Emission Voix Bouddhistes du 21 Octobre 2001
Foi et expérience de la non-dualité (1ère partie)
Maître Sosan

Invité : Roland Yuno Rech

 

Roland Yuno Rech
Roland Yuno Rech - Photo : © Ph. Lelluch

 
 
 
 

Roland Yuno Rech est l'un des principaux responsables de l'Association Zen AZI. Il enseigne dans de nombreuses villes d'Europe et réside à Nice. Lors de cette émission, il a choisi de rester au plus près d'un des textes de base de la tradition zen, le Shin Jin Mei de Maître Sosan, troisième patriarche chinois de la tradition zen, afin d'essayer de comprendre son message et de le mettre en relation à la fois avec le dharma et la pratique.

Dans l'interview réalisée pour le site, il revient sur l'importance de la réalisation de la vacuité à travers l'exemple de la transmission des trois premiers patriarches du zen (Boddhidharma, Eka et Sosan) ainsi que sur la compassion dans le bouddhisme zen.


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La transcription de cette émission sera prochainement disponible.

 
 
 
 
Interview de Roland Yuno Rech (*)
 
 

On sait peu de choses de la vie de Maître Sosan, car à l'époque personne n'imaginait qu'il allait devenir aussi important dans la tradition future.

On le connaît à travers son poème et surtout à travers sa rencontre avec Maître Eka.

 

Voix bouddhistes - Peux-tu brièvement nous rappeler qui est Maître Sosan ?

Roland Yuno Rech - Maitre Sosan est le troisième patriarche chinois de la tradition zen, la trentième génération depuis le Bouddha Shakyamuni. Il vécut en Chine à la fin du 6ème siècle et mourut en 606.

Il était disciple de Maître Eka, lui-même disciple de Boddhidharma. On sait peu de choses sur sa vie, car à l'époque il y avait peu de disciples et je crois que personne n'imaginait qu'il allait devenir aussi important dans la tradition future.

On le connaît à travers son poème et surtout à travers sa rencontre avec Maître Eka qui est très significative. Il était alors atteint de la lèpre et a demandé à Maître Eka : " S'il vous plaît Maître, je suis malade ! Je suis atteint de cette maladie mortelle, pouvez-vous me laver, me purifier de mes fautes ? "

Eka lui dit : " Montre-moi tes fautes ! Amène-les et je pourrai te purifier ! "

Sosan lui répondit : " J'ai beau chercher, je ne peux pas les trouver ! "

Eka lui dit alors : " Si tu as vraiment compris cela, tu en es déjà purifié ! Elles sont aussi vacuité, c'est à dire sans substance ! Il n'est pas nécessaire de s'attacher à ce karma passé ! "

 
       
       
       
       
Les trois premières transmissions du zen se font toutes sur le thème de la vacuité et de l'insaisissable, d'une libération immédiate à partir de la réalisation de la vacuité.  

Voix bouddhistes - C'est une forme de transmission qui a marqué la tradition zen ?

Roland Yuno Rech - Tout à fait. Et qui se répète. Quand Eka est allé voir Boddhidharma et lui a dit : " Mon esprit n'est pas en paix ! Aidez-moi à le pacifier ". Boddhidharma lui répondit : " Montre-moi ton esprit ", et c'est là qu'Eka lui dit : " Mon esprit est insaisissable ! "

Boddhidharma lui dit alors : " Si tu as réalisé cela, il est déjà pacifié ! Ton esprit n'est pas en paix, mais si tu réalises que cet esprit est insaisissable, alors il est pacifié ! Ton esprit est souillé, ton corps est malade, mais si tu réalises que ces souillures sont sans substance, tu en est déjà purifié ! "

Cela continue puisque le disciple de Sosan qui viendra le voir (et c'est une des rares choses que l'on sait de Sosan) lui demandera de le libérer de ses liens. Sosan lui demanda : " Qui t'a enchaîné ? " Doshin (son disciple) lui répondit : " Personne ! " - " Si tu as réalisé cela, pourquoi me demandes-tu de te libérer ? "

Voix bouddhistes - Les transmissions ultérieures sont-elles semblables ?

