La Bio-éthiqueLa Médecine
face aux Droits de lhomme
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Les Professeurs Massué et Cuer, instigateurs dun réseau au niveau du Conseil de lEurope à Strasbourg dans le cadre de la Médecine face aux Droits de lhomme. Q.CB En quoi consiste ce réseau et par qui est-il constitué ? R.Prof. Massué Ce réseau européen de coopération scientifique sur les Droits de lhomme et la médecine, a été constitué dans les années 1978 à linitiative des parlementaires du Conseil de lEurope. Notre idée était dessayer de répondre à la préoccupation du médecin qui peut se trouver en difficulté dans lexercice de ses fonctions. Nous avons défini toute une série de cas représentatifs qui peuvent poser problème au médecin et nous les avons analysés sous langle juridique, langle de léthique, langle des morales religieuses et catholiques. Q.CB Quelle la diffèrence entre léthique et la morale ? R.Prof. Cuer Nous considérons que léthique vient évidemment dAristote. Léthique cest dabord les prescriptions générales qui préservent la dignité humaine mais cest aussi une éthique personnelle " la compassion " qui permet dappliquer ces principes généraux aux patients tandis que la morale représente des prescriptions venues de religions ou délements extérieurs qui imposent des comportements déterminés. Q.CB Pour lavortement : prenons un exemple, le cas dune jeune femme dont cest la première grossesse, léchographie montre un ftus à naître , atteint dune maladie incurable qui condamne lenfant à brève échéance. Quelle votre position en tant que médecin et bouddhiste si cette femme refuse lavortement alors que lenfant est condamné ? R. MA Pratili Lun des enseignements essentiels du Bouddha est de préserver et de favoriser la vie. Dans le cas particulier où cette femme décide de garder son enfant, cela ne pose pas de problème particulier. Mais si elle avait fait le choix inverse, chacun étant responsable de ses actes, elle aurait à en assumer les conséquences. En tant que bouddhiste, il faudrait essayer de la comprendre et laider à assumer le mieux possible cette situation. Q.CB Si la patiente refuse lavortement, quels sont ses droits au plan juridique ? R.Prof Cuer Au plan juridique, nous avons un référentiel international et européen, la convention qui vient dêtre proposée en novembre 1996, nous dit que le consentement est libre et éclairé. La notion de bienfaisance envers le patient qui avait été introduite par Hippocrate a été remplacée par lautonomie, donc cest le consentement libre et éclairé qui prévaut. Q.CB Le mari a t-il le droit dintervenir contre la décision de sa femme ? R.Prof Cuer On sest cantonné simplement à lautorisation de la femme. Léthique a pris le chemin inverse puisque en nous basant sur la prescription donnée à Lisbonne en 1981 sur le droit des patients, par lAssociation Médicale Mondiale, toute expression de paternalisme que le praticien avait sur son patient a été remplacée par une véritable autonomie, donc léthique nous dit aussi que la femme seule est libre de refuser lavortement. Q.CB Nous abordons maintenant le sujet de leuthanasie R.Prof Massué Il existe une euthanasie active et une euthanasie passive. La première, leuthanasie active, cest de mettre fin à la vie de façon volontaire La deuxième, leuthanasie dite passive, cest larrêt des soins, sans volonté (si vous voulez) daboutir à la mort. Sur le plan juridique, en ce qui concerne la problèmatique de leuthanasie active, le débat qui sengage est un débat qui sur le plan politique, sera aussi important que celui qui a prévalu sur lavortement. La réponse actuellement sur le plan juridique, que ce soit au niveau de la convention européenne des Droits de lhomme, du pacte international des droits civils et politiques, de la convention inter-américiane des Droits de lhomme, la réponse est la même : " nul ne peut être intentionnellement privé de sa vie ". Cest, si vous voulez, un principe de base sur le plan juriidque, et même dans son esprit, la loi va plus loin, puisquon demande aux Etats de prendre des mesures sur le plan législatif, juridique, pour protéger la vie. Donc au niveau juridique la position est très claire " nul ne peut