Courte histoire de la lignée Kagyüpa
Les fondateurs
Au XIè siècle, Marpa le traducteur (1012-1096) se rendit en Inde et y rencontra Naropa qui avait été un grand érudit à l’université de Nâlanda avant de tout quitter pour mener la vie errante d’un yogi tantrique.
Son propre maître, Tilopa, était lui-même un de ces yogis éveillés, au-delà des conventions sociales.
A son retour au Tibet, Marpa transmit l’enseignement à Milarepa (1040-1123), le yogi poète qui fonda l’école Kagyüpa, "l’école de la lignée de transmission orale".
Milarepa eut plusieurs disciples dont le plus important fut Gampopa (1079-1173) qui reçut à la fois la lignée Kagyüpa et celle des Kadampa.
Les principales lignées
Les quatre disciples de Gampopa fondèrent les quatre branches principales de l’école Dakpo Kagyüpa : Tsel, Baram, Karma et P’akmo Droupa. Deux d’entre elles seront d’importance :
* la lignée Karma Kagyü fondée par le premier Karmapa (1110-1193) va se développer jusqu’à nos jours sous l’égide des incarnations successives du Karmapa ; * la lignée P’akmo Droupa, fondée par P’akmo Droupa Dordjé Gyalpo (1110-1170), va éclater à son tour en huit ordres secondaires dont trois subsistent à l’heure actuelle.
Le premier d’entre eux, "l’ordre du dragon", Droukpa Kagyü, fondé par Ling Répa (1128-1189) et Tsangpa Gyaré (1161-1211), est le plus puissant de nos jours, implanté au Kham, au Bhoutan et au Ladakh. Le XIIè Gyalwang Droukpa est à sa tête. Cet ordre dispense l’enseignement Kagyüpa mais aussi de nombreux enseignements issus de l’école Nyingmapa.
Le second ordre, Drikoung Kagyü, fut fondé par Drikoung Kyopa Jikten Gönpo (1143-1217). Actuellement présent au Tibet et au Ladakh, il est dirigé par Drikoung Tchesang Rinpoché.
Le dernier ordre, Takloung Kagyü, fondé par Takloung Thangpa Tashi Pel (1142-1210), est actuellement sous la conduite de Shapdroung Rinpoché qui réside au Sikkim.
Les écoles Kagyüpa insistent sur la pratique de l’Anuttarayogatantra, avec pour déité principale Chakrasamvara, incluant les six yogas de Naropa et le Mahâmudrâ de fruition qui s’inspire à la fois des Mahâsiddha indiens tels que Saraha, Tilopa et Naropa et des enseignements Dzogchen des Nyingmapa, introduits par le IIIè Karmapa, Rangdjoung Dordjé (1284-1339).
Récemment, le leader incontesté des Kagyüpa en exil fut le XVIè Karmapa, Rangdjoung Rigpai Dordjé (1924-1981).
L’école Shangpa Kagyü (Bokar Rinpoché)
Très proche des écoles Kagyüpa proprement dites, souvent confondue à tort avec elles, la petite école Shangpa Kagyü joua un rôle important dans la transmission des enseignements tantriques.
Fondée par Khyoungpo Neldjor (978-1079) qui reçut les enseignements de Nigouma, l’épouse secrète de Naropa, cette école originale enseigne un Mahâmudrâ incluant cette fois les six yogas de Nigouma et des tantras tels que ceux de Chakrasamvara, Hevajra, Guhyasamaja, Kalachakra et Mahâkâla à six bras.
Cette lignée fut transmise à Boutön Rinchen Droup (1290-1364) et de là à l’école Guélougpa. L’école Shangpa eut pour chef spirituel récent Kalou Rinpoché (1905-1989), qui développa une grande activité d’enseignement en Occident. Elle est actuellement sous la direction de Bokar Rinpoché.
Lignée Changpa Kagyu
Portraits du XVIè Karmapa, de Kalou Rinpoché et de Bokar Rinpoché
Rangdjoung Rigpe Dordjé, le XVIè Karmapa
Karmapa XVI
Le XVIè Karmapa est né le 15ème jour du 6ème mois lunaire en 1924 à Denkho (Dergué) dans le Kham (Tibet oriental). Sa naissance était en tout point conforme à la prédiction de son prédécesseur, dont la lettre avait été ouverte par le XIè Taï Sitoupa et le second Jamgön Kongtrül.
