Emission Voix Bouddhistes du 22 Avril 2001
La liberté

Invités : Bruno Giuliani
et Gérard Pilet

 

Bruno Giuliani
Bruno Giuliani - Photo : © Ph. Lelluch

 

Gérard Pilet
Gérard Pilet - Photo : © Ph. Lelluch

 
 
 
 

Pour cette émission consacrée au thème de la liberté, Voix Bouddhistes reçoit cette semaine Bruno Giuliani, docteur en philosophie auteur de "L'amour de la sagesse" et Gérard Pilet, professeur de philosophie mais également moine zen.

L'interview réalisée pour le site permet à Bruno Giuliani de préciser les liens entre la notion d'epoche qui est au coeur de la phénoménologie husserlienne et la méditation bouddhique.

C'est également l'occasion de revenir sur le rôle fondamental du maître aussi bien dans la philosophie occidentale que dans la pratique du bouddhisme.


Retrouvez également en ligne les adresses de sites liés à l'émission de la semaine
ainsi que toute l'information sur les livres présentés cette semaine.


La transcription de cette émission sera prochainement disponible.

 
 
 
 
Interview de Bruno Giuliani (*)
 
 
Le but du bouddhisme est de relier les hommes au divin, mais un divin qui est au cœur de notre être
 

Voix bouddhistes - Pour certaines personnes, le bouddhisme est une religion. Pour d'autres c'est une philosophie. Pour d'autres encore, le bouddhisme fait le pont entre religion et philosophie. Quelle est votre vision du bouddhisme en tant que philosophe ?

Bruno Giuliani - Le bouddhisme est à la fois une philosophie et une religion au sens le plus pur du terme : une sagesse.

Le bouddhisme est rationnel par le langage, le discours, mais son but est en même temps religieux : il s'agit de relier les hommes entre eux, à la nature et au divin. Un divin qui n'est pas un dieu transcendant, mais qui est au cœur de notre être.

 
       
       
       
       
La sagesse sceptique est présente dans le bouddhisme  

Voix bouddhistes - Le doute tient une place très importante dans le message du Bouddha. Qu'en pense le philosophe ?

Bruno Giuliani - Le doute est très important dans la mesure où il est toujours négatif. Il signale une incertitude, et cette incertitude est le signe que l'on n'a pas trouvé la vérité. Elle va donc entraîner une recherche de vérité dont le doute est le signe.

On peut dire que la sagesse sceptique est présente dans le bouddhisme, puisque être sceptique ne veut pas dire douter au sens de ne rien affirmer, mais être en recherche, examiner pour atteindre la vérité.

 
       
       
       
       
On peut tout à fait faire le lien entre l'epoche de la phénoménologie et la méditation, notamment avec des auteurs comme Michel Henry ou Francisco Varela  

Voix bouddhistes - Vous avez fait allusion à Spinoza du côté de la philosophie occidentale. On trouve également, dans la phénoménologie de Husserl ou de Merleau-Ponty, le concept d'epoche qui peut faire penser à la suspension des pensées durant la méditation. Peut-on établir un lien entre epoche et méditation ?

Bruno Giuliani - Oui, on peut tout à fait faire le lien entre epoche et méditation, notamment avec la phénoménologie post-Heideggerienne et celle de Merleau-Ponty. Des auteurs comme Michel Henry ou Francisco Varela essaient de faire le pont.

L'epoche consiste à suspendre le jugement et à ne porter d'attention qu'aux purs phénomènes de la conscience. C'est un mot d'origine grecque qui veut dire "suspension". Lorsqu'on perçoit un objet, plutôt que de se concentrer sur l'objet comme une substance extérieure à soi et de le séparer de son être propre, l'epoche consiste au contraire à prendre simplement conscience de ce qui apparaît dans la conscience. La phénoménalité elle-même.

Cela rejoint tout à fait ce qui est expérimenté dans la méditation bouddhiste.

 
       
       
       
       
La difficulté à établir des ponts entre le bouddhisme et la philosophie occidentale se situe au niveau du langage plus qu'au niveau conceptuel  

Voix bouddhistes - Comment expliquer que l'epoche soit si peu mentionnée dans la littérature bouddhiste contemporaine ?

Bruno Giuliani - L'epoche est constamment présente, mais les outils conceptuels developpés par les philosophes à la suite de Husserl n'ont pas emprunté les mêmes voies que celles du bouddhisme. Il y aurait tout un travail à faire pour établir des ponts entre ces traditions.

