Ce début d’automne aura été marqué par la lumière birmane. Que ce soit pour l’Union Bouddhiste de France, fédération de la plupart des courants du bouddhisme présents sur le sol français, comme pour toutes les personnes au monde éprises de justice et de liberté, comment ne pas avoir été bouleversé par ces images mettant en scène aussi crûment les extrêmes de la nature humaine : une foule silencieuse et désarmée, faite de laïcs et de religieux en robes safran face à ces uniformes vert kaki, de sinistre mémoire. Si tous les bouddhistes ont été touchés dans leur chair par cette violence aussi démesurée qu’injustifiée, elle aura touchée également la communauté internationale, qui a exprimée sans ambiguïté sa plus vive réprobation.
Toutefois, la complexité de la situation en Birmanie, tant au niveau historique et culturel que religieux ne peut pas permettre une réaction basée uniquement sur l’émotion et les sentiments.
A aucun moment, l’UBF n’a voulu se placer sur le terrain politique, ce n’est ni son rôle, ni son aspiration. Si la situation en Birmanie, pays bouddhiste à 85%, nous touche encore plus directement, elle ne nous en fait pas oublier tous les autres conflits et guerres de ce début du troisième millénaire : Irak, Darfour, terrorisme aveugle et autres atrocités auxquelles nous assistons chaque jour. Pour autant, les bouddhistes de France ont ressenti le besoin de faire connaître publiquement leur soutien à la population birmane et à sa communauté monastique et de manifester leur totale condamnation pour de tels actes. Pour cela, plusieurs types d’expressions ont été retenus :
- envoi d’un communiqué à l’ambassade de Birmanie à Paris ainsi qu’à l’A.F.P. et à l’agence Reuters le 28 Septembre 2007 ;
- Appel à tous les centres bouddhistes de France d’organiser le dimanche 30 Septembre une matinée de prières et de cérémonies dédiées au peuple birman et à sa communauté monastique ;
- Organisation de manifestations de soutien silencieux, le 6 Octobre, à la grande pagode du bois de Vincennes, à Strasbourg et à Bordeaux. Chacun de ces rassemblements a réunis plusieurs centaines de personnes et unis toutes les communautés dans la prière et le recueillement.
- Participation à l’émission « revu et corrigé »de Paul Amar sur France 5 ainsi qu’à une émission spéciale sur la Birmanie sur France Culture.
- Enregistrement d’une émission spéciale de Sagesses Bouddhistes ayant comme titre : »prières des bouddhistes de France pour la Birmanie », diffusée le dimanche 14 Octobre.
Nous restons évidemment très attentifs à l’évolution de la situation et soutiendrons toutes les actions menées dans cet esprit de compassion universelle qui imprègne l’enseignement du Bouddha.
Toute cette intense activité déployée ces dernières semaines dans l’urgence nous a, de fait, plongé dans une des fonctions fondatrices de l’UBF : être l’interface entre les différentes écoles du bouddhisme et l’opinion public et ses autorités politiques, administratives et religieuses, et pouvoir ainsi exprimer en leurs noms un message clair et cohérent qui n’en a que plus de force.
L’Union Bouddhiste de France sera de plus en plus sollicitée à l’avenir pour donner son avis ou pour prendre position sur des questions d’éthique ou d’actualité, soit parce qu’on nous le demandera, soit parce que nous en ressentirons la nécessité et nous devons par conséquent nous y préparer en menant un débat interne sur ce sujet.
C’est certainement là un des grands chantiers à continuer à mettre en place dans la concertation avec tous les membres actifs de l’UBF mais aussi avec toutes les associations et organisations oeuvrants dans la même direction.
Depuis plusieurs années, nous avons déjà été consulté par différentes commissions de l’assemblée nationale et du sénat sur des sujets tels que la laïcité ou les cendres funéraires et nous avons eu l’occasion de donner l’opinion des bouddhistes sur ces sujets.
Je voudrais d’ailleurs, rendre ici un chaleureux hommage à Pierre Crépon pour le très important travail accompli pendant ses quatre années de présidence et toutes les actions qui ont contribuées à une meilleure reconnaissance de la religion bouddhiste en France.
Puissions nous, pendant les années à venir, continuer ce patient travail qu’est l’intégration d’une religion aussi ancienne et diverse dans ses expressions dans une culture aussi riche et ouverte que la notre. Cela ne pourra se faire que dans le dialogue et la concertation, des différentes écoles du bouddhisme entre elles, et de l’UBF avec les autres religions et les autorités du pays.
Cela montrera une fois de plus l’extraordinaire capacité du Bouddhisme à s’adapter aux exigences de son temps tout en continuant à répandre le message de sagesse et de compassion délivré par Shakyamuni Bouddha il y a plus de 2500 ans.
Olivier WANG-GENH.