L’enfant se révéla d’une intelligence exceptionnelle et sa petite enfance fut marquée semble-t-il par une série d’événements miraculeux. A sept ans, il reçut l’ordination de novice et la même année, à Pelpoung, il fut officiellement intronisé. Puis Sitou Rinpoché l’accompagna au Tibet central à Tsourp’ou, le siège monastique des Karmapas. A mi-chemin il célébra pour la première fois de sa vie, la cérémonie de la Coiffe Noire devant des milliers de personnes.
A Lhasa le XIIIè Dalaï-Lama procéda à la cérémonie de la "Coupe de Cheveux" peu avant la seconde intronisation du Karmapa, cette fois à Tsourp’ou, accomplie par les soins de Taï Sitoupa et du Gyalwang Droukpa Rinpoché. Les quatre années suivantes, Karmapa étudia auprès de Kangkar Rinpoché. Puis il retourna au Kham en 1935 et Taï Sitou Rinpoché l’invita à Pelpoung pour lui transmettre la totalité des enseignements du Trésor Kagyüpa.
À Pelpoung, il étudia également le Vinaya, l’Abbidharmakosha, les Prajnapâramitâs, et reçut les grandes initiations tantriques de Chakrasamvara et de Kalachakra sous la direction de Taï Sitoupa et de Jamyang Khyentsé Tchökyi Lodrö. En1940, il retourna à Tsourp’ou où il partagea son temps entre l’étude et les retraites de pratique.
Entre 1944 et 1948, il visita le Bhoutan, fit un pèlerinage au Népal, séjourna au Sikkim et en Inde. À son retour à Tsourp’ou, Jamgön Kongtrül Rinpoché lui transmit les six yogas de Naropa. En 1950, Karmapa stoppa une épidémie de variole dans la région par la pratique de Vajrakilaya. Quatre ans plus tard, il accompagnait le Dalaï-Lama en Chine. Dans les années qui suivirent, les deux hiérarques devinrent très proches.
Début 1959, devant la menace chinoise, Karmapa quitta le Tibet avec cent cinquante lamas, séjourna au Bhoutan et s’installa finalement su Sikkim sur l’invitation du roi. Il choisit Rumtek pour y établir son nouveau siège monastique en 1962. Il se consacra dès lors à l’établissement de monastères en Inde et au Bhoutan, où il fonda Tashi Tchö Ling à Boumthang.
En 1974, il se rendit pour la première fois en Europe, aux Etats-Unis et au Canada. L’année suivante, au cours d’un second voyage, il crée Karma Dhagpo Triyana, un centre près de New York, et décide la fondation de Dhagpo Kagyu Ling en Dordogne. Il fait un troisième voyage en Occident en 1978.
En 1981, sa santé se détériore brusquement. D’abord soigné à Hong-Kong, il est emmené à l’hôpital de Chicago où les médecins ne réussissent pas à diagnostiquer sa maladie qui semble multiple et changeante. Le 5 novembre 1981, il s’éteint en posture de méditation, restant ainsi cinq jours, le corps encore chaud, à la stupéfaction du corps médical. Puis un phénomène encore plus surprenant se produisit : son corps se mit à perdre du volume et le 20 décembre, jour de sa crémation à Rumtek, il ne mesurait plus qu’une cinquantaine de centimètres.
Kalou Rinpoché
Il naquit en 1905 dans la région de Tréhor au Kham (Tibet oriental). Son père était le Xlllè Ratak Pelzang Tülkou, un médecin et yogi accompli, disciple de Jamgön Kongtrül Lodrö Thayé, de Jamyang Khyentsé Wangpo et de Mipham Rinpoché, tous trois maîtres du mouvement Rimé (non sectaire).
A treize ans, l’enfant entre au monastère de Pelpoung où le XIè Taï Sitoupa lui donne le nom de Karma Rangdjoung Künkhyap. Il poursuit ses études et obtient très jeune le titre de Khenpo. À seize ans, il fait une retraite de trois ans sous la direction de son maître racine, Lama Norbou Döndroup, dont il reçoit la transmission complète des lignées Karma Kagyü et Shangpa Kagyü.
Exprimant un fort penchant pour la vie contemplative, il commence à vingt-cinq ans une longue retraite dans les montagnes du Kham, en yogi errant sans aucune possession. Au bout de douze ans, il doit quitter ses ermitages, rappelé par le XIè Taï Sitou Rinpoché pour prendre la charge de maître de méditation des retraites de trois ans à Pelpoung. A cette époque, le XVIè Karmapa le reconnaît comme l’incarnation de Jamgön Kongtrül Lodrö Thayé.