C'est ce que j'essaie de faire.

Avant même Husserl il y avait une philosophie, celle de Spinoza, qui essayait de démontrer qu'il n'y avait pas de différence entre corps et esprit, qu'il y avait une seule substance qui pouvait se penser par intuition, sans la médiation du jugement et du raisonnement. La difficulté est au niveau du langage plus qu'au niveau conceptuel.

Voix bouddhistes - Pour des lecteurs intéressés, existe-t-il des ouvrages abordables sur ces convergences avec la philosophie de Spinoza ou avec la phénoménologie ?

Bruno Giuliani - Pour la phénoménologie, il y a "L'inscription corporelle de l'esprit", un ouvrage de FranciscoVarella qui fait très bien le lien avec le bouddhisme pour des occidentaux.

Pour Spinoza il y a les ouvrages de Robert Misrai qui expliquent très bien sa philosophie, notamment aux éditions Grandchais.

 
       
       
       
       
Le rôle du maître n'est pas d'être là pour se substituer à l'ego du disciple, mais de faire en sorte que ce dernier soit renvoyé à la réalité  

Voix bouddhistes - Dans le bouddhisme, la place du maître est fondamentale. C'est quelque chose de beaucoup moins répandu en occident, où l'idéal de liberté est très fort. Paradoxalement, les maîtres bouddhistes constatent que cet idéal de liberté conduit pourtant très souvent à être prisonnier de son ego. Pour les bouddhistes, s'en remettre à un maître c'est précisément le chemin pour gagner une liberté authentique.

Quelle est la vision du philosophe sur le rôle du maître ?

Bruno Giuliani - Dans le bouddhisme, le rôle du maître n'est pas d'être là pour se substituer à l'ego du disciple, mais de faire en sorte que ce dernier soit renvoyé à la réalité. C'est plus un guide, quelqu'un qui indique la voie. Qui aide à reprendre le contact avec la réalité lorsque l'on se détourne de la voie.

On trouve la même méthode aux origines de la philosophie en occident. Chez les épicuriens ou les stoïciens, les maîtres corrigeaient les discours. Il y avait même des méditations, des ascèses physiques, qui se sont ensuite perdues.

Aujourd'hui quand on fait des études de philosophie en occident, la parole du maître reste très importante : on se confronte à ce que dit le maître non pas en tant qu'autorité sur un plan idéologique, mais en tant que celui qui va nous conduire à comprendre par nous-mêmes ce qu'est la vérité, la réalité.

En ce sens, Spinoza est pour moi le meilleur maître. Il me permet non pas d'être Spinoziste, mais au contraire de comprendre ce que je vis, la réalité. Avec des outils, qui sont merveilleux.

J'ai le même sentiment quand j'écoute des maîtres bouddhistes.

 
       
       
       
       
Il y a une très grande demande aujourd'hui de démarche philosophique  

Voix bouddhistes - Vous avez créé une école ?

Bruno Giuliani - J'enseigne la philosophie à Nice depuis une dizaine d'années. J'animais des débats dans un café, autour de moi s'est fait jour une demande d'enseignements. J'ai donc créé une petite école de philosophie et chaque semaine des gens de différents horizons demandent des cours de philosophie, comme dans une école antique. Il y a des questions, je propose des réponses, nous discutons tous ensemble. Ces discussions sont centrées sur les préoccupations et sur les problèmes vécus par les personnes.

C'est un projet embryonnaire, mais cela montre qu'il y a une très grande demande aujourd'hui de démarche philosophique.

 
       
       
       
       
(*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France
 
 
 
 

Adresses de sites liés à l'émission de la semaine

     
     
 

Site de Francisco Varela
http://web.ccr.jussieu.fr/varela/

Francisco Varela est un chercheur en neurophysiologie de renommée internationale, également connu pour la place qu'il accorde au bouddhisme dans ses nombreux travaux de recherche.

On trouvera notamment sur ce site, à l'adresse http://web.ccr.jussieu.fr/varela/human_consciousness/article03.html, un excellent article de Francisco Varela sur le concept d'epoche, issu de la phénoménologie husserlienne, qui présente un intérêt tout particulier par rapport à la méditation bouddhique.

 
     
     
     
 

Association des amis de Spinoza
http://aspinoza.com/

L'Association des Amis de Spinoza a pour but de "contribuer par tous moyens appropriés à la connaissance et à la diffusion de l'oeuvre de Spinoza et de celles qui s'y rattachent" (article 2 des statuts).

