disponible dans les centres et pourrait être ramené chez soi
– Mise en place d’un système de prêt participatif du type « crowdlending » pour des micro-crédits (entre 500 et 1000 €) à taux faibles soutenant les projets éco-responsables : l’idée serait pour l’UBF de mettre cette possibilité à disposition des centres et associations membres
– Création d’un forum interne sur le site Internet de l’UBF : il s’agit d’encourager à travers ce forum un échange des bonnes pratiques éco-responsables entre les membres (questions-réponses, mutualisation des expériences, etc.).

2. Réponses à destination de la société civile
Sept propositions ont été retenues :
Éco-responsabilité dans la gestion de la Grande Pagode : pour l’UBF, organiser les évènements tels que la Fête du Bouddhisme en tenant compte des bonnes pratiques protégeant l’environnement, définir un engagement éco-responsable écrit à destination des utilisateurs de la Grande Pagode (Charte de la Pagode)
– Publication d’un manifeste UBF à destination du grand public : l’idée est d’éditer un texte intertraditions d’une trentaine de pages montrant comment les valeurs bouddhistes peuvent contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique et de le faire éditer en vue d’une large diffusion, avec, à la fin du fascicule, la liste des centres adhérant à la charte
– Mise en place d’actions touchant l’éducation sur la base des notions d’éthique et de présence attentive : l’idée pourrait être par exemple d’ouvrir la Grande Pagode aux visites du public, scolaires et autres en proposant un parcours éducatif (ateliers, etc.) exposant les valeurs bouddhistes et leur application personnelle
– Création d’un espace sur le site Internet de l’UBF dédié à la contribution du Bouddhisme à la protection de la planète : cet espace proposerait aux internautes un manifeste bouddhiste et des rubriques présentant les initiatives diverses de l’UBF et de ses membres sur le sujet
Participation active au dialogue interreligieux, aux échanges avec la société civile et les institutions sur le sujet du changement climatique
Formation de personnes ressources capables de parler du respect de la planète à partir de la vision bouddhiste : la formation porterait à la fois sur les valeurs bouddhistes et les connaissances nécessaires en lien avec la problématique écologique.

Conclusion des assises

Après qu’Olivier Wang-Genh ait remercié l’assistance et expliqué que les propositions retenues seraient soumises au Conseil d’Administration de l’UBF, les Assises se sont conclues sur des mots de Minh Tri Vo, viceprésidente de l’UBF, qui a évoqué le sentiment de gratitude que nous devons avoir envers le monde car notre précieuse vie humaine n’est possible qu’à travers le jeu de l’interdépendance et elle a souligné plus particulièrement la gratitude que nous devons avoir envers notre héritage : nos ascendants familiaux, nos maîtres spirituels mais aussi tous les ancêtres qui ont façonné depuis des siècles notre pays, la France.