Le bonheur et la souffrance
sont de notre responsabilité


Invité : Lama Puntso

Transcription de l'émission Voix Bouddhistes
diffusée le 10 décembre 2000

Lama Puntso, vous résidez en Dordogne, au Centre Dhagpo Kagyu Ling. Vous êtes un enseignant du Dharma et, outre les enseignements, vous vous occupez des stages d'aide aux adolescents et d'accompagnement aux personnes en fin de vie et aux personnes en deuil.

VB - Qu'est-ce-que l'esprit - Il est parfois question d'esprit en tant que nature fondamentale du bouddhisme, parfois d'esprit ordinaire. Que pouvez-vous nous en dire ?

Lama Puntso - L'esprit a deux visages, un visage de sagesse et un visage de confusion. Son visage de sagesse est que tous les êtres sans aucune exception ont en eux un potentiel de sagesse. Un esprit avec de nombreuses qualités est réellement sans limites. Il a des qualités de clarté, de lucidité, de compassion et puis, à cause de l'ignorance, le fait que nous ne reconnaissons pas ces qualités, l'esprit prend un autre visage qui est un visage de confusion, de ce qu'on appelle la saisie égoïste "l'ego" et qui se déploie sous formes de différentes émotions, et des souffrances en découlent.

VB - On dit dans les enseignements que l'esprit est la racine de toutes choses ?

Lama Puntso - Le Bouddha a très bien expliqué cela par cet exemple : lorsque l'on dort, à cause du sommeil et de l'ignorance, on rêve et on est persuadé que ce rêve est vraiment existant. On est persuadé que l'on expérimente quelque chose. Si c'est un cauchemar, on a peur, si c'est un rêve agréable, on y est attaché et lorsque l'on se réveille, on se rend compte que le rêve n'avait pas d'autre nature que l'esprit lui-même.

VB - Tout est créé par l'esprit. Il est dominé par les illusions engendrées par l'ego, quelle est la source de ces illusions ?

Lama Puntso - La source première est l'ignorance, le fait de ne pas reconnaître les qualités de l'esprit, et à cause de cette ignorance, on va réduire l'esprit à quelque chose de très limité : "moi", "moi je", l'ego à travers un corps, une parole et un esprit, et cette représentation limitée que nous avons de nous-mêmes va ensuite se décliner sous l'aspect d'attachement, de manque, de peur etc…

VB - Une précision, pourquoi est-il si important de travailler sur l'esprit ? Esprit et corps ont des incidences étroites l'un sur l'autre, et les personnes qui n'ont pas envie de suivre une discipline intérieure, on peut considérer, c'est une motivation, qu'il agit au niveau de la santé et du bien-être ?

Lama Puntso - Oui, les deux sont intimement liés, corps et esprit sont intimement liés. D'ailleurs si l'on souhaite par exemple apaiser l'esprit, il est bien d'utiliser les deux entrées, l'entrée de l'esprit à travers la détente, le lâcher-prise et l'entrée du corps à travers une position juste, par exemple dans la méditation, aussi un respect fondamental qui va amener à l'apaisement dans l'esprit.

VB - Le but de ce travail sur soi, sur l'esprit est de se libérer de la souffrance, comment y parvenir ?

Lama Puntso - Pour se libérer de la souffrance, il faut revenir à la source, à l'origine, c'est-à-dire l'ignorance. Et la façon de rentrer en contact avec l'ignorance, c'est d'abord de prendre conscience de ses émotions et de la saisie que nous opérons sur ces émotions.
Il faut développer une conscience, une vigilance de ce que nous expérimentons et puis avoir un espace suffisant pour pouvoir lacher-prise et pouvoir entrer en relation plus facilement avec les autres, il est necessaire de développer la bienveillance, comprendre que les autres sont dans la même situation que nous et donc parcourir le chemin, pas seulement pour soi-même et se libèrer de sa propre souffrance mais intégrer l'autre dans le chemin.

VB - Donc le travail que l'on fait sur la souffrance va forcément engendrer du bonheur, une certaine vacuité ?

Lama Puntso - Dès l'instant où l'on reconnaît que l'on est dans la souffrance et que l'on trouve les causes de cette souffrance, on va effectivement pouvoir petit à petit se transformer.

VB - Je suppose qu'il y a plusieurs étapes au niveau de la prise de conscience de la souffrance et d'abord accepter, reconnaître, que l'on est dans une situation douloureuse, ne pas faire la politique de l'autruche en quelque sorte, accepter et ne pas forcément lutter, combattre ?

