Emission Voix Bouddhistes du 9 Septembre 2001
Dromteunpa et le renouveau du bouddhisme
au Tibet au XIème siècle

Invitée : Marie-Stella Boussemart

 

Marie-Stella Boussemart
Marie-Stella Boussemart - Photo : © Ph. Lelluch

 
 
 
 

Marie Stella Boussemart étudie le tibétain depuis plus de vingt cinq ans, principalement auprès de Dagpo Rinpoche dont elle est l'une des principales traductrices. Titulaire d'un doctorat, elle a enseigné aux Langues Orientales. Dans cette émission, elle nous permet de mieux connaître Dromteupa, le fondateur de l'école Kadampa, qui conduira plus tard à l'école Gelougpa.

Dans l'interview réalisée pour le site, Marie-Stella Boussemart précise la filiation entre les écoles Kadampa et Gelougpa et les différences entre les deux périodes de difusion du bouddhisme en Inde.


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ainsi que toute l'information sur les livres présentés cette semaine.


La transcription de cette émission sera prochainement disponible.

 
 
 
 
Interview de Marie-Stella Boussemart(*)
 
 

Au Tibet, la première diffusion du bouddhisme fut assez confidentielle, mais elle eut lieu à une époque où le bouddhisme était encore florissant en Inde.

 

Voix bouddhistes - Que s'est il passé entre les deux périodes de diffusion du bouddhisme en Inde ?

Marie-Stella Boussemart - Les tibétains étaient intéressés par ce qui se passait en Inde, l'inverse est moins vrai. En Inde, les choses suivaient leur cours, on n'y était pas vraiment au courant de ce qui se passait au Tibet. Au Tibet, la première diffusion du bouddhisme fut en fait assez confidentielle. C'était difficile d'arriver au Tibet, il fallait traverser le Népal.

Voix bouddhistes - N'y a-t-il pas eu une phase de déclin du bouddhisme en Inde à cette époque ?

Marie-Stella Boussemart - En Inde le déclin était amorcé depuis longtemps. Il s'est accéléré au 10ème siècle, jusqu'au moment où le bouddhisme va totalement disparaître d'Inde, à cause des invasions musulmanes aux 13ème et 14ème siècles.

Voix bouddhistes - Mais lors de la première phase de diffusion, le bouddhisme était encore florissant en Inde ?

Marie-Stella Boussemart - Oui , beaucoup plus florissant qu'au 11ème siècle.

 
       
       
       
       
La différence entre les deux diffusions du bouddhisme au Tibet peut-être comparée à celle qu'il y a entre deux ordres monastiques chrétiens comme les bénédictins et les franciscains.  

Voix bouddhistes - Quelles sont les grandes différences entre ces deux diffusions ?

Marie-Stella Boussemart - La grande différence entre l'école ancienne (Nyingmapa) et toutes les autres porte uniquement sur les traductions des tantras du niveau supérieur. Sinon ce sont les mêmes vues philosophiques et le même fondement doctrinal. La où il y a deux cheminements différents c'est que les anciens se fondent sur la traduction des tantras lors de la première diffusion, alors qu'à la deuxième diffusion on a soit repris les mêmes tantras soit importé de nouveaux tantras . Les écoles nouvelles (Gelougpa, Sakyapa et Kagyupa) utilisent de nouvelles traductions pour les tantras supérieurs. Mais pour les autres tantras comme pour les soutras les traductions sont identiques.

Voix bouddhistes - Peut-on faire une analogie avec ce qui s'est passé en Occident avec les différentes traditions religieuses ?

Marie-Stella Boussemart - Il faut prendre des traditions assez proches, les franciscains et les bénédictins par exemple. C'est le même enseignement, le même idéal, les mêmes pratiques, mais pas forcément dans le même ordre. Peut-être pas avec les mêmes lignées, mais toujours dans la même direction. Alors que par exemple les orthodoxes et les catholiques sont semble-t-il plus éloignés. La différence entre les écoles tibétaines est bien moindre.

Voix bouddhistes - Y a-t-il une différence en matière d'importance donnée à l'étude et à la pratique ?

Marie-Stella Boussemart - On dit souvent que les Gelougpa passent leur temps à étudier sans pratiquer, alors que les Nyingmapa et les Kagyupa entreraient directement dans la pratique. Mais c'est plut™t une question d'ordre. Chez les Kagyupa on va tout de suite méditer, ensuite il faut étudier un peu. Chez les Gelougpa, on va d'abord beaucoup étudier, mais cela ne suffit pas, il faut aussi méditer. Au final cela revient au même.

