"Voix Bouddhistes" du 10 décembre 2000

Le bonheur et la souffrance

Invité : Lama Puntso

publié le dimanche 10 décembre 2000

Cette émission aborde le thème de l’approche bouddhiste du travail sur les émotions. La transcription de cette émission est disponible.

En complément de l’émission, Lama Puntso aborde les thèmes de la pratique du bouddhisme pour les adolescents (1), de l’utilisation du travail sur les émotions qui est faite dans les communautés monastiques (2), du rôle du sentiment d’échec et de la déception sur le chemin (3), de la complémentarité de la méditation et de l’action (4), et de la motivation (5). Il évoque également le site internet de Dhagpo Kagyu Ling (6).


Question - Lors d’une précédente émission de Voix Bouddhistes, le 16 janvier 2000, Jigmela Rinpoché est venu présenter les stages organisés pour les adolescents à Dagpo Kagyu Ling. Les adolescents qui participent à ces stages doivent-ils déjà être sensibilisés au Dharma, ou bien ces stages sont-ils appropriés pour tous, y compris ceux qui peuvent être en grande difficulté à cet âge difficile ?

Lama Puntso - Les stages adolescents que l’on organise sont des stages de cinq jours. Les activités qui leur sont proposées à cette occasion ont pour but de les doter d’outils pour mieux faire face à ce qu’ils vivent à l’intérieur et à l’extérieur : l’école, les amis, les parents, les émotions, ... Comme l’adolescence est à la croisée des chemins, de fait il y a un moment de crise. Et les adolescents que l’on accueille sont tous d’une certaine façon en crise.

Mais nous n’avons pas les compétences pour accueillir les adolescents en grande difficulté. Ce n’est pas que nous ne le voulions pas, mais pour le moment nous n’avons pas encore les personnes compétentes, avec les capacités nécessaires pour faire face à des difficultés qui seraient trop grandes.

Les adolescents qui viennent, âgés de 14 à 18 ans, ne sont pas nécessairement bouddhistes. Mais tous ont un questionnement et sont contents d’aborder leurs difficultés et leurs questions à travers l’enseignement du Bouddha.

Question - La différence de culture entre la culture adolescente d’aujourd’hui et une culture bouddhiste plus traditionnelle n’est-elle pas un obstacle pour ces adolescents ?

Lama Puntso - Dans les stages adolescents, la présentation qui leur est faite du bouddhisme est adaptée à leur âge. Il y a des moments d’enseignement, des discussions, des exercices de mise en situation, des moments de musique et de chant, des moments d’histoire, des moments de méditation. C’est une façon adaptée de partager avec eux l’enseignement du Bouddha et de leur en donner ce qui peut être utile pour eux. En ce sens, c’est un peu au-delà de la culture.

Question - Les adolescents arrivent-ils à pratiquer la méditation ?

Lama Puntso - Oui, très bien. Ce sont des sessions très courtes, parce qu’il y a toute l’énergie de l’adolescence qui fait que cela ne peut pas être très long. Mais le silence est vraiment de qualité.

Question - Gardez-vous parfois contact avec eux après ces stages ? Continuent-ils à pratiquer ?

Lama Puntso - Certains reviennent à Dhagpo Kagyu Ling pour suivre des stages ou donner un coup de main. D’autres gardent le lien en restant en contact avec nous par e-mail, par courrier ou par téléphone. D’autres continuent leur voie sans garder contact avec nous.

Question - A propos d’e-mail justement, donc d’internet : en France il commence à y avoir pas mal de sites sur le bouddhisme. Le site de Dhagpo Kagyu Ling est l’un des plus riches. Pouvez-vous le présenter aux gens qui ne le connaissent pas encore ?

Lama Puntso - Ce site est né d’une demande. D’abord il y a les gens qui ne pouvaient pas venir à Dhagpo aussi souvent qu’ils le voulaient et qui ont demandé que des informations soient mises en ligne. On a donc commencé avec un petit site de présentation.

Mais tout le monde sait comment fonctionne le net : dès l’instant où l’on commence, les besoins se créent d’eux-mêmes. Et comme on a différents projets : l’accompagnement des personnes en fin de vie, l’éducation, les adolescents... on a créé des développements du site en fonction de ces thèmes.

