Zen et musique
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Diane Frossard est 1er prix de flûte et 1er prix de musique de chambre du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, flüte soliste pendant de nombreuses années dans l'orchestre de Picardie.Elle est également nonne zen et dirige le dojo d'Amiens. Introduction : La musique a toujours occupé une place essentielle dans les diffèrentes traditions spirituelles. Elle rythme par exemple certains rituels, accompagne les prières afin d'aider l'être à se relier au sacré et à la transcendance. Cet art peut donc être étudié et vécu comme une voie spirituelle à part entière tant ses possibilités sont infinies. Aussi comment engendrer conscience, vigilance et présence à l'instant en unifiant corps et esprit à la pratique d'un instrument. Reportage au dojo d'Amiens La pratique du zen m'a apporté une notion
que je ne connaissais pas "le non jugement". Apprendre à voir
ce qui est, c'est une valeur très importante, c'est le complet respect
de l'autre. Savoir où il en est, ce qu'il
est, ne pas juger ce qu'il est. A partir de là, il y a une confiance qui s'installe entre l'élève et le professeur et on peut avancer dans une dimension assez difficile qui est la musique, parce qu'il faut aller chercher dans la sensibilité. On va chercher la musique dans l'intimité de la personne parce que l'on peut "apprendre" la musique, seulement la technique, mais la musique ce n'est pas cela. (Diane Frossard)
VB - On trouve justement cette unité de corps et d'esprit dans votre musique, comment avez-vous découvert cette unité? D. Frossard - J'ai rencontré la musique bien avant de rencontrer le zen et ce qui m'a intéressé dans le zen, c'est ce lien fort entre le corps et l'esprit. c'est une dimension que vous rencontrez rarement dans les conservatoires. Je sentais bien dans le jeu instrumental un manque chez moi, une souffrance comme dirait le Bouddha, un manque de cette unité de corps et esprit, donc on a plus l'action juste au moment juste, je pouvais le définir avant de faire zazen, car je ne savais pas que c'était un manque. En découvrant le zen, j'ai vraiment compris que c'était pour moi. VB - Il y a des points communs entre la pratique de la musique et zazen, la respiration, la position des mains, la posture mais commençons par le travail sur la respiration. D. Frossard - Il peut être identique, cela dépend de la connaissance que vous en avez. En musique dès que l'on s'intéresse à la respiration, c'est pour produire un son. Dans zazen on est surtout à l'écoute de la respiration. C'est très important de laisser faire, elle est le lien entre le corps et l'esprit, le lien entre l'extérieur et l'intérieur. C'est vraiment elle qui nous actualise dans l'instant présent et les maître zen disent "prenez bien le soin de la faire parce qu'on ne peut pas la refaire". VB - Dans le mahayana et le zen, il y a un idéal sur lequel vous travaillez beaucoup qui est l'idéal de bodhisatva. Essayez-vous aussi de le réalisaer dans le musique? D. Frossard - Oui, on ne peut pas le faire de manière vraiment volontaire et consciente mais quand on joue de cette manière là, issue de ce que l'éveil de zazen a apporté en nous, on met les gens qui nous écoutent en résonnance avec cette dimension là. VB - On ne joue pas la musique pour soi, ne joue t-on pas essentiellement pour les autres? D. Frossard - Je ne sais pas si l'on peut dire les choses comme cela mais on joue à partir de sa nature de Bouddha, donc à ce moment là, la musique étant un art qui ne passe pas par les mots, d'intuition à intuition, cela met la personne en résonnance avec cette dimension de sa vie et c'est très important. VB - Quelques mots sur la position des mains? D. Frossard - Dans la flûte comme dans zazen, la position des mains fait partie d'un tout. Dans la flûte, cela n'a rien de particulier mais en zazen, la posture des mains c'est la position de ne pas saisir, de ne pas vouloir agripper. La musique c'est vraiment l'art de l'instant présent, mais on ne peut pas le figer cet instant présent, tout est impermanent, donc si l'on arrête de figer à ce moment là, la musique qui suit est beaucoup plus riche.Si l'on comprend de par le zen ce qu'est vraiment l'instant présent, on peut vraiment devenir disponible à son intuition, ne pas vouloir saisir un geste, ne pas vouloir reproduire exactement ce qu'on a fait la veille et c'est un lacher prise qui n'est pas du tout facile dans l'étude musicale de toutes façons, surtout si l'on ne connaît pas zazen. VB - Il y a donc plus de liberté, de spontanéité? D. Frossard - Oui, parce que moins d'attachement.
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Bouddhiste de France 2000
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