 
       
       
       
       

La tradition Guelougpa fondée par Tsongkapa est en filiation directe avec la tradition Kadampa fondée par Dromteunpa.

 

Voix bouddhistes - Quel est le lien entre les écoles Kadampa et Gelougpa ?

Marie-Stella Boussemart - Les Gelougpa sont également appelés " Nouveaux Kadampa ", puisque Tsongkapa, le fondateur de l'école Gelougpa, est vraiment dans la même lignée que les Kadampa. Mais il a eu des maîtres des différentes écoles, des maîtres Kadampa, Sakyapa, Kagyupa et certainement des maîtres Nyingmapa. A son époque (15ème siècle), l'école Kadampa était sur le déclin, et il lui a redonné un nouvel élan.

Voix bouddhistes - Il y a donc cet apport d'autres lignées, mais sinon ces deux écoles sont en filiation directe ?

Marie-Stella Boussemart - La tradition Gelougpa est vraiment la continuité de la tradition Kadampa. En raison de la restructuration faite par Tsongkapa, il est également considéré comme un grand réformateur, mais ce terme n'est pas toujours très approprié. Tsongkapa est apparu fin du 14éme, début du 15ème siècle. Le bouddhisme au Tibet avait connu une grande diffusion , mais il y avait un peu de laxisme en ce qui concerne l'observance de l'éthique. Tsongkapa a redonné de la vigueur à la vie monastique, à l'observance des règles, etc...

 
       
       
       
       
Tant que l'on n'a pas développé la sagesse, on ne peut pas être complètement sûr de faire quelque chose de bien lorsqu'on en a pourtant l'intention.  

Voix bouddhistes - Vous avez dit : " Les obstacles sont inévitables, surtout quand on veut faire quelque chose de bien ". Cela pose deux questions : comment savoir si on fait quelque chose de bien ? Et comment faire pour ne pas se décourager si en voulant faire quelque chose de bien, on rencontre effectivement ces obstacles ?

Marie-Stella Boussemart - Tant que l'on n'a pas développé la sagesse, on ne peut être sûr à cent pour cent ! Sans avoir épanoui la sagesse, on a un minimum d'intelligence en tant qu'être humain. Faire quelque chose de bien tant qu'on se trouve dans le samsara, il ne faut pas rêver c'est impossible. Même si un être parfait tel qu'un Bouddha se manifeste dans le samsara, dans le mesure où sa manifestation est incluse dans le samsara, son apparence sera imparfaite. Dans l'entourage du Bouddha Shakyamuni, certains disciples qui avaient des vues pures le voyaient en tant que Bouddha, beaucoup l'on vu en tant qu'être ordinaire et son cousin Devadata l'a considéré comme un escroc et un charlatan.

Pour la deuxième partie de votre question, à propos du découragement, cela dépend de quel domaine il s'agit. Pour la pratique, je pense que c'est la foi qui soulève les montagnes qui peut aider à surmonter les obstacles. Si on croit vraiment à ce que l'on fait, il faut avoir bien réfléchi avant. Si c'est une foi aveugle on peut très vite se décourager, quand on s'aperŤoit que la route est longue et que les résultats n'arrivent pas rapidement . Si on a réfléchi, si on voit que d'autres ont obtenu de bons résultats, s'il y a des exemples marquants, si on a un être auquel on peut vraiment accorder sa confiance, même quand des gros pépins arrivent, quand on rencontre des obstacles immenses, une foi bien fondée doit permettre de surmonter ces moments de découragement.

Il ne faut pas désespérer s'il y a un moment de découragement. Nous sommes humains ! Dans un tout autre domaine : un homme d'affaires qui cible un bon créneau persistera, même s'il rencontre de grandes difficultés, parce qu'il sait qu'il peut faire des bénéfices. On peut faire la même chose dans la vie spirituelle, c'est la même démarche même si ce n'est pas le même domaine.

 
       
       
       
       
L'institut Guepele fondé par Dagpo Rinpoche propose des activités hebdomadaires ouvertes à tous à Paris et à Veneux les Sablons.  

Voix bouddhistes - Terminons par l'Institut Guepele fondé par Dagpo Rinpoche. Est-il accessible à tout le monde ? Quelles sont les activités ?

