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L’Inscription corporelle de l’esprit

publié le dimanche 7 février 2010

Depuis son émergence en Occident, la science s’est construite en rupture avec l’expérience humaine, avec la façon dont nous percevons les choses. Cette « coupure épistémologique » est à l’origine du schisme entre la science et la philosophie. Or, aujourd’hui, la science s’attaque à ce domaine qu’elle avait concédé à la philosophie : l’esprit humain - et c’est ce qu’on appelle les « sciences cognitives ».

Ce livre montre magistralement que par leurs avancées les plus récentes, dont ils dressent un bilan fort éclairant en lui-même, les sciences cognitives déconstruisent la conception classique du sujet humain que nous a léguée la philosophie. En fait, elles vont si loin dans ce sens qu’elles nous permettent de penser l’esprit en dehors de toute référence à la notion de sujet. Cette « déconstruction » risque de nous désespérer si elle reste confinée au monde de la science, une science bien décidée à envahir tout le domaine qu’elle avait laissé à la philosophie. Il ne faut donc laisser ni à la science ni à la philosophie le monopole de cette déconstruction de l’image classique et rassurante du sujet humain : il faut éduquer notre expérience à la faire pour notre propre compte.

Ce livre, entre autres mérites, propose une méthode pour y parvenir. C’est, selon les auteurs, la tradition bouddhique de la « voie moyenne » qui peut nous permettre, existentiellement, de nous voir comme des êtres pensants sans sujet et de faire nôtre, « sans angoisse », une éthique du « sans fond ».