Emission Sagesses Bouddhistes du 03 février 2008

L'altruisme du Zen

Invité : Maître Kengan Robert

Présentation : Sandrine Colombo
Réalisateur :
Claude Darmon


Denshiji
Institution et Temple Bouddhiste Zen Sôtô
45 boulevard Dupuis 41000 Blois
Tel. 02 54 56 18 56
Site internet : http://www.denshinji.fr
e-mail : denshinji.contact@denshinji.fr
Autorité spirituelle : Révérend Kengan D. Robert
Affilié : Centre Zen Martinique (Denshinji)
Site internet : http://www.denshinji.fr/martinique-pratique-zen.htm


EXTRAITS DE L'EMISSION

Sandrine Colombo : Nous allons nous intéresser ce dimanche à la tradition zen Sôtô et plus particulièrement à l’une des facettes essentielles de la pratique, l’altruisme ; essentielle, mais pas forcément ostensible. On croit parfois que les pratiquants zen sont repliés sur eux-mêmes lorsqu’on les voit méditer. Il n’en est rien, au contraire. Le don, la générosité, la compassion, l’empathie sont autant de vertus que la pratique permet de réaliser. Nous allons le constater avec notre invité, le Révérend Kengan Denis Robert.
Vous êtes l’un des plus anciens disciples de Maître Deshimaru. Vous avez d’ailleurs séjourné dans son monastère au Japon, où vous avez reçu la transmission. Puis de retour en France, vous avez fondé une institution et un temple à Blois, en 1982, où vous donnez des retraites et des conférences publiques. Vous tenez à cette expression « L’altruisme du zen », plus qu’à « L’altruisme dans le zen », pourquoi ?

Maître Kengan Robert : Oui, parce que le mot zen lui-même est la prononciation Japonaise du mot sanscrit « dyana » qui veut dire recueillement et le recueillement, c’est l’acte fondateur du bouddhisme. Le Bouddha s’est installé sous son arbre, après avoir fait différentes pratiques pour essayer de trouver la sagesse pour lui-même et surtout, il a essayé de trouver cette sagesse pour qu’elle lui permette d’aider tous ses contemporains et tous les gens du monde, y compris nous, quelques siècles plus tard. N’ayant pas trouvé la plénitude de la sagesse dans ces pratiques, il s’est tout simplement assis sous un arbre en disant qu’il ne bougerait pas de là, tant que la sagesse et la vérité qu’il avait cherchées pendant des années, ne viendraient pas à lui. C’est cet acte fondateur qui s’est perpétué dans tous les courants du bouddhisme et en particulier dans la lignée dont je suis un des héritiers : le zen.
C’est l’expression d’un message qui soulage tous les êtres vivants, tous les êtres qui souffrent de leur mal-être, de leur mal de vivre, de leur tristesse, de leur peur de la mort surtout, qui est la souffrance des souffrances en quelque sorte. Et cet acte ne peut apporter la sagesse à quelqu’un que s’il est fait avec une dimension qui le dépasse. Les deux jambes de la pratique du bouddhisme dans son ensemble et pratiquement de toutes les religions dans l’univers, c’est de pratiquer le recueillement pour faire apparaître, émaner de soi  la sagesse et en même temps le faire en faisant le vœu de sauver tous les êtres, aussi innombrables qu’ils puissent être.

Sandrine Colombo : Alors justement, comment se manifeste l’altruisme ?

Maître Kengan Robert : C’est d’abord un état d’esprit. Il y a d’abord cette sagesse que l’on intègre en soi, ou que l’on fait se révéler en soi  par la pratique de l’immobilité, puisque c’est ce qu’a pratiqué le Bouddha sous son arbre.  Il a dit qu’il n’en bougerait pas et chaque fois qu’il a été tenté de le quitter, il est toujours revenu à l’immobilité avec détermination et cela, le sutra le dit très clairement. Toute notre tradition est fondée sur cette pratique là.

S.C. : Cette immobilité semble un peu contradictoire avec l’altruisme ?

Maître Kengan Robert : C’est lorsque vous avez trouvé la tranquillité parfaite dans l’immobilité complète, ce que l’on appelle le recueillement accompli, le samadhi en sanscrit, à ce moment-là, votre cœur est complètement ouvert, d’abord dans l’expression de la joie. C’est un état d’esprit de joie qui se manifeste et cette joie là est communicative, on entreprend les choses avec enthousiasme. Et par ailleurs, dans la pratique de cette sagesse, au moment de ce recueillement accompli, l’être humain appréhende l’univers de façon très large et intègre tous les paramètres de la vie sans à priori, sans réticence, sans jugement, sans se dire que cela lui plait ou pas.
Ce sont les trois états d’esprit qui émanent de la pratique du recueillement, face au mur, ce qui surprend beaucoup les gens.