Puis il y a eu une demande d’enseignements, donc on a commencé à mettre des enseignements en ligne.

Et comme ce support est un support interactif et vivant, chaque semaine on met en ligne des petites interviews sonores. Donc c’est de plus en plus vivant.

Ce n’est pas un site qui se limite à Dhagpo Kagyu Ling, mais aussi à Kundreul Ling en Dordogne, les centres de retraites et les ermitages monastiques, également les centres de retraites pour laïcs qui se trouvent en Dordogne.

Bref, on essaie de faire que ce site soit le reflet de toutes nos activités et de donner aux gens matière à réflexion et méditation.

Question - Cela doit représenter pas mal de travail.

Lama Puntso - Oui, plusieurs personnes s’occupent du site.

Question - Sans vouloir entrer dans le débat actuel sur le sujet, mais à titre d’information : trouve-t-on sur ce site des informations liées aux Karmapas ?

Lama Puntso - Oui, bien sûr. On a volontairement séparé les deux domaines.

D’un côté il y tout l’aspect spirituel : pratiques, méditation, études, etc...

Et de l’autre il y a une partie du site dans laquelle on explique tous les événements liés au Karmapa et aux difficultés qu’il a pu rencontrer.

Question - Donc les gens peuvent y trouver un complément d’informations ?

Lama Puntso - Oui.

Question - On a beaucoup parlé des émotions dans cette émission. Récemment, Khyentsé Norbu est venu présenter le film "The Cup" dont il est le réalisateur. A cette occasion il a dit que ce qu’il avait entre autres voulu faire dans ce film, c’est démystifier un peu la vie des monastères. Dans une monastère, on travaille sur ses émotions bien sûr, mais ce n’est pas pour autant que l’on parvient toujours à ses objectifs. Comment ce travail sur les émotions se passe-t-il, dans le cas particulier d’un monastère ?

Lama Puntso - Dans le cas d’un centre du Dharma ou d’une communauté monastique ?

Question - Pourquoi pas les deux ?

Lama Puntso - Tous les gens qui résident ou dans le monastère ou dans un centre du Dharma sont des gens qui travaillent sur eux-mêmes. Il y a donc déjà une remise en question de ce que je suis, de ce que je vis, de comment je réagis. Ce qui amène à une plus grande clarté. Ce premier point, c’est au niveau individuel.

Par ailleurs, au niveau collectif, on essaye d’avoir des lieux, des moments où l’on peut clarifier les non-dits, les tensions et autres.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’émotions, mais cela veut dire qu’il y a une honnêteté dans la relation. Cela n’empêche pas quelqu’un de se mettre en colère, ca n’empêche pas deux personnes de se disputer, ca n’empêche pas les jalousies de prendre place, mais on essaye de préserver individuellement et collectivement des moments où l’on peut clarifier cela.

Et c’est ça qui caractéristique ; ça n’est pas qu’il n’y a plus d’émotions, mais c’est qu’on les utilise pour y voir plus clair et développer la bienveillance.

Question - Les outils sur lesquels vous vous appuyez sont-ils purement dharmiques, ou utilisez-vous également d’autres techniques ?

Lama Puntso - C’est purement à travers le Dharma.

Question - Lorsqu’on entreprend un tel travail sur les émotions, on se fixe des objectifs assez ambitieux. On est donc aussi nécessairement confronté à l’échec par rapport à ces objectifs. Peut-être tout particulièrement en Occident où l’échec et la culpabilité se retrouvent dans de nombreuses situations. Comment travaillez-vous sur ce sentiment d’échec ?

Lama Puntso - Pour nous, le sentiment d’échec est lié à la déception, et la déception est ce qui constitue le chemin spirituel. C’est à dire que rencontrer la déception et l’explorer va nous permettre de voir pourquoi on est déçu. Si on est déçu, c’est parce qu’on avait des attentes, parce qu’on avait de l’attachement, etc...