Elle a été fondée à Paris en 1977, année du tricentenaire de la mort de Spinoza. L' AAS réunit non seulement des enseignants et des chercheurs mais aussi tous ceux qui s'intéressent à la pensée de Spinoza, à son époque ou à son influence philosophique, politique, littéraire, etc.

 
     
     
     
 

Cafés philosophiques (association "Philosophie par tous")
http://www.multimania.com/cafephiloweb/cpwt/cpw1.html

Site associatif regroupant de très nombreuses informations pratiques sur les cafés philosophiques.
 
     
     
     
     

Information sur les livres présentés lors de cette émission

Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 
 

L'Amour de la Sagesse
Initiation à la philosophie

Bruno Giuliani
Les Editions du Relié

 

 

Ce livre propose une initiation simple, claire et complète à la philosophie.

Comme chacun sait, la philosophie est une activité intellectuelle : c'est une réflexion sur le monde qui a pour but la vérité. Mais on oublie souvent qu'elle est d'abord un élan vital vers le bien, une recherche de sagesse. La philosophie n'a pas pour essence le savoir, mais l'amour. Sa finalité n'est pas la science, mais le bonheur. Son moteur n'est pas la raison, mais le désir. Son horizon n'est pas la vérité, mais le sens. Si elle est bien recherche du vrai savoir par la raison, la philosophie ne prend toute sa valeur que si elle exprime notre amour de la vie, en réalisant notre désir le plus profond : celui d'accomplir pleinement notre humanité, pour vivre dans la joie sereine et habiter ce monde dans la plénitude du sens, corps et âme. Que la philosophie a pour essence l'amour, c'est ce qu'il faut bien comprendre d'abord.

Bruno Giuliani est professeur agrégé, docteur en philosophie, màitre ès sciences, enseignant en lycée. Ancien lauréat de la fondation de la Vocation et de la fondation Cetelem " Éduquer pour entreprendre ". Il est également créateur et directeur de l'association Philia, destinée à promouvoir la philosophie dans la cité.

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L'amour de la sagesse
 
 
 

Les ailes et le souffle
Ethique et vie spirituelle

Xavier Thévenot
Desclée de Brouwer

 

Comment vivre, comment bien vivre et épouser la dynamique de l'Évangile ? Comment agir sans céder à l'utilitarisme ambiant tout en s'ouvrant à la gratuité du Dieu de Jésus-Christ ? Tels sont les défis que lance aux chrétiens le monde d'aujourd'hui, à travers ses questions ou des situations inédites. Car bien souvent, nous avons peine à perce voir l'articulation entre l'éthique et la vie spirituelle. Nous nous refusons même parfois à établir un lien direct entre la morale et la foi. Peu ou prou, nous sommes fils d'une modernité qui a vu s'affirmer en quelques décennies, de manière opposée, la sécularisation et le besoin de religiosité, nous laissant sans repères.

À travers des questions de spiritualité concrètes comme la relation de la grâce et de la liberté, l'affrontement à la tentation, nos pratiques de piété, le vécu de la solitude, la maladie et la guérison, la place de la liturgie et notre perception du Dieu trinitaire, Xavier Thévenot renoue d'abord le fil ténu qui doit unir l'éthique et la vie spirituelle. Dans le second temps de ce volume, il fait droit à des questions d'éthique plus sectorielles telles que le PACS ou l'euthanasie, ou à des problématiques plus larges comme la sexualité et le couple, les paradoxes des plaisirs, l'accompagnement et la relation d'aide. Chacun peut trouver ici de quoi nourrir sa réflexion personnelle. De même que dans les Évangiles le Christ ne sépare jamais l'annonce de la Bonne Nouvelle de l'appel au bonheur, la réflexion sur l'agir doit se conjuguer à l'approfondissement de la foi. C'est sur cette ligne de crête que tout homme - et même le théologien moraliste - doit apprendre à traverser les situations humaines. Non pour fuir le monde, mais pour se livrer, grâce au souffle de l'Esprit, à une course en avant avec lui vers le Royaume définitif que le Père a préparé dans le Christ (Ph 3, 13-14).

Xavier Thévenot, né en 1938, salésien de don Bosco, prêtre, est professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris où il a enseigné la théo logie morale. Il est l'auteur, entre autres, de Repères éhiques pour un monde nouveau (Salvator), Compter sur Dieu (Cerfl, et Une Éthique au risque de l'Évangile (Desclée de Brouwer/Cerf). Il a obtenu le Prix des Libraires religieux en 1998 pour Avance en eau profonde !