S.C. : Il y a aussi des manifestations de cet altruisme du zen, par exemple la générosité ou le don ?

Maître Kengan Robert : Oui, c’est transmettre cette sagesse et ce message d’espoir envers les gens qui souffrent à travers quatre attitudes, quatre méthodes.
Ces quatre attitudes sont :  le don.
Le don, c’est donner la parole de sagesse, mais c’est aussi se donner soi-même, donner son temps, donner tout son savoir, donner son enthousiasme aussi, sans arrière pensée , sans jugement et sans même attendre de merci. Tous les textes bouddhistes nous le disent, en particulier le maître fondateur au Japon, maître Dögen dont j’ai traduit les enseignements : --   - Tu donnes, mais tu n’attends rien en retour. Il faut donner simplement.
A ce moment là, comme effet secondaire, il y a une réaction positive bien sûr, mais ce n’est pas cela qu’il faut attendre.
Le don sans attendre de retour…  la générosité, la charité, tout cela fait partie du don.

La deuxième attitude : c’est la parole aimante, parler avec amour.
Maître Dögen justement nous dit qu’il faut parler aux gens avec cette idée que le Bouddha a donné sa vie, a consacré sa vie à s’occuper de tous les êtres qui souffrent comme des bébés qu’il prend dans ses bras. Et d’une certaine façon, on se présente aux gens avec des paroles absentes d’agressivité, même si parfois on est sévère, car on peut fort bien dire quelque chose de très sévère à quelqu’un, mais avec amour.

La troisième attitude, c’est agir pour le bien d’autrui.

S.C. : Est-ce que c’est la compassion ?

Maître Kengan Robert : On peut dire que tout l’ensemble, ces quatre attitudes, dont je suis en train de parler, qualifie la compassion, la manifestation de la compassion d’une certaine façon. Tout se rejoint d’une certaine façon. Là aussi il faut agir pour le bien d’autrui sans en attendre de merci. On peut faire le bien de façon anonyme sans le claironner sur les toits, même à l’insu des gens et même parfois, en dépit d’eux. C’est l’exercice aussi de la sagesse de voir ce qui convient, mais c’est toujours agir. Lorsqu’on parle du bien ou du mal dans le bouddhisme, c’est toujours avec l’idée d’apporter aux personnes, non pas un bien matériel nécessairement, mais d’apporter le soulagement de ce mal-être, de cette grande douleur pour certaines personnes. C’est cela qui est « faire le bien ».

S.C. : On en vient à la quatrième attitude ?

Maître Kengan Robert : C’est l’empathie. L’empathie, veut dire « être en souffrance en même temps », selon l’étymologie du mot en français, prendre la même maladie, mais cela ne veut pas dire subir le problème de l’autre… c’est s’identifier à l’autre, justement pour permettre au message de mieux passer d’une certaine façon et de soulager. C’est tout cet ensemble d’attitudes et de paramètres que l’on appelle compassion.

S.C. : Pouvez vous nous rappeler le vœu de bodhisattva ?

Maître Kengan Robert : Ce vœu de bodhisattva, c’est : « Innombrables les êtres, de les émanciper, je fais voeu. »
Il y a quatre vœux, mais le vœu d’altruisme, c’est celui-ci et c'est-à-dire que tant qu’il y aura une personne qui est malheureuse et surtout ne trouve pas le chemin de la délivrance, de la paix parfaite de l’esprit pour aborder sa propre mort, le bodhisattva va continuer son œuvre.

S.C. : Le plus grand don, dit-on, c’est celui de la pratique, enseigner, c’est ce que Bouddha a fait lui-même ?

Maître Kengan Robert : Oui, c’est cela.
C’est parce qu’il s’est assis sous son arbre, il y a 2600 ans, que nous sommes encore là pour en parler et qu’il y a des millions de gens qui ont été sauvés, éveillés et qui sont morts, la paix dans l’âme, l’esprit parfaitement tranquille, parce que, lui, a pratiqué, d’abord le recueillement et ensuite toutes les vertus humaines, toutes les perfections d’un être humain envers les autres.

S.C. : Je vous remercie d’avoir répondu à nos questions.

Remerciements à Madame de Mareuil pour sa gracieuse et fidèle collaboration à la rédaction de la transcription de l'émission.