Marie-Stella Boussemart - Oui, l'institut est ouvert à tout le monde. La participation est libre. Ce que nous conseillons aux personnes qui nous contactent c'est de venir voir. Et aussi qu'il voient ailleurs pour voir ce qui leur convient le mieux.

L'important c'est d'avancer sur une voie spirituelle, une religion ne convient pas à tout le monde et un seul centre ne convient pas à tout le monde. Pour les débutants c'est bien de faire des comparaisons.

Pour les activités, il y a des enseignements de Rinpoche une fois par mois à Veneux les Sablons et deux fois par mois à Paris. Nous proposons sur Paris des groupes d'étude, d'entraînement à la concentration, des cours de langue tibétaine, des expositions et d'autres activités. A Veneux les Sablons il y a des retraites spirituelles qui sont organisées. Tous ces cours sont proposés sur une base hebdomadaire avec un progamme que l'on peut trouver sur le site internet de l'institut.

 
       
       
       
       
(*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France
 
 
 
 
Adresses de sites liés à l'émission de la semaine
     
     
Institut Ganden Ling

Première congrégation bouddhiste d'obédience guélougpa légalement reconnue en France, l'Institut Gandèn Ling poursuit l'oeuvre entreprise dès 1978 par son fondateur Dagpo Rimpoché. Il agit en collaboration avec l'association culturelle Institut Guépèle, et l'association culturelle à but humanitaire Entraide Franco-Tibétaine.

La congrégation Gandèn Ling est une communauté autonome qui a pour but de s'adonner à la prière conjuguée à l'étude, la réflexion et la méditation de l'Enseignement du Bouddha, de transmettre à toute personne ou groupe de personnes le désirant, en France ou à l'étranger, cet enseignement, de participer à des oeuvres sociales, activités philosophiques, d'assistance et de bienfaisance.

Le Maître fondateur, Dagpo Rimpoché Losang Jamphel Jhampa Gyamtshog, est né en 1931 dans le sud-est du Tibet et a été reconnu comme tulkou - lama incarné - par S.S. le XIIIe Dalaï Lama. Chef de plusieurs communautés monastiques au Tibet, et docteur en philosophie bouddhiste, il a enseigné la langue et la culture tibétaines à l'INALCO durant trente ans.

 

     
     
     
     

Information sur les livres présentés lors de cette émission

Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 
 

Dromteupa, l'Humble Yogi
ou le renouveau du bouddhisme au Tibet au XIème siècle
Marie Stella Boussemart
Editions Vajra Yogini

 

 

Marie Stella Boussemart a effectué cette recherche à partir de nombreux textes tibétains anciens et originaux et nous transmet par ce livre, l'essence de l'enseignement de ce maître exceptionnel, fondateur de la lignée kadampa.

1005, chez les nomades du Teuloung, le clan Drom se réjouit car la jolie Khouheu Sa va mettre au monde un robuste petit garŤon. Très vite, il se montre vif, intelligent et calme. Il a un tel caractère avec son regard profond que c'est impressionnantÉ il sera Dromteupa, fondateur de la lignée Kadampa.

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Dromteunpa, l'humble yogi
 
 
 

La guirlande des êtres fortunés
Dagpo Rinpoche
Editions Guépéle

 

A l'heure où de plus en plus d'occidentaux éprouvent de l'intérêt pour l'enseignement du Bouddha, des questions fondamentales se posent. Quels sont les principes essentiels du bouddhisme ? Cette voie spirituelle mène-t-elle au bonheur et peut-on l'appliquer dans la vie de tous les jours ? Que sont la loi de causalité, l'esprit d'éveil ? Comment se préparer à une méditation, se préparer, la mener et la conduire ? Dagpo Rimpotché répond à ces interrogations au fur et à mesure qu'il commente la Guirlande des Etres Fortunés dont l'auteur n'est autre que son incarnation précédente.

Quand en 1978, ce grand lama tibétain a enfin accepté d'exposer le Dharma, il n'a pas trouvé de meilleure introduction au bouddhisme que la Guirlande des Etres Fortunés. Le commentaire qu'il en fait présente de manière authentique et complète la tradition bouddhiste du grand véhicule. Tout en restant accessible à tous, il fournit des informations justes et précises et permet à ceux qui le souhaitent de s'engager dans un travail sur soi.