Dans les années 40, il effectue plusieurs voyages et pèlerinages, visite de nombreux monastères, donne des enseignements pour revivifier la tradition Shangpa et enseigne notamment au régent à Lhasa. Puis il retourne au Kham où il poursuit son activité.
En 1955, alors qu’il a cinquante et un ans, les troubles liés à l’invasion du Kham par les troupes chinoises le font retourner au Tibet central. À Tsourp’ou, Karmapa lui demande de quitter le Tibet afin de préparer le terrain en Inde et au Bhoutan pour l’exil. En 1957, Kalou Rinpoché est au Bhoutan en qualité de chapelain de la famille royale. Il y établit deux centres de retraite et ordonne trois cents moines.
En 1966, il s’établit en Inde et fonde le monastère de Sonada, à Darjeeling, sur un terrain que lui a offert Kyabjé Trijang Rinpoché, l’un des tuteurs du Dalaï-Lama. Ce monastère devient sa résidence principale et le siège de la lignée Shangpa Kagyü, avec un centre pour les retraites de trois ans.
Vers 1968, il rencontre ses premiers disciples occidentaux. Il enseigne également à tous les tülkous de haut rang de l’école Karma Kagyü, ainsi qu’au Dalaï-Lama lui-même et à nombre de guéshés guélougpa des collèges tantriques. En 1971, encouragé par le Dalaï-Lama et le Karmapa, il accepte l’invitation de disciples occidentaux et fait un premier voyage en Europe et en Amérique du Nord. Il fonde un premier centre au Canada et forme un groupe de méditation à Paris.
Au cours de ses voyages suivants, en 1974 et en 1976-77, l’intérêt des Occidentaux se confirme et il fonde en France le premier centre pour retraites de trois ans en Occident. Pour les centres qu’il a créés en Amérique du Nord et en Europe, il fait venir une quinzaine de lamas qui vont assurer la continuité et le développement des activités.
Entre 1971 et 1989, il effectue une dizaine de grands voyages, enseignant inlassablement le Dharma aux Occidentaux de plus en plus nombreux. En 1983, il donne en Inde pendant plusieurs mois le grand cycle de transmissions de pouvoir du Rinchen Terdzö, en présence des quatre régents du Karmapa et de milliers de moines, nonnes et laïcs.
En 1989, sa santé décline et le 10 mai, il meurt à Sonada en posture de méditation, restant trois jours en samâdhi avant de quitter son corps.
Kalou Rinpoché, qui est toujours resté pareil à lui-même, généreux, infatigable et plein d’humour, fait figure de pionnier dans la diffusion du bouddhisme tibétain en Occident. Il laisse derrière lui un immense héritage spirituel et quantité de centres à travers le monde.
Sa jeune incarnation, Yangsi Kalou (né en 1990) a été reconnue par Taï Sitoupa et Sa sainteté le Dalaï-Lama.
Bokar Rinpoché
Bokar Rinpoché : Né dans une famille de nomades près du monastère de Bokar en 1940, Bokar Rinpoché fut reconnu à quatre ans comme la réincarnation du précédent Bokar Rinpoché par le XVIè Karmapa. Il entra dans le monastère pour y commencer ses études et entre douze et quatorze ans, il étudia à Tsourp’ou sous la direction personnelle du Karmapa. Très jeune, il prit la direction du monastère de Bokar près du Mont Kailash.
En 1959, il s’enfuit du Tibet et rejoignit le Karmapa à Rumtek, au Sikkim. C’est en Inde qu’il rencontra Kalou Rinpoché et devint son disciple principal. En 1967, il commença sous sa direction une première retraite de trois ans à Sonada sur les six yogas de Niguma, dans la tradition Shangpa Kagyü. Il la fit suivre d’une seconde retraite de trois ans, toujours à Sonada, cette fois-ci sur les six yogas de Naropa.
À sa sortie de retraite, Kalou Rinpoché le nomma responsable des centres de retraite de Sonada, et Karmapa le chargea de ceux de Rumtek.
Bokar Rinpoché a également fondé un centre de retraite à Mirik, dans la région de Darjeeling, en Inde, plus spécialement voué à la pratique de Kalachakra.
Il a pour disciple principal Khenpo Deunyeu, qui le suit dans ses déplacements. Bokar Tülkou a effectué ses premiers voyages en Occident en compagnie de Kalou Rinpoché. Il a fondé quelques centres, notamment en France (en Provence), et organise chaque année une retraite en Inde pour ses étudiants occidentaux, à Bodhgaya.
