Emission Sagesses Bouddhistes du 04 novembre 2007

La fête de Kathina

Invité : Dominique Trotignon

Présentation : Aurélie Godefroy
Reportage d'Aurélie Godefroy
Intervenant : Véronique Crombé
Réalisateur :
Michel Baulez



EXTRAITS DE L'EMISSION

KATHINA : un des grands rendez-vous annuels de l'école du Theravada, la fête de Kathina : ses origines, l'importance qu'elle tient dans les communautés des moines, mais aussi des laïcs, reportage à la Pagode du Bourget.

Aurélie Godefroy : En ce dimanche, nous sommes au Centre bouddhique International à la Pagode du Bourget. Plus de trois cents personnes sont réunies pour célébrer la grande fête de Kathina, une cérémonie qui marque la fin de la retraite des moines au moment de la saison des pluies, une période de trois mois environ, qui s'étale de juillet à fin septembre. Cette coutume, vieille de deux mille cinq cent ans, est célébrée chaque année, dans un délai d'un mois après la fin de la retraite.

Véronique Crombé : La fête de Kathina marque la fin de cette retraite et c'est l'occasion aussi pour les fidèles laïcs d'accumuler des mérites en faisant des dons à la communauté. Le don habituel, l'un des plus importants, est un don en nourriture, mais considérant que, pendant que l'année s'est écoulée, les moines ont usé leurs vêtements, au moment de la fête de Kathina, on leur donne plus particulièrement les robes monastiques.

Aurélie Godefroy : Kathina est donc une fête privilégiée, qui permet d'accumuler des mérites en faisant toutes sortes de dons : nourriture, produits de toilette, médicaments, vêtements, rien n'est oublié.

Vénérable Chandaratana : Chacun participe, même avec un centime d'euro.

Aurélie Godefroy : Après avoir reçu l'aumône, les moines prennent leur repas avant midi, obéissant en cela aux règles édictées par le Bouddha pour les religieux. Les fidèles font de même. Ainsi cette cérémonie est avant tout une occasion de réunir moines et laïc .. Treize heures : le moment le plus important de la cérémonie commence : il s'agit de l'offrande des robes aux religieux par les laïcs.

Véronique Crombé : Les moines, au départ, avaient l'obligation de ne se servir que de tissus usagés, pour fabriquer eux-mêmes leurs vêtements. Et puis les choses ont un peu évolué et le Bouddha a finalement donné aux moines l'autorisation de recevoir des tissus neufs.

Aurélie Godefroy : Seuls les moines, ayant observé entièrement la période de retraite au monastère, peuvent recevoir le tissu. La cérémonie touche à sa fin et, pour attendre l'année prochaine, Le Vénérable attache soigneusement, au poignet de chacun, un petit bracelet en fil, que l'on nomme bracelet de protection….

A.G. : Dominique Trotignon, pour commencer, est ce que vous pouvez nous expliquer un peu ce que signifie le mot même de Kathina ?

Dominique Trotignon : Kathina, à l'origine, veut dire dur, difficile. On ne voit pas très bien, a priori, la relation avec la cérémonie que l'on vient de voir, qui n'a rien de difficile, mais, traditionnellement, on a deux étymologies possibles. On dit que le don de la robe - parce qu'il doit répondre à un certain nombre de règles très précises - est un don particulièrement difficile à accomplir, ou bien que les bénéfices qu'on en retire sont durs comme le diamant. Ce sont deux étymologies plutôt symboliques que réellement linguistiques.

A.G. : Véronique Crombé, dans le reportage, évoque les origines de cette fête. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu plus les circonstances dans lesquelles elle est née ?

D.T. : La cérémonie qu'on a vue est présentée dans le contexte qui est la règle monastique, qu'on appelle le Vinaya. Il y a tout un chapitre qui donne à chaque fois des anecdotes pour expliquer certaines de ces règles. Pour la robe de Kathina, il est dit que des moines, qui cheminaient pendant toute l'année sur les routes de l'Inde, devaient se réunir pendant la saison des pluies et un groupe de moines, qui cherchaient à rejoindre le Bouddha, en retraite dans un monastère célèbre de l'Inde, n'ont pas pu arriver à temps. Ils sont ainsi restés un peu à l'écart et ont subi la mousson pendant les trois mois que dure la retraite. Finalement lorsqu'ils ont pu se déplacer pour rejoindre le Bouddha, leurs robes étaient dans un tel état qu'il a fallu absolument leur en offrir de nouvelles.
Cela, c'est le sens général de cette fête de Kathina, qui se situe juste à la fin de cette retraite de saison des pluies.

A.G. : Cette retraite des moines est un moment très important dans leur vie religieuse, pourquoi ?