Livres présentés lors de cette émission
Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 

Enseignements du maître zen Dôgen

Shobogenzo Zuimonki
Traduit et commenté par Kengan D. Robert
Editions Sully
ISBN  2 911074 32 7

 

Le Shôbôgenzô Zuimonki est un recueil d'enseignements du maître zen Dôgen pris en note et consignés par son fidèle disciple et successeur, Koun Ejô. Dôgen (1200-1253) est l'un des grands maîtres de l' histoire du bouddhisme dont l'influence se perpétue jusqu'à nos jours. Fondateur du zen Sôtô au Japon, il est tenu dans la plus |a haute estime à la fois pour la rigueur de sa pratique monastique et pour la faculté de son esprit. Son œuvre monumentale, le Shôbôgenzô, est le sommet de la littérature et de la philosophie bouddhiques japonaises, mais reste difficile d'accès notamment en raison de grandes difficultés de traduction. II en va différemment avec le Zuimonki, qui signifie littéralement  « notes fidèles de paroles entendues ». Koun Ejô y a rassemblé des conseils, des admonestations, des réponses à des questions que Dôgen a délivré au groupe de disciples qui l'entouraient au Koshoji, près de Kyoto, qui fut le premier véritable temple zen Sôtô au Japon. Il s'adresse à des moines, des moniales, et également à des laïcs, dans un langage simple et direct. Il y est question de la pratique, de l' attitude correcte à développer dans la vie, des difficultés rencontrées sur le chemin, qui sont les mêmes hier qu' aujourd'hui. Ce Shôbôgenzô Zuimonki, traduit et commenté à partir de la version la plus ancienne dite de Chôenji par Kengan D. Robert, lui-même maître zen formé au temple de Eiheiji, constitue donc un véritable joyau pour tous ceux qui veulent découvrir et étudier le zen et le bouddhisme.


     
     

     

Questions zen

Philip Kapleau
Editions le Seuil (Points Sagesses)
ISBN 0 02 014596 0

 

Questions zen offre un vin ancien dans de nouvelles outres. L'ouvrage reflète l'impact du Zen sur des Occidentaux - leurs diverses réactions personnelles - au sein de leur milieu culturel. Il répond à leurs questions anxieuses, leur recherche de preuves et leurs doutes informulés. Ce livre permet également au lecteur de participer, par sa médiation, aux sesshins, ces retraites d'entraînement intensif, qui sont le cœur de la discipline, et il donne plus qu'un aperçu de l'émerveillement et de la joie de Réveil. Le Zen présenté ici parlera directement à nos contemporains, avec les accents familiers de notre époque et de notre culture. Né en 1912, alors qu'il couvrait pour la presse, en tant qu’ expert, les procès pour crimes de guerre au Japon, il rencontra le Dr Suzuki, et, en 1950, commença à étudier la philosophie bouddhiste avec lui à l'université Columbia. Il séjourna au Japon de 1953 à 1966, se consacrant à l’ étude et à la pratique du Zen. Il fut ordonné par son professeur Yasutani roshi, et autorisé par lui à enseigner.

Commander cet ouvrage

     
     

     

ZEN, graines de sagesse

Shundô Aoyama
Editions Sully

ISBN 2 911074 24 6


 

Maître zen, imprégnée de la civilisation japonaise dans ce qu’elle a de meilleurs, mais également femme de son temps et de grande culture, Shundô Ayoama porte dans cet ouvrage exceptionnel, un regard lucide et compassionné sur la condition humaine, qui touchera toute personne en quête de vérité. Elle nous parle directement d’esprit-cœur à esprit-cœur (i shin den shin) - pour reprendre une expression classique du zen - de ce qui est essentiel. Shundô Aoyama nous rend ainsi naturellement accessible la sagesse du zen.

     
     

     

Le grand livre du Bouddhisme
Vient de paraître

Alain Grosrey
Editions Albin Michel

ISBN  978 2 226 17841 1


 

Si le bouddhisme attire de plus en plus d'Occidentaux, l'appréhender dans sa totalité reste pour beaucoup une gageure. Est-il une religion, une philosophie, une « sagesse orientale », un mode de vie ? Quels sont les rapports réels entre le bouddhisme des origines et les diverses formes qu'il a épousées : éveil subit du Zen, piétisme des écoles de la Terre pure, tantrisme tibétain, etc. ? Dans cet ouvrage encyclopédique, Alain Grosrey, enseignant dans une des grandes universités bouddhistes d'Europe, permet  à tout un chacun d'acquérir le bagage de connaissances indispen- sables pour se repérer aisément dans le foisonnement des écoles,  des corpus, des idées et des pratiques. Il décrit l'émergence du bouddhisme indien et retrace l'histoire des communautés par pays. Il introduit et commente des textes majeurs, sutras, traités et tantras, sans négliger les autres formes d'expression : poésie, sculpture, silence. Il nous guide enfin dans les différents aspects et supports de la méditation. L'ensemble constitue aussi bien un ouvrage de référence spéculatives et qu'un véritable manuel qui accompagnera le lecteur, bouddhiste ou non, jusqu'au cœur des enseignements les plus élevés.

     
     

 

 

 
 

Autre Semaine

Retour à la page d'accueil