Les enfants aveugles de Lhassa

Invité : Gilbert Montagné

Transcription de l'émission Voix Bouddhistes
diffusée le 24 décembre 2000

VB - Gilbert Montagné, nous connaissons bien votre activité artistique mais beaucoup moins votre engagement pour les non-voyants et tout ce que vous faites par rapport à ce problème.
Quelles réflexions vous inspirent ce reportage ?

G. Montagné - J'ai vraiment vu ce reportage, car pour moi, écouter c'est voir. Donc j'ai vu ce reportage. D'ailleurs en général, c'est ce que je préfère à la télévision, les reportages et les films. Ce qui m'a frappé, c'est la joie de vivre qui touche tous ces enfants et cela me montre une chose, moi, je le sais, mais sans doute pas tous les télespectateurs, qui ne connaissent pas bien l'univers des non-voyants, c'est que contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est que les non-voyants ont un sourire intérieur qui se reflète vers l'extérieur. Je ne veux pas faire de généralités mais personnellement, j'ai toujours vu des cas comme cela.

Une jeune fille disait : ce que j'aime bien c'est que l'on est tous ici avec le même problème.
En entendant cela, je me disais : mais pourquoi, toi-même Gilbert tu n'arrives pas à vivre ta non-voyance comme un problème. Car c'est vrai, pour moi, ce n'est pas un problème. Et je ne dis pas cela légèrement. C'est vrai. C'est une réalité de vision différente. C'est une vision de l'esprit. Tout le monde l'a. Moi, je n'ai jamais vu avec les yeux, mais j'aime expérimenter tous les jours cette vision de l'esprit, de plus en plus.

Heureusement que cette école existe là-bas parce qu'effectivement au Tibet comme dans bien d'autres pays, les handicapés dont les non-voyants, restent encore très souvent en marge de la société et vivent souvent en reclus. Cela m'a surpris car j'aurais volontiers pensé qu'au Tibet où il y a une sagesse de l'esprit (enfin d'après ce que je comprends) une sagesse d'esprit très avancée, on n'aurait pas laissé les non-voyants dans une telle situation. Je viens d'apprendre quelque chose et cela me donne envie d'aller là-bas pour voir comment cela se passe.

VB - Vous parliez de vision de l'esprit, et comme vous ne vous arrêtez pas à l'apparence, il y a une certaine forme de clairvoyance qui se développe, êtes vous beaucoup plus lucides sur les êtres ?

G. Montagné - Le monde est fait de toutes ces petites choses et de toutes ces petites poussières d'étoiles que sont les êtres et qui sont essentiels les uns pour les autres. Nous sommes tous différents dans notre monde et pourtant nous sommes tous complémentaires. C'est très important à la fois de garder ses différences tout en mettant "sa différence" au profit du plus grand nombre pour que le monde devienne de plus en plus intéressant. Il ne faut pas avoir peur d'enfoncer les portes. C'est le seul moyen de les ouvrir.

VB - Dans nos sociétés, le quotidien est une véritable jungle pour vous. Aussi que faut-il faire pour que nous soyons moins égoïstes et prendre en compte ce que vous êtes, mieux vous aider.

G. Montagné - Merci pour cette question. Il faut tout simplement ouvrir ses yeux, mais pas les yeux de la vitrine, les yeux de l'âme. Je veux dire par là que dans nos sociétés, on a trop tendance à regarder à droite comme à gauche mais jamais en face du problème pour trouver la solution. Dans la ville par exemple et nous sommes à la fin de l'année 2000, pour l'instant on ne peut pas savoir si le feu est vert, orange ou rouge et l'on prend des risques énormes tout simplement pour traverser une chaussée que je suis la premier étonné à franchir parfois sans risques. Cela c'est un exemple.

VB - La plupart des améliorations sont le fait de particuliers ou d'associations…vous-même lorsque vous êtes passé à l'Olympia dernièrement, vous avez mis en place tout un système pour améliorer l'accès des non-voyants autour du théatre.

G. Montagné - Oui, les feux étaient sonores et même dans le métro, les choses ont été différentes, ce avec l'aide remarquable de la RATP… mais le but c'est de dire que tout cela pourrait être fait de façon définitive et non ponctuelle.

VB - Il y a donc toujours un peu de discrimination.

G. Montagné - C'est la réalité. Si l'on considère que nous sommes finalement tous soumis à certains handicaps, même moins visibles, on pourrait être un peu plus tolérant et respectueux.
On a tous à gagner à la paix, à la paix de l'esprit. Et la paix de l'esprit c'est une recherche d'aller les uns vers les autres. Je le pense vraiment.

© Union Bouddhiste de France 2000