Né en 1932 au Tibet et reconnu par Sa Sainteté le Dalaï-Lama comme la réincarnation du remarquable maître Dagpo lama Rimpotché Jamphel Lhundroup, Dagpo Rimpoché fut élevé dans la plus pure et stricte tradition. Il fit ses études de la philosophie bouddhique dans plusieurs monastères sous la direction d'éminents maîtres. En 1959, il fuit son pays envahi par les Chinois. A peine arrivé en inde, il est invité par l'Ecole Pratique des Hautes Etudes à venir en France, apporter son concours à des recherches sur la civilisation tibétaine. Durant près de trente ans, il enseigne sa langue à l'INALCO. Il est le fondateur de la congrégation bouddhiste institut Ganden Ling, de l'association Institut Guépéle et de l'association à but humanitaire Entraide Franco-Tibétaine.

Disponible directement à l'Institut Guépéle

La guirlande des êtres fortunés
 
 
 

Djetsune Milarepa
Grand maître bouddhiste tibétain

Gilbert Bueso
Editions Guépéle

 

Djetsune Milarépa est probablement la figure la plus populaire et la plus célèbre du bouddhisme au Tibet. Cet être a effectué un parcours exceptionnel à bien des égards. Né dans la famille la plus riche de sa contrée, il connaît dès l'‰ge de sept ans le dénuement et la misère au point d'inspirer la pitié. Ensuite il acquiert les pouvoirs d'un puissant magicien qui tue et terrorise les populations. Devenu le disciple modèle d'un des maîtres bouddhistes les plus réputés de son pays, il accomplit des travaux colossaux, parcourt toutes les étapes de la voie spirituelle. Il s'adonne avec succès à la méditation et mène une existence d'ascète, de yogui vivant dans le dénuement complet. Capable d'endurer les pires souffrances, tant physiques que mentales, il passe l'essentiel de sa vie en méditation, dans des grottes en altitude, sans nourriture ni vêtement et réalise maints prodiges.

Notre ambition est de faire connaître ce maître par un texte simple en reprenant seulement quelques moments forts de sa vie. Ce travail a été effectué sous l'autorité spirituelle de Dagpo Rimpotché par un de ses élèves, Gilbert Buéso, enseignant de tibétain à l'Institut Guépéle.

Disponible directement à l'Institut Guépéle

Djetsune Milarepa
 
 
 

Drepoung Gomang Dratsang Monastère tibétain
Université de philosophie bouddhiste
Gilbert Buéso
Editions Institut Guépéle

 

Drépoung Gomang Dratsang est un des plus grands et des plus célèbres monastères-universités du monde bouddhiste actuel. Fondé en 1416 à c™té de Lhasa par un disciple direct du grand Djé Tsongkhapa, il acquiert rapidement célébrité et notoriété et attire les meilleurs esprits.

En 1959, fuyant le Tibet, nombre de moines se réfugièrent en Inde. Dès 1970, les soixante rescapés de Gomang rétablissent le monastère au sud d'Hubli, dans la région de Mindgod. Au Tibet, ce qui restait des b‰timents est dévasté pendant la révolution culturelle.

De nos jours, deux Drépoung existent : l'originel au Tibet compte environ 300 moines et celui reconstitué en Inde 3500.

Notre souhait est de faire connaître, par cette présentation synthétique, les aspects essentiels du Collège de Drépoung Gomang Dratsang. Nous espérons que le lecteur pourra se faire une idée assez précise de ce haut lieu.

Ce travail a été effectué sous l'autorité spirituelle de Dagpo Rimpoché par un de ses élèves, Gilbert Buéso, enseignant de tibétain à l'Institut Guépéle, à l'occasion de la tournée en Europe d'une délégation de moines de Drépoung Gomang Dratsang.

Disponible directement à l'Institut Guépéle

Drepoung Gomang Dratsang
 
 
 

Glossaire encyclopédique du bouddhisme tibétain
Alain C. Pret


 

Fruit d'années de recherche et de réflexion, ce glossaire présente pour la première fois les principaux termes du bouddhisme tibétain expliqués Ňde l'intérieurŇ par un pratiquant occidental.

Version multimedia 1-2 de Alain C.Prêt (ne fonctionne pas sur Mac).

Non-disponible à la vente en ligne

Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme tibétain
 
 
 

Pratique préliminaire du Gourou Yoga


 

Cet enregistrement de la pratique du Gourou Yoga sera source d'inspiration aussi bien pour les pratiquants réguliers que pour les néophytes. Que le son des chants vous apporte joie et bonheur.

Non-disponible à la vente en ligne

Pratique préliminaire du Gourou Yoga
 
 
 
© Union Bouddhiste de France 2001