Emission Voix Bouddhistes
du 29 Octobre 2000
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Photo Copyright Philippe Lelluch 2000 Au cours de cette émission, Jacques Brosse revient sur la place qu'occupent les jardins zen dans la pratique. C'est également l'occasion pour lui de revenir sur l'importance du lien avec la nature et sur l'éducation. La transcription de cette émission est disponible. En
complément de l'émission, Jacques Brosse nous parle Jacques Brosse, pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte s'est faite votre rencontre avec Taisen Deshimaru ? A l'époque où j'ai rencontré Maître Deshimaru,
on parlait beaucoup du zen en disant que c'était une affaire d'intellectuels
: justement, les jardins zen, l'art du thé, ... Ca me semblait
un peu trop lié à la civilisation japonaise. Mais je n'avais
pas encore compris que le zen c'était zazen, la pratique de la
méditation assise. C'est ce qu'est venu mettre au point Maître
Deshimaru, en disant : "Le zen c'est ça et après c'est tout". C'est donc le corps qui est premier dans cette voie ? C'est le corps qui est premier, parce qu'il y a une réorganisation de l'organisme. Il n'y a pas que la posture, il y a également la respiration, semblable à ce que le taoïsme appelle "la respiration du nouveau né". Le nouveau né respire automatiquement bien, il en a absolument besoin, nous ne savons plus respirer. Il faut tout réapprendre ! Apprendre ou désapprendre ? Désapprendre d'abord et réapprendre ensuite. On a parfois l'image du zen comme
d'une voie assez austère, dans laquelle il faut passer de longues
heures assis en méditation, face à un mur. Typiquement au cours d'une retraite on fait zazen 7 à 8 heures
dans la journée, ce qui est certainement beaucoup. Mais ça
n'est pas du tout l'épreuve qu'on imagine d'abord. J'ai vu beaucoup
de débutants terrifiés à leur arrivée qui
finalement ont très bien supporté. Parce qu'il y a un calme,
un silence général. Il faut trouver la voie qui correspond à sa propre histoire ? Exactement. Et surtout ne pas voir dans le zen une espèce d'exotisme
qui nous est imposé du dehors. Ca vient de nous-mêmes. La mort en méditation est
surtout connue à travers le bouddhisme tibétain, notamment
grâce au film "Little Bouddha". Oui, beaucoup de maîtres zen meurent en méditation. Parce
que c'est la bonne attitude pour passer de l'autre côté.
Mais pour nous, passer de l'autre côté, c'est "passer sur
l'autre rive", rien d'autre. Cela n'a rien de tragique, c'est un passage.
Un passage où il se passe beaucoup de choses, je ne veux pas dédramatiser
la mort, mais quand on en comprend à peu près le sens, on
l'accepte très facilement. La méditation peut-elle
aider ici, apporter une ouverture ? Bien sûr. Mais on s'aperçoit que justement on peut quitter
ses idées au bout de quelque temps. On peut s'apercevoir que ces
idées, dans le fond, on ne les a pas eues : ces idées vous
ont été imposées, vous vous les êtes faites
sans preuve. Ce n'est pas un trou noir ? Absolument pas. Le vide n'est pas un trou noir. Le vide est beaucoup
plus plein que le plein ! C'est plein de potentiel. La mort est aussi une idée dont on peut se débarrasser, en tout cas dans ce qu'elle a de surfait ? Mais naturellement, bien sûr. Ne serait-ce que par la pratique
de la méditation. On n'a même pas à se forcer. Ces
choses, on les examine tout seul, ça vient tout seul. C'est un bon rire, un rire de recul ? Exactement, on se dit : "Mais quel crétin j'ai été !". Bien sûr ça n'est pas agréable sur le moment, mais si on s'aperçoit qu'on est un crétin, on peut déjà réagir. On n'est plus possédé par tout ce système qu'on a fait, qui n'existe pas en soi. Mais ça n'est pas pour autant que le problème disparaît ? Mais pas du tout ! Mais au moins on n'en rajoute pas, et on va vers les vrais problèmes. Et vers les vraies solutions, bien entendu ! Donc rien d'inquiétant
à ce qu'on réalise comme ça que nos pensées
sont surfaites. Mais c'est un apaisement, bien entendu. Et puis cette espèce de
clairvoyance, qui au début peut être difficile... On parle
du regard intérieur : c'est vrai qu'à la fin on se regarde
soi-même, on ne sait pas comment ça se passe, mais on se
regarde. On voit effectivement qu'on est mû - comme l'affirme le
bouddhisme lui-même - par le désir, la haine, l'ignorance...
et qu'on est tout le temps piégé par ça. Qu'est-ce qu'on en fait, alors
? Ca ne disparaît pas, mais on peut tourner l'obstacle. On peut se
rendre compte qu'on est en train de faire le con. On peut se voir, apprendre
à se connaître comme ça, et en rire ? C'est ça
le plus important à dire. Ca n'a jamais cet aspect tragique, ou
trop grave. Cette expérience de la méditation facilite-t-elle la rencontre avec d'autres traditions ou disciplines ? Oui certainement. Cependant pour moi, il est plus facile de dialoguer
avec un moine qu'avec un prêtre, généralement. Et
il est plus facile de dialoguer avec un moine contemplatif qu'avec un
moine actif. Et à l'intérieur
de soi, est ce qu'on a parfois ce sentiment dans la méditation,
de découvrir quelqu'un d'autre ? On en fait abstraction, mais ça vient tout naturellement. En somme,
quand on se considère, comme on vient de le définir, en
voyant par quoi on est mû, on se considère déjà
un peu comme un autre qui se voit. On se voit un peu comme un autre. Et
c'est là qu'on se met à rigoler. Qu'on peut rigoler, aussi. Mais ça n'est pas juste une bonne idée, c'est quelque chose de très concret ? Oui, et il y faut du temps. Les débuts peuvent être très prometteurs, très riches, mais après, c'est long. Parce qu'avant de modifier tout ça, de renverser tout ça, ça prend du temps. Il y a des îlots de résistance qui sont là, et qui sont très durs à défaire.
Quelques uns des nombreux ouvrages publiés par Jacques Brosse : |
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Zen et Occident
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|
L'aventure des forêts en Occident |
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|
Larousse des arbres et des arbustes
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