être intentionnellement privé de sa vie ". R.Prof Cuer Leuthanasie passive est le refus de lacharnement thérapeuthique. On peut sinterroger si dans lintérêt de la survie du patient, il faut donner des moyens ou non, alors que du point de vue de leuthanasie active, le Professeur Massué vient de le signaler, cest une aide volontaire à la fin de vie. Je rappelle que du point de vue éthique, il y a eu des prescriptions nombreuses faites par lAssociation Médicale Mondiale (Marbella 1992) expliquant que dans toutes circonstances, leuthanasie active, laide à faire mourir son prochain est interdite. Cependant je me dois de rappeler que dans les attitudes concrètes vis à vis de ce problème, il y a évidemment quelques prescriptions qui sont contraires, par exemple dans la morale agnostique, on admet une autonomie complète et on admet quun patient qui souffre et ne pourra plus guerir a le droit de demander une aide à la fin de sa vie. Rappelons que nos collègues américains lont permis dans de nombreux états et quun pays européen proche, les Pays-Bas, autorise laide à la fin de vie, naturellement encadré par des avis médicaux. Q.CB Le point de vue bouddhiste dans leuthanasie ? R. MA Pratili Concernant leuthanasie active, et comme je lai déjà dit précedemment, un enseignement essentiel du Bouddha étant de protéger et de préserver la vie, il paraît donc difficile dinterrompre celle-ci sur la volonté exprimée de quelquun. Quant à leuthanasie passive, il est important de prendre en compte que pour un bouddhiste, le moment de la mort cest un moment important parce que cest le moment ou létat de conscience conditionne le devenir et que pour un pratiquant qui a de lexpérience et de lentrainement, cela peut être un moment privilégié pour atteindre léveil. Cest pourquoi il est très important dassurer au mourant, une impression de calme, de douceur et donc déviter toute pression comme peut être lacharnement thérapeuthique. Q.CB Les dons dorganes : dans un accident de la route, un jeune homme est tué, une partie de la famille est pour le don de ses organes, lautre partie refuse. Comment cela se passe t-il chez les bouddhistes puisque chez les tibétains par exemple, la conscience demeure trois jours dans le corps après que le diagnostic de mort clinique ait été posé. Est-ce conciliable avec le don des organes ? R.MA Pratili La problèmatique du don des organes est effectivement débattue chez les bouddhistes. Pour le Bouddha, lêtre humain est constitué de cinq agrégats qui sont : La forme, la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience. Au moment de la mort, la conscience quitte les quatre autres agrégats qui deviennent ainsi inutiles pour le défunt. Il y a traditionnellement effectivement cette règle des trois jours qui veut que lon ne manipule pas le corps dun défunt, ce qui pourrait avoir de linfluence sur son devenir ultérieur. Par rapport à ce problème, il est certain que si la motivation daider les autres, de faire don de son corps a été prise de son vivant et volontairement, il est probable que les manipulations qui ont lieu sur le corps sont de moindre importance par rapport à cette motivation de don. Cest pourquoi on avait proposé une carte de donneur à porter sur soi, ce qui peut également éviter les problèmes douloureux posés aux familles dans de tels choix. Je voudrais également ajouter que si les prélèvements dans les milieux hospitaliers se faisaient dans une atmosphère de respect et de gratitude par rapport au don qui est ainsi réalisé, cela pourrait améliorer limaginaire qui tourne autour de ces pratiques. Q.CB Revenons au plan juriidque, Prof Massué ? Sur le plan juridique vous avez deux problèmes, le problème de la concertation de la mort par une équipe indépendante de celle de la transplantation, puis vous avez le problème du consentement. On considère quaucun prélèvement ne peut être effectué sil y a eu opposition manifeste ou présumée du défunt. Dun autre côté, sil n y a pas eu expression explicite ou implicite de cette opposition, alors le prélèvement peut être réalisé.
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Bouddhiste de France 2000
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