Roland Yuno Rech - Oui, mais cela a pris d'autres formes. Ce qui est intéressant c'est que les trois premières transmissions du zen se font toutes sur le thème de la vacuité et de l'insaisissable, d'une libération immédiate si cette vacuité est réalisée.

 
       
       
       
       

Le seul moyen d'aborder la non-dualité, c'est la pratique.

 

Voix bouddhistes - Deux émissions consacrées à Sosan,.au thème de la foi et de la non-dualité, ce sont peut-être des émissions difficiles d'accès. Comment imagines-tu qu'elles vont être perçues ?

Roland Yuno Rech - J'espère qu'elles seront bien perçues. C'est difficile à imaginer. Dans cette émission, on fait l'expérience de prendre un texte sacré, un texte de base de la tradition zen, de s'en inspirer et de le suivre. On essaye de rester au plus près du texte, pour comprendre le message et le mettre en relation à la fois avec le dharma et la pratique. J'espère que le résultat sera bon et que les gens le trouveront intéressant.

Voix bouddhistes - Existe-t-il des moyens plus simples d'aborder la non-dualité ? Je pense à ceux qui ne sont pas pratiquants mais qui sont interpellés par ce texte de Sosan.

Roland Yuno Rech - La seule solution c'est la pratique ! Ce n'est pas la peine de faire croire aux gens que l'ont peut saisir quoique ce soit en dehors de la pratique ! Cela serait illusoire !

 
       
       
       
       

Une véritable compassion ne peut se développer qu'à partir du moment où l'esprit est dépouillé de son attachement à l'ego.

Sinon elle risque de devenir une pratique trop volontariste et un peu artificielle.

 

Voix bouddhistes - Dans le bouddhisme tibétain on parle de trois moyens d'accès à la réalisation, à la non-dualité : la méditation, la dévotion et la compassion. Le zen dit-il la même chose ?

Roland Yuno Rech - Sous réserve que la dévotion est peu développée dans le zen. Par contre le respect, la gratitude pour les maîtres et pour la transmission le sont.

En ce qui concerne la compassion dans le zen, ce n'est jamais une voie en soi ! Car d'après notre expérience, une véritable compassion ne peut se développer qu'à partir du moment où l'esprit est dépouillé de son attachement à l'ego. Où la compassion jaillit spontanément d'une perception en sympathie avec les autres, de la non-séparation, de la non-dualité d'avec les autres. Ce qui fait partie de l'esprit de foi. A ce moment-là, la compassion fait partie de la pratique. De tous les vœux de bodhisattva, le premier est un vœu de compassion.

Mais si elle est séparée d'une pratique qui nous permet d'accéder à cet esprit non-dualiste, alors la compassion risque de devenir une pratique trop volontariste et un peu artificielle. S'efforcer d'être dans la compassion du point de vue du zen cela ne va pas. Il faudrait que la compassion jaillisse naturellement comme l'expression de la réalisation de notre esprit profond.

 
       
       
       
       

La compassion est importante dans le zen, mais elle doit être vécue véritablement, pas comme une bonne action.

 

Voix bouddhistes - Pour le lien entre compassion et éveil, il s'agit donc davantage de simultanéité que d'une cause ou d'un moyen ?

Roland Yuno Rech - Ce qui est spécifique du zen, c'est de mettre la méditation à la source. Il faut bien qu'il y ait quelques différences ! Cela ne veut pas dire que la compassion ne soit pas importante !

Mais elle doit être vécue véritablement ! Pas comme la bonne action que l'on doit accomplir en faisant des efforts, alors qu'en réalité on a de la haine ou de la jalousie. La compassion vient d'un esprit dépouillé de tout égoïsme.

 
       
       
       
       
C'est le propre des sesshins d'enchaîner les périodes de méditation, de travail et de vie collective, pour arriver à une non-séparation entre pratique et vie quotidienne.  

Voix bouddhistes - On ne peut pas rester tout le temps dans la non-dualité, du moins tant qu'on n'a pas atteint l'éveil. Comment gère-t-on cette alternance de la pratique (avec une certaine réalisation) et de la vie de tous les jours où on en est souvent très loin ?

