"Voix Bouddhistes" du 30 septembre 2001

Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme

Invité : Philippe Cornu

publié le dimanche 30 septembre 2001

L’émission de cette semaine est consacrée au dictionnaire encyclopédique du bouddhisme de Philippe Cornu.

Quelques semaines à peine après sa sortie, cet ouvrage est salué par tous pour la vision d’ensemble qu’il apporte sur le bouddhisme, témoignant à la fois de l’unité de ses fondements et de l’extraordinaire richesse des formes qu’il a prises en s’adaptant à différentes cultures.

Il s’agit d’un ouvrage destiné aussi bien au grand public, qui y trouvera réponse à toutes les questions qu’on peut être amené à se poser sur le bouddhisme en tant que néophyte, qu’aux chercheurs qui y trouveront les références nécessaires à leurs travaux et aux pratiquants qui pourront approfondir la connaissance de leur lignée et de ses liens avec les autres formes de bouddhisme.

Son auteur, Philippe Cornu, est tibétologue et pharmacien de formation. C’est également un pratiquant, disciple de Sogyal Rimpoché depuis plus de vingt années, au cours desquelles il a également étudié auprès des principaux maîtres du Dzogchen qui ont séjourné en France.

Dans l’interview réalisée pour le site, il revient sur la structure particulière de ce dictionnaire encyclopédique, les glossaires qui l’accompagnent, l’unité et la diversité des formes du bouddhisme ainsi que ses liens avec la philosophie occidentale.


Interview de Philippe Cornu (*)

Lire un dictionnaire demande une véritable ballade d’article en article. C’est pour ça que j’ai conçu ce dictionnaire comme un hypertexte, avec beaucoup de renvois.

Voix bouddhistes - Les dictionnaires sont souvent des outils de travail qu’on consulte plus qu’on ne les lit. Ce dictionnaire du bouddhisme " se lit-il " ?

Philippe Cornu - Oui je pense, mais pas forcément de manière linéaire !

Aux Editions du Seuil, la personne qui a relu mon manuscrit m’a dit qu’elle avait été très frustrée parce qu’elle avait du le lire de la plus mauvaise manière qui soit, c’est à dire d’une façon linéaire.

Dans un dictionnaire, l’ordre alphabétique est le plus bête qui soit ! En fait, lire un dictionnaire demande une véritable ballade d’article en article. C’est pour ça que j’ai conçu ce dictionnaire comme un hypertexte, c’est à dire avec beaucoup de renvois d’articles à articles connexes.

Voix bouddhistes - Penses-tu un jour proposer une version internet de ce dictionnaire ?

Philippe Cornu - Ce sera une étape ultérieure. Pourquoi pas, mais il faut déjà que le papier fonctionne, vive, en anglais et en allemand. Peut-être un CD Rom verra-t-il le jour avant une version internet…

Voix bouddhistes - Et en plus de cet aspect " navigation ", les articles sont consistants, ce ne sont pas de simples références…

Philippe Cornu - Ce ne sont pas de simples définitions, et ce n’est pas du biscuit sec !

J’ai essayé d’étayer tous les grands sujets. Il y a bien sûr des définitions plus brèves pour des choses qui réclament moins de détails. Mais pour ce qui est des notions fondamentales et des grandes figures du bouddhisme, j’ai essayé de faire quelque chose qui soit vraiment vivant. J’ai composé des lexiques pali, tibétain, chinois et japonais qui permettent en annexe de retrouver les termes d’une langue à l’autre. Voix bouddhistes - En dehors de la partie dictionnaire, il y a un certain nombre d’annexes, dont des glossaires. Ces glossaires devraient notamment contenter les pratiquants du bouddhisme theravada qui remarquent souvent l’inexactitude de l’utilisation des termes pali.

Philippe Cornu - Ca me gênait beaucoup de ne pas avoir de glossaires qui permettent de passer du sanskrit au pali, au tibétain, au chinois et au japonais. J’ai donc choisi ces quatre langues qui sont les langues de référence du bouddhisme et j’ai composé des lexiques qui permettent de retrouver des termes d’une langue à l’autre.

C’est important pour les chercheurs parce que on ne trouve rien de complet en la matière. On ne peut pas parler "des bouddhismes".

Fondamentalement, il y a toujours une doctrine qui est celle du Bouddha, mais avec différents déploiements qui sont liés aux cultures que le bouddhisme à rencontrées.

C’est plutôt une unité dans la diversité.

