"Voix Bouddhistes" du 28 octobre 2001

Foi et expérience de la non-dualité 2/2 - Maître Sosan

Invité : Roland Yuno Rech

publié le dimanche 28 octobre 2001

Roland Yuno Rech est l’un des principaux responsables de l’Association Zen AZI. Il enseigne dans de nombreuses villes d’Europe et réside à Nice. Lors de cette émission en deux parties dont nous voyons cette semaine la seconde, il a choisi de rester au plus près d’un des textes de base de la tradition zen, le Shin Jin Mei de Maître Sosan, troisième patriarche chinois de la tradition zen, afin d’essayer de comprendre son message et de le mettre en relation à la fois avec le dharma et la pratique.

Dans l’interview réalisée pour le site, il explique le déroulement d’une séance de zazen, en insistant sur le lien entre ce qui s’y passe du point de vue extérieur et du point de vue interne de la pratique.


Interview de Roland Yuno Rech (*)

Pendant la première partie d’une séance de zazen, tout le monde est concentré sur la posture, sur la respiration, sur l’esprit juste de zazen.

La seule aide à ce moment là est le Kyosaku, "bâton d’éveil" également appelé "main du Bouddha" dans le Dojo.

Voix bouddhistes - Que se passe t-il dans une séance de zazen, étape par étape ?

Roland Yuno Rech - Les gens arrivent et s’assoient, se détendent et attendent le début de la séance, marqué par les trois coups de cloche qui retentissent après que les responsables de l’enseignement (le Godo et son assistant le Shusso) se soient eux-mêmes assis.

Le Godo rentre et se prosterne. Le Shusso fait le tour du Dojo pour saluer les gens et en même temps voir si les postures sont justes. Il regarde par exemple la position des mains.

Voix bouddhistes - Commence ensuite la pratique assise...

Roland Yuno Rech - La séance se déroule ensuite en trois parties.

La première est silencieuse en général et dure une demi-heure. C’est la pratique en silence. Tout le monde est concentré sur la posture, sur la respiration, sur l’esprit juste de zazen.

La seule aide donnée à ce moment là c’est celle du Kyosaku ("bâton d’éveil") : des responsables se lèvent, prennent le Kyosaku, font le tour, corrigent les postures et donnent le Kyosaku aux personnes qui le demandent (lorsqu’elles sont dans l’agitation mentale ou dans la somnolence).

C’est une aide, une stimulation. On appelle cela " la main du Bouddha " dans le Dojo. Kinhin, c’est la continuation de zazen en marchant.

Voix bouddhistes - Ensuite les gens se lèvent...

Roland Yuno Rech - Au bout d’une demi-heure, c’est la fin de la première partie de zazen. Tout le monde se lève pour continuer le zazen en marchant en mouvement. C’est ce qu’on appelle le Kinhin, la marche méditative, qui dure dix minutes. Puis on se rassoit.

Pendant l’enseignement oral (Kusen), celui qui enseigne est en zazen, celui qui écoute est en zazen.

Voix bouddhistes - Quelle est la place donnée à l’enseignement pendant zazen ?

Roland Yuno Rech - La deuxième partie peut soit se dérouler en silence, soit être le moment d’un enseignement oral (Kusen).

Cet enseignement peut prendre comme thème soit la pratique immédiate (la posture, la méditation), soit un poème comme le Shinjinmei dont on a parlé dans l’émission, un verset d’un poème qui évoque un aspect important de la pratique.

Le commentaire est fait à partir du zazen, à des gens qui sont en zazen, c’est à dire sans être jamais dissocié de l’expérience et de la pratique. Tout le monde reste en zazen, c’est le propre de l’enseignement oral de la pratique.

Celui qui enseigne est en zazen, celui qui écoute est en zazen. La récitation de l’Hannya Shingyo, contrairement à ce qu’on pense parfois, n’est pas une cérémonie japonaise plaquée sur la pratique dépouillée de zazen. En réalité tous les éléments de cette cérémonie sont des points importants de la pratique.

Voix bouddhistes - Quelle est la part faite à la récitation des soutras ?

Roland Yuno Rech - A la fin il y a un rituel qui est l’expression complète de la pratique et n’est pas dissocié du zazen. Parfois les gens pensent que c’est une cérémonie japonaise qu’on a plaquée sur la pratique dépouillée de zazen. En réalité tous les éléments de cette cérémonie sont des points importants de la pratique.

Par exemple la plupart du temps pendant cette cérémonie on a les mains jointes en Gassho, ce qui est l’expression de cette foi et de cette unité intérieure retrouvée, unité avec les autres avec lesquels on partage et qui sont en face de nous.

On pratique la prosternation qui est aussi l’abandon de soi, l’abandon de l’ego, un geste d’humilité où l’on ramène le cerveau frontal, siège du mental, contre la terre.

La récitation des sutras se fait dans la même expiration qu’en zazen, une concentration dans le hara, sur l’expiration profonde à partir du ventre.

Et puis il y a le sens des sutras que nous chantons. C’est d’abord le sutra du cœur, l’Hannya Shingyo, qui est la quintessence de la grande sagesse, sagesse du mahayana en japonais. Ensuite nous chantons les quatre vœux du Bodhisattva, puis un hommage à tous les Bouddhas et Bodhisattvas.

L’ensemble est parfaitement en unité avec la pratique.

Voix bouddhistes - Y a-t-il un moment réservé aux questions que peuvent se poser les pratiquants ?

Roland Yuno Rech - A la fin du zazen, si les gens ont des questions, il y a un Mondo (questions-réponses). Les vœux de Bodhisattva font partie du cérémonial, mais pas la prise de refuge.

Voix bouddhistes - La prise de refuge ne fait pas partie du cérémonial ?