D.T. : Il y a deux aspects : il y a l'aspect presque sociologique, si je peux dire, ces moines, qui sont itinérants en temps normal, ont considéré que, pendant la saison des pluies, à cause de la mousson, il était beaucoup plus difficile de se déplacer dans les régions de l'Inde et qu' ils risquaient ainsi de tuer beaucoup d'insectes, en marchant dans les ruisseaux, dans les terres détrempées ; Leurs habits s'abîmant en raison des ces conditions, ils pouvaient devenir impudiques et avoir des vêtements déchirés. Toutes ces raisons qui ont fait que le Bouddha a souhaité que, durant cette retraite, pendant ces trois mois de saison des pluies, les moines restent en un endroit fixe, et, comme ils ne pouvaient plus se déplacer, c'était l'occasion rêvée de s'appliquer à la pratique de la méditation, de façon beaucoup plus intensive, de travailler en commun à l'étude et à la mise en pratique de l'enseignement.

A.G. : On l'a vu, c'est aussi une occasion pour les laïcs de faire des dons aux moines. Pourquoi cette pratique est-elle très importante dans le bouddhisme ?

D.T. : Il y a deux aspects là aussi : il y a l'aspect que la communauté des moines ne pourrait pas survivre sans le don des laïcs, puisque, d'après la règle, les moines doivent se contenter de ce qu'on appelle les quatre ressources et c'est assez peu. Normalement, on considère qu'ils doivent simplement se vêtir de haillons trouvés près des bûchers crématoires (généralement). Ils doivent seulement disposer d'un arbre comme logement, de la nourriture qu'ils reçoivent en aumône et, pour tout médicament - il faut resituer cela à l'époque : au cinquième siècle avant J-C - de l'urine de vache fermentée. A l'origine, ce sont les seules ressources du moine bouddhiste. Evidemment, petit à petit, les laïcs ont souhaité donner davantage et les moines ont édicté un certain nombre de règles pour spécifier dans quelles circonstances, sous quel mode, on pouvait ou pas accepter les dons des laïcs. Ce sera le cas pour la robe de Kathina en particulier. Pour les laïcs, c'est l'occasion de soutenir la communauté monastique d'acquérir des mérites. Eux-mêmes n'ont pas forcément l'envie ni le désir de s'engager aussi fortement dans la pratique de l'enseignement du Bouddha.

A.G. : Ni le temps de s'adonner forcément à la méditation ?

Il est possible tout à fait de s'adonner à la méditation. Les moines en sont, d'une certaine manière, les champions. Il faut donc entretenir cette communauté de façon qu'elle puisse pratiquer et qu'elle puisse permettre aux laïcs aussi de pratiquer de temps à autre. C'est un don matériel contre un don spirituel. Les moines sont l'exemple que les laïcs ont sans cesse sous les yeux. Ils sont leurs instructeurs, leurs enseignants. Ils sont ceux qui conservent aussi l'enseignement du Bouddha et ce qu'il faut savoir pour la pratique de la méditation. En offrant quelque chose aux moines, on fait une action méritoire, dans le sens où on perpétue l'enseignement du Bouddha et on perpétue la communauté qui transmet cet enseignement.

A.G. : Et c'est aussi une transmission que l'on peut faire aux défunts ?

D.T. : Vous faites allusion à un aspect un peu particulier, c'est ce qu'on appelle le transfert des mérites. Lorsqu'on a fait une action méritoire, effectivement on peut transférer les bénéfices de cette action à des personnes autre que soi-même, et c'est souvent le cas dans l'Asie du Sud Est aujourd'hui, ou même au Tibet, c'est une pratique très fréquente de transmettre comme cela les mérites de sa propre action à des personnes dont on pense qu'elles peuvent en avoir besoin et les défunts, bien sûr, sont ceux à qui on pense en premier.

A.G. : Revenons un instant sur la robe elle-même et particulièrement le tissu qui doit obéir à des normes très particulières. Quelles sont-elles ? Est ce que c'est Bouddha déjà lui-même qui a dit comment il fallait qu'il soit fabriqué ?

D.T. : Oui, il y a deux choses. Le terme qu'on emploie pour désigner la robe des moines, c'est kesaya : cela veut dire ocre. C'est la couleur de la teinture que l'on emploie pour ce genre de tissu. Au départ, ce vêtement devait être fait uniquement de haillons trouvés et puis finalement le Bouddha a accepté qu'on reçoive des vêtements neufs, à la suite d'un conseil qui lui a été donné par un médecin, parce qu'il sortait de maladie, il fallait qu'il porte un vêtement plus confortable que les haillons qu'il portait jusque là. Le Bouddha était très attentif à ce que sa communauté ne puisse pas profiter, de façon économique, des dons reçus. Aussi, il est impératif que les tissus qui sont remis soient découpés, selon un format défini très strictement, de façon à ce que vraiment on ne puisse pas revendre les vêtements par la suite.