Roland Yuno Rech - Chacun à sa manière doit trouver des moyens de rappel. Prendre le temps de se recentrer dans la vie quotidienne pour retrouver cet esprit de non-dualité, c'est une forme de discipline ! Revenir à sa respiration, à son corps ! Revenir à sentir ce qui se passe en ce moment.

Voix bouddhistes - Même au plus profond d'une situation difficile, d'une émotion forte ?

Roland Yuno Rech - Pas toujours ! Mais autant qu'il est possible, faire ce retour ! Et c'est le propre des sesshins (stage prolongé de pratique) d'enchaîner les périodes de méditation, de travail et de vie collective, pour essayer d'arriver à une non-séparation, une non-dualité entre les différentes activités.

 
       
       
       
       
(*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l'Union Bouddhiste de France
 
 
 
 
Adresses de sites liés à l'émission de la semaine
     
     
Deux Versants

Deux versants

http://www.deuxversants.com/indexfrancais.html

Site consacré au zen et à l'art, qu'il soit poétique, plastique, martial ou autre. Il a été créé par des individus, engagés dans le zen et dans l'art, qui s'expriment en leur nom propre, en dehors de tout lien d'appartenance à quelque organisation que ce soit. Vous y trouverez des débats et des réflexions sur des thèmes choisis, mais aussi des créations - poèmes, textes ou peintures - d'artistes inspirés par le zen ou dont la production présente des affinités avec lui.

Un portrait de Maître Sosan est proposé sur le site.

     
     
     
     

Traduction française du Shin Jin Mei
proposée sur le site de l'UBLF (Union Suisse des Bouddhistes de Langue Française)

http://www.bouddha.ch/shinjinmei.htm

"Toutes les formes du dualisme
C’est l’esprit lui-même qui les invente par ignorance.
Elles sont comme des visions et des fleurs dans les airs :
Pourquoi nous mettrions-nous dans le trouble
En essayant de les saisir?
Gain et perte, justice et injustice,
Qu’ils disparaissent une fois pour toutes !"


UBLF
     
     
     
     

Information sur les livres présentés lors de cette émission

Les ouvrages mentionnés peuvent être commandés en ligne, avec paiement sécurisé.
Il suffit d'activer le lien correspondant.

 
 

L'esprit du ch'an
Traduction et commentaire du Shin Jin Mei de Maître Sosen

Maître Taisen Deshimaru
Albin Michel

 

Le Shin Jin Mei, " Poème sur la foi en l'esprit ", est un recueil de soixante-treize versets, écrit à la fin du Vle siècle par Maître Sosan, troisième patriarche chinois après Bodhidharma et Hui Ko, ou Eka en japonais, le maître de Dogen. C'est le plus ancien texte du Ch'an chinois, courant du bouddhisme qui donnera naissance au Japon, six siècles plus tard, à la tradition zen.

Ces poèmes, brefs et incisifs comme des diamants, ont inspiré ultérieurement plus de mille koans, ces phrases énigmatiques employées par les maîtres Ch'an et zen pour éveiller leurs disciples : c'est dire la richesse essentielle de ce texte majeur du patrimoine littéraire de l'humanité, traduit et commenté ici par le maître zen Taisen Deshimaru.

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L'esprit du ch'an
 
 
 

Les maîtres zen
Jacques Brosse
Bayard Editions

 

Peut-on parvenir au détachement ? La délivrance est-elle possible ?

Depuis une quinzaine d'années, les Occidentaux se sont familiarisés avec le zen, cette forme très ancienne de méditation bouddhiste, qui s'est répandue au VI siècle en Chine, puis, au XIle siècle, au Japon. Le zen, école du bouddhisme Mahayana (du Grand Véhicule), est essentiellement une expérience personnelle fondée sur une pratique de l'assise silencieuse, le zazen, qui vise à prendre conscience de la vacuité universelle et du caractère illusoire du moi en vue d'atteindre la libération.

En retraçant la longue histoire des maîtres zen des origines à nos jours et en citant largement leurs textes (souvent dans des traductions originales), Jacques Brosse nous offre une excellente introduction à l'esprit du zen qui se répand fortement en France où l'on compte déjà plus de cent dojos (lieux où l'on pratique la méditation zen).