Samdrup Thargyay Ling, siège de la lignée Shangpa Kagyüpa (Sonada)
Yangsi Kalou
En 1965, Kalou Rinpoché décida de s’installer au nord-est de l’Inde, aux environs de Darjeeling.
A Sonada, se trouvait justement un terrain avec un petit monastère appartenant à Yondzing Trijang Rinpoché, l’un des deux tuteurs du Dalaï-Lama. Appelé auprès de ce dernier, Trijang Rinpoché dut quitter Sonada et remit son monastère aux mains de Kalou Rinpoché en 1966.
Celui-ci le fit agrandir et le dota de centres de retraites de trois ans (40 cellules en tout). Il y accueillit non seulement des moines tibétains comme Bokar Rinpoché qui y fit une retraite longue et devint son héritier spirituel, mais aussi nombre de moines et de nonnes occidentaux de toutes obédiences qui accoururent dès les années 70.
Sonada est le siège de la lignée Shangpa Kagyupa. La jeune incarnation (Yangsi) de Kalou Rinpoché, née en 1990, a été intronisée à Sonada le 25 février 1993, en présence de Taï Sitou Rinpoché, de Gyaltsab Rinpoché, de Bérou Khyentsé Rinpoché et de Bokar Rinpoché avec qui l’enfant a commencé son instruction.
Livres présentés lors de cette émission :
Kalou Rimpoché - Dernier enseignement - Derniers instants
Kalou Rimpoché
Editions : Claire Lumière Editions
Le 10 mai 1989 à 15 heures, Kalou Rimpoché quittait son enveloppe terrestre à l’âge de 85 ans. Ses nombreux voyages en Occident nous avaient rendu familières son immense compassion, la finesse de sa sagesse et la luminosité de son visage. A titre d’hommage, nous publions dans ce fascicule quelques textes directement en rapport avec cet événement.
Paroles et visages de Kalou Rimpoché
Editions : Claire Lumière Editions
Recueil de paroles de Kalou Rimpoché accompagnées de très belles photographies.
La Méditation - Conseils aux débutants (volumes 1 et 2)
Bokar Rimpoché
Editions : Claire Lumière Editions
Pratiquée en Orient depuis des millénaires, la méditation, pour différentes raisons, intéresse de plus en plus notre monde moderne. Certains trouvent en elle un moyen d’échapper aux tensions de la vie quotidienne, tandis que d’autres reconnaissent là un exercice spirituel essentiel menant vers la libération. Dans ce bref ouvrage, Bokar Rimpoché, reconnu par ses pairs tibétains comme l’un des maîtres les plus qualifiés en la matière, s’adresse à nous, public occidental, et nous propose une approche simple de la méditation. Pour autant, il ne renie rien de l’extraordinaire puissance de la tradition qui est la sienne. Il y livre une sagesse dont il fait lui-même pleinement l’expérience et qu’il souhaite ardemment faire partager.
Vie de Bokar Rimpoché, lama tibétain
Bokar Rimpoché, François Jacquemart
Editions : Claire Lumière Editions
Bokar Rimpoché fut dans son enfance reconnu comme tulku, c’est-à-dire comme la réincarnation d’un grand maître défunt. Il reçut au Tibet même une éducation particulièrement soignée et, contraint à l’exil, par l’invasion chinoise de 1959, poursuivit sa formation en Inde, passant notamment de nombreuses années en retraite. A partir de 1981, il fit plusieurs séjours en Occident où il enseigne désormais régulièrement à de nombreux disciples.
L’histoire de sa vie est tout d’abord un témoignage émouvant et précis sur la civilisation tibétaine, sortie d’un autre page et sur l’adaptation des réfugiés à l’Inde et au monde moderne. Le texte nous fait en même temps découvrir de manière vécue l’idéal bouddhiste le plus élevé au fil d’un récit révélant une soif ardente de connaissance et de profondeur, une très grande douceur, une immense humilité et un respect infini pour le maître. Au-delà même du récit et des enseignements qui le complètent, il est enfin possible de sentir ce rayonnement universel qui émane de lui et le rend fraternel à tous.
Guide du bouddhisme tibétain
Editions : Lgf Editions
Près de 500 centres tibétains sélectionnés à travers le monde. Lieux de séjour, de retraite et de méditation. Plus d’une centaine de centres répertoriés en France. Plus de 250 en Europe.
- Un historique du lieu. - Des informations pratiques. - Initiation à la compréhension de la spiritualité tibétaine. - Nombreuses biographies de lamas. - Un glossaire des termes. - Un index des villes et des pays. - Bibliographie. - Illustrations couleur.