Roland Yuno Rech - Non. La prise de refuge est une cérémonie spéciale. Dans le cérémonial nous chantons les quatre vœux du Bodhisattva.

Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le vœu de les sauver tous. Aussi nombreuses que soient les souillures, les passions et les souffrances, je fais le vœu de les trancher. Aussi nombreux que soient les enseignements du Dharma, je fais le vœu de les approfondir. Aussi parfaite que soit la voie de Bouddha, je fais le vœu de la réaliser.

Tout monde chante cela comme étant le sens même de la pratique.

Dans le zen, la prise de refuge est une cérémonie d’ordination qui a lieu pendant des Sesshins, des stages prolongés. Cela concerne des gens qui ont exprimé le désir d’être ordonnés soit disciple laïque (bodhisattva) soit moine. C’est tout un processus particulier, c’est une cérémonie spéciale, une préparation. Tout le monde peut porter le kimono noir, pas seulement ceux qu’on appelle Bodhisattvas parce qu’ils sont animés par l’esprit de compassion et les vœux du Bodhisattva. Mais ce n’est pas obligatoire, c’est une commodité.

Voix bouddhistes - En quel sens ces disciples sont-ils appelés" Bodhisattvas " ?

Roland Yuno Rech - En ce sens qu’ils ont prononcé les quatre vœux du bodhisattva , ils sont en route sur le cheminement des Bodhisattvas.

Ce ne sont pas des Bodhisattvas accomplis au sens où certaines autres écoles du bouddhisme considèrent les Bodhisattvas comme Avalokiteshvara. Disons que nous suivons la voie montrée par ces Bodhisattvas, ce qui veut dire "disciple laïque animé par l’esprit de compassion et les vœux du bodhisattva".

Voix bouddhistes - Est-ce à partir de ce moment là qu’ils peuvent porter la robe ?

Roland Yuno Rech - Le kimono noir est porté pour des raisons purement pratiques de commodité, pour se croiser les jambes sans être gêné aux entournures par un pantalon ou une ceinture.

Tout le monde peut le porter même un débutant, mais ce n’est pas obligatoire. C’est plus commode mais si vous voulez pratiquer avec une tenue de jogging, c’est possible. L’autel symbolise Bouddha, en tant que symbole de l’éveil plus que de la personne du Bouddha Shakyamuni.

Voix bouddhistes - On voit parfois quelqu’un prendre des notes...

Roland Yuno Rech - Pendant l’enseignement oral, oui. Ce n’est pas un rituel. Tous les livres de maître Deshimaru, tous les livres que je fais sont écrits à partir des enseignements oraux donnés pendant zazen.

Voix bouddhistes - Quel est le rôle de l’autel ?

Roland Yuno Rech - Sa première fonction comme disait maître Deshimaru, c’est d’établir un centre autour duquel tout gravite, qui permet d’ordonner harmonieusement les mouvements et les déplacements dans le Dojo.

Ensuite il symbolise ce qui est le centre de notre pratique, c’est à dire Bouddha. Tout le monde fait vœu de devenir non pas Shakyamuni, mais l’esprit de Bouddha, l’éveil de Bouddha. Ce n’est pas une personne, c’est l’éveil symbolisé par la posture de zazen.

Il y des bougies allumées, l’encens qui comme dans toutes les écoles bouddhistes et même ailleurs est une offrande.

Et puis repose sur l’autel " la main du bouddha ", le bâton d’éveil ou Kyosaku. (*) Interview réalisée par Jean-Christophe pour l’Union Bouddhiste de France


Livres présentés lors de cette émission :

Shin Jin Mei - Tomes 1 & 2 / Enseignement oral - Edition intégrale

"Le Shin Jin Mei" de Maître Sosan est le texte sacré tch’an le plus ancien. Ce qui le rend très intéressant c’est qu’il témoigne de l’enseignement qui fut transmis à Sosan par Eka, lui-même héritier de Bodhidharma, premier patriarche chinois, ces deux derniers n’ayant laissé aucun texte.

Voici en deux tomes et dans son intégralité, l’enseignement de Maître Deshimaru sur ce poème sur la foi en l’esprit.

 

Nirvana

Louis de la Vallée Poussin

Editions : Dharma Editions

ISBN : 2-86487-035-5

Enfin du solide quant au concept du nirvana. Avec l’introduction patente d’écoles bouddhiques en Occident, les bases semées… la vraie question demeure. Il est temps de s’interroger pleinement tant sur la signification véritable de leur fruit que sur leurs prémisses avérées. Une approche intelligente de ce que parler du Nirvana veut dire, de ce qu’à maturité, méditer signifie.

 

Dragon vert et tigre blanc - Une philosophie de vie

Jacques Paquet

Editions : Vieux Château Editions du

Le présent ouvrage "Dragon Vert et Tigre Blanc" apporte une réponse essentielle sur le sens de la vie à travers une approche nouvelle pour la plupart des Occidentaux.

Jacques Paquet est Maître de Wu Shu, et professeur de yoga, diplômé de l’Integral Institute de Lausanne.

 

Sarbacana - Le souffle du présent

Michel-Laurent Dioptaz

Editions : Le Souffle d’or Editions

ISBN : 2 84058 144 2

Née des premières curiosités du souffle humain, la Sarbacane renaît ici pour nous accompagner dans nos plus subtils souffles de conscience. ML Dioptaz a réactivé cet outil ancien pour le transmuer en un précieux instrument permettant d’explorer les états les plus affinés de l’attention et de l’intuition. Tout à la fois art, sport, pratique spirituelle, cette nouvelle école du souffle nous invité à découvrir et à expérimenter ce lieu en nous, où lâcher-prise et prise de décision ne font plus qu’un. Cette discipline a pris pour nom : Sarbacana.

 

 

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