Lama Punsto - Premièrement prendre conscience : cela veut dire qu'il y a un certain courage à avoir à se rencontrer soi-même. Et en ce sens, le courage, on le trouve aussi dans le rappel que nous avons de la nature éveillée, de la confiance et dans la bonté fondamentale. Après l'avoir reconnu, il faut l'accepter et pour accepter quelque chose il est nécessaire de lui donner un sens, donc il y a toute une écoute des enseignements donnés par le Bouddha, une réflexion, est d'essayer de comprendre ce que ces enseignements veulent dire pour nous, d'essayer de trouver un sens intérieur à partir des instructions données par le Bouddha et notre propre expérience, et enfin sur cette acceptation, le sens que l'on donne à ce que l'on vit, alors la souffrance devient comme un matériau de transformation.

VB - Tout à l'heure on parlait de lutter contre une situation donnée qui génère de la souffrance. Comment sont impliqués les enseignements, on a toujours l'impression d'être au contact de la vie active dans la société, qu'il faut faire beaucoup d'efforts, lutter contre les sentiments que l'on ressent etc… Est-ce une attitude juste ?

Lama Puntso - Dans la rencontre avec les situations de la vie quotidienne, que ce soit une situation de souffrance ou de bonheur, la première chose à faire est de changer d'état d'esprit, de changer la vision fondamentale, c'est-à-dire, apprendre petit à petit à voir la situation comme des instructions de guide spirituel. Chaque situation est comme un rappel que j'ai la possibilité de changer et comme un moyen de me permettre de voir mes limites et de les dépasser. Donc si j'ai cet état d'esprit au fond de moi-même, à ce moment-là je pourrai rencontrer les situations non plus dans une attitude de lutte, de combat, mais plutôt avec une curiosité, une envie d'aller à la rencontre des situations afin de les transformer et même si elles sont difficiles, il y aura une plus grande aise face à celles-ci.

VB - Pour parvenir à un tel état d'esprit, il y a certainement différentes méthodes à appliquer, quelles sont-elles ?

Lama Puntso - Le Bouddha a enseigné de nombreuses méditations. La plus connue est la méditation silencieuse qu'on appelle la pacification de l'esprit.
Pacifier l'esprit cela ne veut pas dire l'arrêter ou le bloquer, cela veut dire être de plus en plus à l'aise avec ses manifestations et son mouvement. Et si d'un côté je me détends et de l'autre je développe cette présence à moi-même, petit-à-petit, de lui-même, l'esprit va se pacifier. Je serai plus à l'aise avec mes émotions, c'est-à-dire moins contaminé par elles, moins manipulé par elles. Et la méditation ne demande pas un gros effort continu toute les jours… mais un entraînement quotidien de méditation formelle, assise, mais aussi dans les situations de tous les jours où je peux m'entraîner, développer cette détente et cette vigilance.

VB - La colère, on en parle beaucoup dans les enseignements bouddhistes puisque l'on considére que c'est quelque chose de très négatif au niveau des émotions, mais en même temps, on dit que si on la transforme, cela peut-être un très grand facteur d'évolution ?

Lama Puntso - Le Bouddha a expliqué qu'un instant de colère peut détruire de longues années d'accumulation positive et donc il est important d'être vigilant, de ne pas se laisser avoir par cet instant destructeur. Néanmoins si on peut apprivoiser la colère, d'abord prendre un peu de distance avec elle, ensuite arriver à utiliser certains antidotes, petit-à-petit, on va se familiariser avec elle et effectivement dans la colère il y a une grande énergie et si on arrive à lâcher la colère pour ne plus se laisser emporter par elle et reconnaître l'énergie qu'elle véhicule, à ce moment-là elle peut amener à l'ouverture mais cela demande beaucoup d'entraînement.

VB - Il est souvent question de responsabilité dans les enseignements bouddhistes. On dit que nous sommes responsables de notre bonheur et de nos souffrances. Pouvez-vous apporter quelques éclaircissements ? Dans quelle mesure sommes-nous réellement responsables de notre bonheur et de notre souffrance dès lors que nous sommes plutôt ignorants ?

Lama Puntso - Etre responsable, ça signifie répondre, répondre de …et donc ce que l'on expérimente là, maintenant, c'est répondre des actes que l'on a accompli précédemment à travers le corps, la parole et l'esprit. Et ces actes accomplis avant mûrissent. Ils sont comme des graines qui vont mûrir sous forme d'une expérience et l'expérience que l'on a maintenant, par exemple cette rencontre, ici, c'est le mûrissement d'un karma. On est effectivement responsable de ce que l'on expérimente. Le problème c'est qu'il y a un décalage entre la cause et le moment où la graine arrive à maturité.

En conclusion je dirais que les causes du bonheur sont dans l'ouverture, l'ouverture à l'autre, la compréhension de l'autre, c'est-à-dire la bienveillance à l'autre. Egalement dans un entrainement à la clarté, à la présence à ce qui se passe.

Bienveillance et présence, c'est ce qui va nous permettre
d'être heureux pour nous et pour les autres.

© Union Bouddhiste de France 2000