Autour de l'émission Voix Bouddhistes de la semaine

Chaque semaine, retrouvez ici un rappel de la dernière émission.. Les propos transcrits sur cette page sont placés sous la responsabilité de leurs auteurs.

Le texte ci-dessous est la transcription d'une courte interview réalisée à l'issue du tournage.

Vous pouvez également consulter la transcription de cette émission.

 

Emission diffusée le 2 juillet 2000

Invitée : Diane Frossard

 


Photo © Philippe Lelluch

Question

Vous insistez surtout sur ce que la pratique de Zazen peut apporter à la pratique musicale.

Diane Frossard

Ce que la pratique musicale peut apporter à la pratique de Zazen, je l'ai dit pendant le reportage et l'interview filmée, c'est la conscience du son, du silence...

Question

Est-ce qu'il y a des musiciens dont la qualité de présence vous a frappée et vous a portée à vous interroger ?

Diane Frossard

Avant de pratiquer Zazen, il y avait une dimension du Zen que je connaissais déjà. Bien avant de connaître Zazen, donc l'unité du corps et de l'esprit, l'unité du sujet et de l'objet.

Il y a un moment en musique où tous les musiciens se rejoignent, et on dit dans notre vocabulaire : "C'est ça". C'est à dire que c'est au-delà de "c'est bien", "c'est mal", "j'aime" ou "j'aime pas". "C'est ça".

On ne peut pas l'expliquer, c'est le geste juste au moment juste. Ca ne dépend plus de la subjectivité, de "j'aime" ou "j'aime pas". Et là, tout le monde se rejoint, tout le monde est d'accord. Il n'y a plus rien à rajouter.

Question

Ca va finalement un petit peu à l'opposé du culte de l'artiste en Occident, parce que là l'artiste s'efface.

Diane Frossard

Les grands artistes s'effacent toujours devant l'oeuvre. C'est la musique qu'on veut entendre, pas la personne (même si bien sûr ça passe à travers une personne, et c'est pour ça qu'il y a une re-création, on est forcément partie prenante).

Et ça, ça n'existe pas que dans le Zen. Il y avait vraiment des choses du Zen que je connaissais par la musique. C'est pour ça que ça m'a autant attirée.

Question

Peut-être ce qu'on trouve de manière plus flagrante chez certains musiciens comme Yehudi Menuhin, Leonard Bernstein, Gyorgy Sebok, ... Par exemple Bernstein disait que pour composer, il s'allongeait dans son canapé, et il attendait...

Diane Frossard

Tout à fait. Les grands artistes sentent bien que de toute façon la musique vient d'ailleurs. Si la musique a traversé les siècles, comme pour Mozart, c'est bien parce que ça ne venait pas du domaine personnel.

Je connaissais ça du Zen par la musique. Mais le Zen a amené cette conscience dans toute la vie quotidienne. Quelle que soit l'activité, par exemple faire la vaisselle, plus rien n'est perte de temps. On a tellement tendance à croire que les tâches matérielles sont des tâches secondaires, et que les tâches artistiques qui s'adressent à l'esprit, entre guillements, donc pas du tout au corps, sont des tâches supérieures. Le Zen a gommé tout ça, et de "c'est ça" dans la musique, c'est devenu "c'est ça" dans toute ma vie.

Question

Donc, on fait de la musique en faisant la vaisselle ;-)

Diane Frossard

Tout à fait ;-)

 

© Union Bouddhiste de France 2000