Grand prix de l' Académie Française en 1987 pour l 'ensemble de son oeuvre, Jacques Brosse a écrit plus de vingt ouvrages dans les domaines les plus variés : histoire, essai, spiritualité. Moine zen, il enseigne cette discipline depuis plus de vingt ans.

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Egalement disponible au format poche chez Albin Michel

Les maîtres zen
 
 
 

Enseignements du maître zen Dogen
Shôbôgenzô Zuimonki
Traduit et commenté par Kengan D. Robert
Editions Sully

 

Le Shôbôgenzô Zuimonki est un recueil d'enseignements du maître zen Dogen pris en note et consignés par son fidèle disciple et successeur Koun Ejö.

Eihei Dogen (1200 - 1253) est l'un des grands maîtres de l'histoire du bouddhisme dont l'influence se perpétue jusqu'à nos jours. Fondateur du zen Soto au Japon, il est tenu dans la plus haute estime à la fois pour la rigueur de sa pratique monastique et pour l'acuité de son esprit. Son œuvre monumentale, le Shöbögenzö est le sommet de la littérature et de la philosophie bouddhiques japonaises mais reste difficile d'accès notamment en raison de grandes difficultés de traduction.

Il en va diffèremment avec le Zuimonki, qui signifie littéralement " Notes fidèles de paroles entendues ". Koum Ejô a rassemblé des conseils, des admontestations, des réponses à des questions, que Dôgen a délivré au groupe de deisciples qui l'entouraient au Koshoji, près de Kyötô qui fut le premier véritable temple zen Soto au Japon. Il s'adresse à des moines, des moniales et également des laïcs, dans un langage simple et direct. Il y est question de la pratique, de l'attitude correcte à développer dans la vie, des difficultés rencontrées sur le chemin, qui sont les mêmes hier qu'aujourd'hui. Dogen parle sans ambage de l'Eveil et de la stricte discipline qui y conduit ; son enseignement, limpide et sans équivoque montre, loin des spéculations intellectuelles, ce qu'est réellement la pratique du bouddhisme zen.

Ce Shôbôgenzô Zuimonki , traduit et commenté à partir de la version la plus ancienne dite de " Chöenji " par Kengan D. Robert, lui-même Maître zen formé au temple de Eiheiji, constitue un véritable joyau pour tous ceux qui veulent découvrir et étudier le zen et le bouddhisme.

Site des éditions Sully

 
 
 

Pèlerinage chez les maîtres éminents
Luc Boussard et Reikai Vendetti
Editions Sully


 

Cet ouvrage, bâti autour de l'oeuvre picturale de Reikai Vendetti, est le fruit de plusieurs rencontres. Celle d'une tradition spirituelle millénaire venue d'Orient, le zen, avec des Occidentaux : les auteurs de ce livre, le moine et peintre Reikai Vendetti, et l'écrivain et poète Luc Boussard, sont tous deux des pratiquants et adeptes du zen depuis des décennies. Rencontre également entre plusieurs personnes : une collaboration intime et confiante entre le peintre, l'écrivain et les éditeurs était indispensable pour l'élaboration d'un tel projet qui sort des sentiers battus. Ces rencontres n'auraient pu avoir lieu sans la venue, antérieure, en Europe du maître zen Taisen Deshimaru et nous lui rendons ici hommage.

Les maîtres éminents dont il est ici question appartiennent donc à la tradition du zen, où tout au moins se situent dans son sillage. Ils ont été la source de l'inspiration du peintre Reikai Vendetti, comme celui-ci s'en explique à la fin de l'ouvrage. En osmose avec l'oeuvre peinte et avec la personnalité des maîtres, Luc Boussard a élaboré un commentaire qui est à la fois une histoire de ces derniers et de leur enseignement, une réflexion sur la peinture de Reikai et des remarques personnelles inspirées par le sujet et par son intimité avec la tradition

Site des éditions Sully

Pèlerinage chez les maîtres éminents
 
 
 
© Union Bouddhiste de France 2001