Voix bouddhistes - Le bouddhisme existe sous de multiples formes, comme cela a été évoqué dans l’émission. C’est pour ça que voies bouddhistes s’écrit avec un s. Ce dictionnaire est-il un dictionnaire du bouddhisme avec ou sans s ? Peut-on d’après toi parler du bouddhisme sans s ?

Philippe Cornu - On s’est posé la question : est-ce un dictionnaire " du " ou " des " bouddhismes ?

Je pense qu’il faut parler du bouddhisme "sans s". On ne peut pas dire "des bouddhismes", dans le sens où cela voudrait dire qu’il y a une telle diversification que ce sont des choses différentes.

Fondamentalement, il y a toujours une doctrine qui est celle du Bouddha, mais avec différents déploiements qui sont liés aux cultures que le bouddhisme à rencontrées. C’est plutôt une unité dans la diversité.

Voix bouddhistes - Le bouddhisme theravada emploie parfois l’image du tronc pour parler du theravada et des feuilles pour parler du mahayana et du vajrayana ? Est-ce une bonne image ?

Philippe Cornu - Oui, sauf que je ne mettrais pas le theravada en tant que tronc mais en tant qu’un des composants du tronc, puisqu’il y avait 18 écoles primitives dont le theravada. Pour reprendre cette image, on devrait plutôt parler de racines que d’un tronc ! Dans tous les formes de bouddhisme, il y a souvent des cultes locaux qui ont été complètement absorbés dans le culte du bouddhisme local.

Voix bouddhistes - Au cours des migrations du bouddhisme, il y a des liens qui se sont établis avec des pratiques locales. Est-ce un sujet que tu abordes dans ce livre ?

Philippe Cornu - L’oracle du Nechung par exemple n’est pas du tout un phénomène bouddhique. C’est plutôt une transe de possession, quelque chose qui s’est greffé sur le bouddhisme tibétain.

Dans tous les formes de bouddhisme, il y a souvent des cultes locaux qui ont été complètement absorbés dans le culte du bouddhisme local.

Ca ne concerne pas que le Tibet, mais également le Cambodge par exemple, qui a reçu beaucoup d’influences, y compris du tantrisme. On en retrouve encore des traces aujourd’hui dans le bouddhisme cambodgien.

En Occident, les philosophes pensent par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Il n’y a pas de véritable unité.

Alors que dans un système comme le bouddhisme, les individus s’effacent derrière une compréhension du monde et de l’existence.

Voix bouddhistes - Tu as également parlé dans l’émission du parallèle entre les philosophes occidentaux et les philosophes bouddhistes ? Peux-tu donner quelques exemples concrets de ces parallèles ?

Philippe Cornu - Disons que dans la pensée occidentale, les pré-socratiques, les sceptiques et les sophistes sont des philosophes qui ont travaillé les sujets d’une manière très souvent semblable au bouddhisme.

La grande frustration que l’on peut avoir en Occident c’est que ces philosophes ne pensent pas à l’intérieur d’un système, mais toujours à l’intérieur de systèmes individuels.

Ce sont des philosophes qui pensent par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Il n’y a pas de véritable unité. On trouve une idée par-ci, une autre idée par-là, mais elles ne sont pas toujours liées.

Alors que dans un système comme le bouddhisme, les individus s’effacent derrière une compréhension du monde et de l’existence. Et cette compréhension va bénéficier du génie plus ou moins grand des maîtres qui vont l’expliquer.

Voix bouddhistes - Ce qu’on retrouve dans l’art bouddhique qui laisse peu de place à la création dans les formes…

Philippe Cornu - Tout à fait. La praxis a progressivement disparu de la philosophie occidentale et la connaissance s’est fragmentée.

Le bouddhisme peut permettre de retrouver les ponts qui existaient autrefois entre la spiritualité, la philosophie et les sciences.

Voix bouddhistes - Dans le bouddhisme on allie également toujours la philosophie à la pratique…

Philippe Cornu - La praxis a véritablement disparu à cause de la fragmentation de la connaissance, qui est de plus en plus importante.

Autrefois, la philosophie s’occupait de spiritualité, de physique, de géométrie, de mathématiques... Il suffit de lire Platon pour s’apercevoir que tous ces sujets étaient compris dans la philosophie.

Petit à petit tous les domaines se sont diversifiés, à tel point que l’on est un peu coincé dans chaque domaine avec des vocabulaires très spécifiques. Et la non-communication s’installe entre tous ces domaines.

Mais on est dans une époque de ponts et une pensée aussi synthétique que le bouddhisme peut permettre de retrouver ces ponts qui nous manquent si cruellement, peut-être même avoir un impact sur la philosophie occidentale et la ramener en prise directe avec la vie. (*) Interview réalisée par Jean-Christophe pour l’Union Bouddhiste de France.