A.G. : Les vêtements sont donc coupés de façon très particulière, y a t'il d'autres spécificités ?

D.T. : Il y a effectivement des mesures à respecter : à peu près un mètre sur cinquante centimètres, pour les petits morceaux, puis l'assemblage des morceaux sera lui aussi fait d'une certaine manière. On dit que c'est le disciple préféré du Boudhha, Ananda, qui a fait ce premier canevas du vêtement, sur les indications du Bouddha. Et le vêtement lui-même ne se compose obligatoirement que de trois pièces : on peut les voir d'ailleurs sur les représentations du Bouddha qui sont à côté de nous :

Il y a la jupe d'abord qui recouvre le bas du corps. Puis, on a rajouté une ceinture, parce qu'une anecdote raconte qu'un jour, un moine, en se déplaçant, a perdu sa robe. On a donc rajouté une ceinture pour qu'elle reste attachée. Il y a ensuite une partie haute du vêtement, qui généralement laisse l'épaule droite découverte, comme on le voit sur la photo qui est au fond. Généralement, les moines portent l'épaule droite découverte, uniquement lorsqu'ils sont dans le monastère. Dès qu'ils sortent du monastère ou dès qu'ils sont en public, ils reportent par-dessus un manteau, qui se ferme et qui couvre les deux épaules.

A.G. : On voit dans le reportage, le Vénérable Chandaratana offrir une robe à un moine en particulier. Pourquoi lui ? Que signifie ce geste ?

D.T. : Revenons aux trois aspects principaux de la fête de Kathina : il y a le don des laïcs aux moines, de différents objets et notamment d'un tissu neuf qui permettra de fabriquer une robe. Ensuite, le Vénérable va offrir ce tissu, plus particulièrement à un moine de sa communauté, dont on dit que c'est celui qui a pratiqué la retraite dans les meilleures conditions, qui a été le plus attentif à respecter cette retraite. Et puis par la suite, dans la communauté, en l'absence des laïcs, il va y avoir le temps de fabrication de la robe proprement dite, puisqu'une fois que le tissu a été reconnu comme obéissant aux règles nécessaires, il va être découpé, cousu, apprêté, il va être marqué par le moine qui en a la propriété personnelle. Et cela fait partie des huit objets que les moines ont le droit de posséder en propre. Donc il y a trois aspects et le dernier est le plus intime de la communauté des moines.

A.G. : Pour terminer, est ce qu'on peut revenir un instant sur le déroulement même de la cérémonie de Kathina ?

D.T. : On a d'abord une cérémonie de récitations, de textes, faite par les moines, qui permettent aux laïcs de prendre les refuges et les préceptes qui sont fondamentaux dans la pratique. Donc, généralement, à l'occasion d'une fête importante comme l'est Kathina, on peut prendre huit préceptes, au lieu des cinq préceptes traditionnels. Et puis ensuite, comme on l'a vu dans le reportage, généralement, il y a les dons qui sont effectués : don de nourriture plus particulièrement, puisque le repas des moines doit être pris absolument avant le passage du soleil au zénith, et dans l'après midi, après le repas des moines, il y a la cérémonie plus spécifique à cette journée.
Les deux grandes cérémonies pour le bouddhisme du Théravada, c'est la cérémonie de VESAK et la cérémonie de Kathina. Vesac pour célébrer l'illumination de Bouddha et Kathina pour la fin de la retraite. Et donc là, on a l'offrande proprement dite, une procession qui permet d'offrir le vêtement particulier précisément ce jour de Kathina.

Remerciements à Madame de Mareuil pour sa gracieuse et fidèle collaboration à la rédaction de la transcription de l'émission.


Livres présentés lors de cette émission
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L'Enseignement du Bouddha

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Editions le Seuil (Coll. Points Sagesses)
ISBN 2 02 004 799 3

 

Le révérend Rahula a reçu selon toutes les règles la formation traditionnelle d'un moine bouddhiste à Ceylan et revêtu d'éminentes fonctions dans un des principaux instituts conventuels (Pirivena) de cette île où la Bonne Loi fleurit depuis le temps d'Asoka et a conservé jusqu'à nos jours toute sa vitalité. " Le livre qu'il a bien voulu me demander de présenter au public occidental est un exposé lumineux et accessible à tous des principes fondamentaux de la doctrine bouddhique, tels qu'on les trouve dans les textes les plus anciens, ceux qu'on appelle en sanscrit " la Tradition " (Agana) et en pâli " le Corpus canonique " (Nikaya), et auxquels le révérend Rahula, qui en possède une connaissance incomparable, se réfère constamment et à peu près exclusivement. " Paul Demiéville membre de l'Institut professeur au Collège de France

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Les Cahiers Bouddhiques

Publiés par l'Université Bouddhique Européenne
ISSN 1777-926X

 

 

     
     

 

 

 
 

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