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Les ailes et le souffle
 
 
 

L' expérience de l'éveil
Nan Huaï-chin (Traduit du chinois)
Editions du Seuil (Pocket)

 

Un des plus grands maîtres Chan (Zen) présente l'essence de la méditation bouddhique en prenant appui sur de grands textes classiques, sur son expérience personnelle, et sur des exemples pris dans la vie quotidienne.

En commentant le Sûramgama Sûtra, très prisé dans le bouddhisme Chan, l'auteur énumère les dangers qui guettent le méditant et donne des jalons sur le cheminement. Il explique ensuite certaines paraboles du Sûtra du Lotus à partir d'exemples quotidiens. Enfin, il présente les dix méthodes classiques de concentration à partir des Agama Sûtra et de l'Abhidharmakosha.

Nan Huai-chin plonge au coeur de l'expérience pour conduire sur le cherrùn ceux qui, en fin de compte, devront le parcourir par eux-mêmes.

Né en 1918 dans la région de Wenzhou, Nan Huai-chin reçut une édu cation traditionnelle de lettré. En 1945, il rencontra Yuan Huanxian, maître la:ic du bouddhisme Chan, auprès de qui il connut l'éveil. Il vit maintenant à Hong Kong. Il enseigne en Chine, aux États-Unis et en France.

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L'expérience de l'éveil
 
 
 

Le Chant de l'immédiat Satori
Traduit et commenté par Maître Deshimaru
Albin Michel (Pocket)

 

Le Chant de l'immédiat satori, le Shodoka, est considéré comme l'un des textes essentiels du Zen. Composé de 78 poèmes, il a été écrit au Vllle siècle de notre ère par Maître Yoka Daishi, né en Chine en 665; moine à vingt ans, il se consacra à l'étude des différentes formes du bouddhisme et de la pensée taoïste et confucéenne. Mais le doute demeura en lui jusqu'à sa rencontre avec Houeï Neng (Eno, en japonais), le sixième Patriarche, qui lui transmit en une nuit l'essence du Ch'an, le vrai esprit du Zen. Il eut de nombreux disciples mais sa lignée ne s'est pas poursuivie jusqu'à nos jours. Il mourut en 713 en posture de zazen.

Son seul legs à l'humanité sera le Shodoka, ce chant qui, par sa fraîcheur et sa force, reste plus actuel que la plupart des textes traditionnels.

Ce Chant de l'immédiat satori est un pur joyau poétique et spirituel. Il recèle une sagesse uni- verselle. Maître Taisen Deshimaru en a fait la traduction et des commentaires pour guider l'être sur la voie d'éveil.

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Le chant de l'immédiat satori
 
 
 

L'anneau de la voie
Taisen Deshimaru
Albin Michel (Pocket)

 

Voici les dernieres paroles du maître zen Deshimaru qui, sentant sa mort venir, lègue en 1982 l'essence de son enseignement issu de l'expérience spiriuelle de toute une vie.

L' Anneau de la Voie est sans commencement ni fin. C'est la répétition de l'expérience vécue 'ici et maintenant' qui porte en elle l'éternité.

Paroles transmises de patriarche en patriarche au-delà du temps, au-delà des illusions de la vie et de la pensée, cet ouvrage est la trace d'un enseignement oral qui trouve sa source dans le Bouddha Shakyamuni.

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L'anneau de la voie
 
 
 

Zen, Graine de Sagesse
Shundo Aoyama
Sully

 

Maître zen, imprègnée de la civilisation japonaise dans ce qu'elle a de emilleur, mais également femme de son temps et de grande culture, Shundo Ayoama porte dans cet ouvrage exceptionnel un regrad lucide et compassionné sur la condition humaine, qui touchera toute personne en quête de vérité. Qu'elle cite l'enseignement des maîtres zen du passé, des anecdotes de la vie quotidienne, des souvenirs personnels, des reflexions de poètes et de philosophes japonais ou occidentaux, son langage simple et sensible témoigne d'une connaissance réelle de la vie et des enseignements bouddhiques, profondément intégrés par l'expérience.

Elle nous parle directement d'esprit-cœur à exprit-cœur - pour reprendre une expression classique du zen - de ce qui est essentiel : comment trouver le bonheur dans cette vie. Shundo Aoyama nous rend ainsi naturellement accessible la sagesse du zen.

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Zen, graine de sagesse
 
 
 
© Union Bouddhiste de France 2001