Livres présentés lors de cette émission :

Le dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme

Philippe Cornu

Editions : Editions du Seuil

ISBN : 2 0208227 83

Un véritable outil de consultation, d’information, de travail et de recherches à destination non seulement des étudiants mais également d’un large public intéressé par les divers aspects du bouddhisme. Il se propose de faire le point de l’ensemble des connaissances disponibles à la fois dans les traditions bouddhiques elles-mêmes et dans les travaux occidentaux sur le bouddhisme.

 

La Liberté naturelle de l’esprit

Philippe Cornu, Longchenpa

Editions : Seuil Editions du

ISBN : 2-02-020704-4

Le Tibet et sa culture offrent à l’Occident la double face d’un mythe : fasciné, le public n’en est pas mieux informé, et l’intérêt face à la mystique orientale reste encombré de préjugés. Cet ouvrage se propose d’exposer de façon claire et précise un aspect mal connu de la pensée tibétaine : l’enseignement du Dzogchen, c’est-à-dire de " La Grande Perfection ", qui propose une vue philosophique originale et une analyse psychologique des pratiques spirituelles dites " non graduelles ". Par un entraînement spirituel approprié, le pratiquant accède finalement ainsi à la " liberté naturelle de l’esprit " ou " auto-libération " où se dénouent définitivement tous les blocages et toutes les illusions psychiques. Une fois les conflits émotionnels dépassés, l’esprit peut retrouver sa pureté et sa perfection naturelles jusqu’alors voilées par d’apparentes contradictions.

Pour exposer ce système, Philippe Cornu a choisi de traduire la trilogie de La Liberté naturelle de Longchenpa, célèbre maître tibétain du XIVème siècle réputé pour la clarté de ses écrits. Le texte français restitue brillamment l’élan poétique qui guida initialement Longchenpa, permettant, selon les règles de la tradition, une lecture fondée à la fois sur l’intelligence et sur l’intuition.

 

Et si vous m’expliquiez le bouddhisme ?

Ringou Tulku Rimpotché

Editions : Nil Editions

ISBN : ISBN : 2-84111-232-2

« Ce livre constitue l’une des meilleures et des plus simples introductions au bouddhisme dont nous disposons actuellement / cite Matthieu Ricard »

Le bouddhisme a séduit en Europe des dizaines de milliers d’individus, mais reste encore obscur pour beaucoup d’entre nous. Adapté d’un des grands textes fondamentaux, ce livre répond de façon claire aux diverses questions que nous nous posons : qu’est-ce que l’éveil ? Quel sens profond du bouddhisme ? Quelles démarches effectuer pour le comprendre et le vivre ? Comment être bouddhiste aujourd’hui dans le monde moderne ? Ringou Tulku Rimpotché nous guide pas à pas dans cette recherche et découverte des principes fondamentaux de la voie contemplative et philosophie du bouddhisme.

 

 

Informations complémentaires

Adresses de sites liés à l’émission de la semaine :

- Université bouddhique européenne http://www.bouddhisme-universite.org/

Institut d’étude et d’enseignement indépendant, l’Université Bouddhique Européenne a été créée en 1995 avec le parrainage de l’Unesco pour offrir à un large public un accès fiable et complet aux enseignements du Bouddha.

Ni lieu de pratique religieuse ni centre d’enseignement de la méditation, elle propose un cursus d’études sur deux ans, élaboré par ses membres, auquel participent de nombreux intervenants extérieurs, universitaires ou enseignants bouddhistes issus des principales écoles présentes aujourd’hui en France et en Europe.

- Institut national des langues et civilisations orientales http://www.inalco.fr/

L’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), grand établissement à caractère scientifique, culturel et professionnel sous tutelle du Ministère de l’Education nationale, de la recherche et de la technologie, a pour vocation d’enseigner les langues de l’Europe Centrale et Orientale, de l’Asie, de l’Océanie, de l’Afrique et des populations aborigènes de l’Amérique, ainsi que la géographie, l’histoire, les institutions, la vie politique, économique et sociale des pays concernés (décret statutaire 90-414 du 14 mai 1990). Au total, plus de 80 langues et civilisations sont enseignées (pour certaines d’entre elles seul un cursus partiel est assuré). A cela s’ajoute un enseignement à vocation professionnelle, au sein des filières.

Enseignement du chinois à l’Inalco Enseignement du japonais à l’Inalco Enseignement du tibétain à l’Inalco

Portfolio