Le Zen CoréenEmission du 30 Juillet 2000InvitéMaître Wu Bong |
|||||
|
Maître WU BONG est le représentant en France et en Europe de la tradition Zen Coréenne dont Maître Soen Sa Nim est le 78è patriarche. Il est également responsable de l'enseignement dans un grand nombre de centres Zen en Europe et en Afrique du Sud.
Introduction:
On ne peut pas parler de la Corée sans rappeler l'influence culturelle et religieuse de la Chine sur ce pays. De la Chine, la Corée a en effet hérité le taoisme, le confucianisme et le bouddhisme. Le Mahayana fut introduit en Corée au IV ème siècle après Jésus-Christ et malgré les années d'oppression ou d'exclusion selon les alternances politiques en place, cette tradition est restée vivante jusqu'à nos jours. Le bouddhisme coréen est une forme du zen. Des centres de pratique existent maintenant depuis plusieurs années en Europe.
Extraits du reportage réalisé au Centre parisien Kwan Um
100% " ici et maintenant" c'est ZEN
Le zen transcende les frontières. C'est connaître sa nature véritable, donc d'où que l'on vienne et où que l'on aille pour le pratiquer, cette recherche reste la même. Nous essayons d'aller chercher notre nature véritable et notre nature véritable c'est d'abord: arriver à trancher, à couper nos pensées qui sont source d'attachement, de désir et de souffrance la plupart du temps.
Il y a diffèrentes techniques, l'une d'entre elles est la méditation assise "zazen", également la technique du chant (pendant que nous chantons nous sommes à 100% dans ce que nous faisons). La troisème technique: les prosternations, que nous effectuons au nombre de 108 le matin, sont d'abord un moyen pour évacuer les tensions que nous amenons de l'extérieur avec nous avant de venir pratiquer. Cela permet également à notre "petit Je", notre petit ego, de se prosterner devant notre "grand Je". Il est une dernière technique que nous utilisons, c'est la pratique du "kong-an" appelé " KOAN" dans la tradition japonaise. Le Maître pose une question souvent déroutante pour l'esprit. Son but est de s'adresser directement à notre esprit sans passer par la pensée.
Toutes ces pratiques, tous ces éléments sont pour nous aider à garder l'esprit clair, l'esprit calme, un centre fort et donc si l'on est fort, clair et calme, alors on peut aider les autres.
" Pendant la méditation, on pratique cet esprit zen, dans la vie quotidienne on le garde ".
Par exemple, lorsque l'on conduit une voiture, s'il y a le feu vert, on avance… rouge, on s'arrête, c'est "ZEN"! Cela permet d'apprécier exactement ce qu'est la vie et pas "ce qu'on aime ou ce qu'on aime pas".
Maître WU BONG fut le premier étudiant américain de Maître SEUNG SAHN aux Etats-Unis en 1972. Il est diplômé en mathématqiues de l'Université de Brown et ceinture noire quatrième dan de Shim Gum Do, une forme d'escrime coréenne.
VB - En 1993, vous avez reçu la transmission du Dharma de votre Maître Seung Sahn, 78ème patriarche de la lignée. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Maître Seung Sahn?
Maître Wu Bong - Il est arrivé aux Etats-Unis en 1972, où il avait un tout petit centre qui finalement a donné une grande organisation. Il est un maître zen depuis son jeune âge, en fait depuis qu'il a 20 ans. Il a enseigné de nombreuses années en Corée, puis il est parti également au Japon pour enseigner et créer des centres et enfin il a reçu pour mission de son Maître d'aller enseigner en occident.
VB - Vous êtes Maître Zen, vous êtes très peu à porter ce titre. Quelle est la diffèrence entre Maître Zen et Maître de Dharma comme l'est votre épouse, Grazyna Perl, que nous venons de voir dans le reportage ?
Maître Wu Bong - Pour le public français qui est habitué au zen japonais, je dirais que Maître de Dharma correspond au titre de "sensei" alors que Maître Zen correspond au titre de "roshi".
VB - Votre formation a t-elle été particulière?
Maître Wu Bong - Je peux simplement vous dire comment cela se passe dans notre école.Il y a d'abord plusieurs années de formation avec un test à plusieurs niveaux. Tout d'abord au niveau des "koans", puis en ce qui concerne la "direction de vie". Alors, on reçoit le titre de maître de Dharma et l'on reçoit la transmission qui nous permet d'enseigner pendant plusieurs années. Puis ensuite, l'on passe une sorte de test, si vous voulez, devant plusieurs Maîtres, afin d'obtenir le titre de Maître Zen.
VB - Comment s'est effectuée la transmission, de la Chine à la Corée, jusqu'à nos jours pour parvenir à vous qui en êtes le 79ème patriarche?
Maître Wu Bong - Il ne faut pas seulement parler de la transmission qui vient de la Chine, mais également d'Inde à l'origine, puis ensuite depuis la Chine avec Bodhidharma et il faut ensuite parler du VI ème patriarche avec lequel en fait s'est cassé le système de transmission qui n'était réservé qu'à une seule personne et c'est important car à partir de ce moment là, la transmission a pu se faire sur de nombreuses personnes et plusieurs lignées furent créées, notamment une en Corée et dans le monde occidental.
VB - On connaît surtout en occident le zen japonais, un peu le zen chinois (le chan) mais très mal le zen coréen, a t-il des particularités?
Maître Wu Bong - On peut dire que la contribution du zen coréen est une contribution qui en fait a une qualité d'unifier les diffèrentes écoles du bouddhisme. Ainsi on y trouve les écoles du soutra et toutes les formes des écoles zen.
VB - L'enseignement oral est également très important, y a t-il une étude des diffèrents soutras?
Maître Wu Bong - En Corée, oui effectivement et en ce qui concerne l'entrainement des moines dans les monastères, on trouve des écoles spécifiques, des écoles du soutra, des écoles zen, des écoles de mantras également, mais par contre en occident, c'est diffèrent, l'aspect scolastique n'est pas aussi développé, il s'agit plus de la pratique.
VB - Les koans ont pour fonction d'éveiller l'esprit mais en même temps ils suscitent l'interrogation donc ils conduisent le mental à se poser beaucoup de questions alors que l'on doit aller jusqu'au "lâcher prise" grâce au koan, n'est-ce-pas paradoxal?
Maître Wu Bong - En fait, on peut parler de toutes les situations de vie comme d'un koan. Par exemple, la façon dont on s'est rencontré, dit bonjour, et bien c'est un koan, car c'est une situation qui a besoin d'un accomplissement. Maintenant, la façon dont on travaille avec ce koan, "c'est de ne pas y penser", "de ne pas penser à propos de ce koan" donc là vous comprenez où vous ne comprenez pas. Si vous ne le comprenez pas, et bien oui il faut garder cet esprit qui ne sait pas, et cet esprit qui ne sait pas, fait que il va trancher sur toute chose et que l'on va arriver au point qui se trouve avant la pensée et lorsque l'on est à ce point "avant la pensée", il n'y a plus de travail mental, il n'y a plus d'action du mental et alors l'esprit est au repos. |
|||||
| © Union Bouddhiste
de France 2000
|