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6 octobre 2016

Rencontre interreligieuse du 14 septembre 2016

Dialogue interreligieux au service du respect et de la tolérance

publié le jeudi 6 octobre 2016, par UBF

La rencontre s’est tenue le 14 septembre, au collège des Bernardins de Paris, en présence de sa sainteté le Dalaï Lama.

Vous trouverez ci-dessous l’intervention d’Olivier Wang-Genh, président de l’Union Bouddhiste de France. La Vidéo de la totalité de la rencontre est disponible sur le site du collège des Bernadins Cliquer ici


Intervention d’Olivier Wang-Genh

Je voudrais commencer par une observation simple : nos différentes religions sont très différentes les unes des autres mais il y a sans doute un point qu’elles partagent, c’est la très grande complexité de leurs propres traditions ou écoles, leurs multiples expressions à partir d’un message commun à l’origine. Le dialogue inter religieux à l’intérieur de chaque grande religion est présent depuis bien longtemps et même s’il se révèle parfois difficile, il est devenu un élément clé à la survie de chaque religion. Les expressions sont différentes mais la source reste la même, des lors ce dialogue continue malgré toutes les difficultés rencontrées. Pourquoi ne pas envisager un dialogue « inter religion » dans ce même esprit ? Le dialogue inter religieux s’établit trop souvent dans une simple recherche de tolérance ou d’acceptation de l’autre, de ses différences et de ses caractéristiques. On cherche à comprendre le sens de certaines de ses pratiques, des expressions alimentaires, vestimentaires, des formes cultuelles et rituelles ; on cherche à cohabiter car nous vivons dans un monde de proximité dans nos villes, nos quartiers, nos cages d’escaliers… Ce dialogue de « connaissance », aussi nécessaire qu’il soit, est il suffisant ? Je suis frappé par le fait que ce dialogue inter religieux, la plupart du temps ne s’établit pas avec un catholique ou un protestant, avec un musulman ou un juif mais qu’on dialogue d’abord avec un être humain. Un être humain et la façon dont il vit sa propre foi, dont il a expérimenté les enseignements qu’il a reçu, la façon dont il les a digéré. Toute la qualité de ce dialogue dépend avant tout des qualités humaines de la personne qu’on a en face de soi, de son ouverture d’esprit, de sa bienveillance, de sa souplesse intérieure et peut être surtout de son expérience spirituelle.

Alors pourquoi ne pas commencer ce dialogue inter religieux avec les autres religions comme on le fait avec les différentes composantes de sa propre religion. En ne perdant jamais de vue que malgré les différences, la source est la même.

La question qui se pose alors c’est « existe-t-il une telle source commune à toutes les religions ? ». Répondre non à cette question est simplement mortifère aussi est il vital de trouver une réponse autre. Oui, il existe un point commun d’où toutes les religions naissent, ou toutes les religions retournent et ce lieu c’est le silence. Nous nous retrouvons tous dans le silence. Un grand maître de ma tradition du Zen a écrit un poème qui commence ainsi : « Lorsque dans le silence, tous les mots sont oubliés, cela apparait clairement » Peu importe la pratique qui conduit à ce silence : prière, oraison, contemplation, abandon, méditation, il est sans doute temps pour les religieux d’aller explorer ces espaces communs, ces lieux de partage et de communions qui ne sont en aucun cas des formes de syncrétismes idéalistes mais qui sont avant tout des lieux d’expérience !

Ce matin je souhaite offrir une partie de mon temps de parole avec, non pas une « minute de silence » qui en ces temps troublés serait associée à un moment grave et douloureux mais plutôt soixante secondes de silence partagé dans une joie paisible et une espérance pour l’avenir.

Trois réflexions et une pratique

1) D’abord, la nécessité et la réalité du dialogue aujourd’hui est présente partout : le dialogue social, le dialogue dans l’entreprise, dans la famille, dans le couple, entre les générations et les cultures. Comment les religions pourraient elles s’en passer ? Ce dialogue inter religieux aujourd’hui est il une option ou une nécessité ? Une meilleure connaissance de nos convictions profondes et de tout ce qu’elles impliquent dans l’expression de nos vies, alimentaires, vestimentaires, rituelles et visibles, n’est elle pas devenue indispensable dans la proximité de nos villes et de nos banlieues ? Pour autant, un dialogue basé sur la simple acceptation et tolérance de l’autre est il suffisant ?

2) Ensuite, le dialogue interreligieux touche aujourd’hui chaque religion en interne : Il y a certainement autant, voir plus, de dialogue à l’intérieur de chaque religion qu’il y a de dialogue avec les religions entre elles. En tant que président de l’Union Bouddhiste de France le dialogue inter religieux entre traditions bouddhistes me demande parfois plus de temps que celui avec les autres religions. De plus ce dialogue ne s’établit plus avec UN catholique ou UN musulman, qu’il ou elle soit religieux ou laïc mais avec la personne que l’on a en face de soi, un être humain et la façon dont elle vit sa propre foi, dont elle a expérimenté les enseignements qu’elle a reçu et peut être surtout la façon qu’elle a eut de les digérer. Car ce dialogue aujourd’hui ne s’arrête pas à des dialogues en haut lieu, entre spécialistes ou docteurs en religions ; c’est plus un dialogue de proximité, presque de voisinage, un dialogue de quartier, de cage d’ascenseur pourrait on dire. Dans cette proximité, on peut bien sûr tomber sur le meilleur… comme sur le pire.

3) Enfin, ce dialogue interreligieux a atteint ses limites et ne peut plus aujourd’hui, me semble t-il, en rester à une forme de tolérance ou d’une connaissance de grands principes aussi bienveillante soit elle. Il y a un lieu où les religions se retrouvent, qu’elles le veuillent ou non et ce lieu c’est le silence. Peu importe le nom que l’on mettra sur ce silence : prière, oraison, contemplation, abandon, méditation … Il est sans doute temps pour les religions et peut être surtout les religieux d’aller explorer ces espaces communs, ces lieux de partage et de communion à partir desquels peut naître un véritable dialogue. Un poème de ma tradition dit : « Lorsque dans le silence, tous les mots sont oubliés, alors cela apparaît avec netteté ». J’ai la profonde intuition que « cela, qui apparaît avec netteté » est très semblable pour chacun….

4) Ce qui m’emmène directement au quatrième point : un court moment de pratique. J’ai volontairement rogné sur mon temps de parole pour nous permettre un moment de silence commun, mais comme je voulais absolument éviter la minute de silence qui en ce moment est peut être trop connotée catastrophe et gravité, je souhaite en laisser deux qui je l’espère seront partagées dans une joie et une espérance sincère et une vraie tolérance du cœur.