De déception en déception, on va alors peu à peu lâcher les illusions qu’on a sur les choses. Car on a beaucoup d’illusions : sur ce qu’on a à vivre , sur ce qu’on veut vivre, ce qu’on a comme projets... La déception nous ramène à la réalité de ce qu’on est : en ce sens, la déception est pour nous un matériau précieux.

Mais il ne faut évidemment pas s’arrêter à la déception. La déception nous ramène à la réalité de ce que l’on est vraiment, on l’utilise donc comme matériau pour continuer à avancer. C’est en ce sens qu’on rencontre la déception tout au long du chemin, encore et encore... Jusqu’à l’ultime déception : celle de l’existence de l’égo lui-même. Jusqu’à l’éveil.

Question - D’un côté les pratiquants acceptent donc de faire face à la souffrance, comme ici à la souffrance de la déception. D’un autre côté la pratique de la méditation permet également de se libérer de cette souffrance. Certaines approches occidentales voient même dans la méditation une fuite possible de la réalité. Comment ces deux aspects s’articulent-ils : un chemin où à la fois on accepte d’être confronté à la vérité profonde de son vécu émotionnel et où en même temps on peut utiliser la méditation pour apaiser la violence de ces émotions ?

Lama Puntso - De fait c’est combiné. Car qu’est-ce en fait que la méditation ? C’est tout arrêter pour aller voir ce qui se passe à l’intérieur, et à travers différentes méthodes, petit à petit pacifier l’esprit et amener l’esprit à reconnaître sa propre nature. C’est le projet de la méditation. En mettant en œuvre cette méthode dans la méditation, petit à petit on va être de plus en plus à l’aise dans le quotidien, et les difficultés qu’on va rencontrer dans le quotidien vont d’une certaine façon venir nourrir la méditation. C’est à dire qu’on va mieux pouvoir aller à la rencontre de ses difficultés et les pacifier. Ces deux aspects marchent vraiment ensemble : la méditation d’une part et l’activité d’autre part.

Je voudrais ajouter qu’il y a deux façons de pratiquer la méditation. La méditation c’est s’occuper de soi, mais on peut s’occuper de soi pour soi, et on peut s’occuper de soi pour les autres. Extérieurement c’est la même chose : on est assis sur un coussin, on regarde ce qui se passe. Mais les fruits seront vraiment différents. Si je m’occupe de moi pour moi, ça va rester limité. Si je m’occupe de moi avec la perspective d’être plus disponible pour les autres, à ce moment là la méditation va aboutir à une véritable ouverture.


Livres présentés lors de cette émission :

Le Grand Livre du Bonheur

Yveline Brière

Editions : Le Cherche Midi Editions

ISBN : 2862748161

Le bonheur, inaccessible étoile ?

Certainement non. Il est à la portée de chacun. Il suffit simplement de vouloir l’atteindre. Pour nous en convaincre, les plus grands esprits nous livrent ici des clefs afin de parvenir à ces états d’enchantement qui illuminent le cœur et l’âme.

Mais le bonheur est exigeant, il demande patience, persévérance, fidélité, habileté même à dépasser les obstacles et les épreuves.Il se prépare, se façonne, se construit, car il est œuvre d’art, celle de notre vie.

Dans cette anthologie présentée en deux parties, "le livre du petit bonheur, Harmonie" et le livre du grand bonheur, Plénitude", Yveline Brière réunit ce que le monde compte de philosophes, poètes et autres érudits, pour nous guider dans notre quête. Lao Tseu, Platon, Aristote, Voltaire Rousseau, Prévert, Gide...

 

Le Chemin divin pour devenir humain

Lee Lozowick

Editions : Accarias-L’Originel Editions

ISBN : 2863160648

Le Chemin divin pour devenir humain traite de ce qu’il y a de plus profond dans l’expérience humaine. C’est un feu qui brûle les murs de la souffrance, les murs de l’ignorance, les murs que nous avons érigé entre nous-mêmes et la réalité.

Lee Lozowick nous demande de nous sortir de nos rêves. Dans son approche parfois abrupte, qui réaffirme cependant la quintessence de toutes les voies d’éveil, le mental et la morale sont mis en échec. Il nous oblige à affronter nos mensonges et nos prétentions. Mister Lee comme le nomment ses disciples, nous parle de notre rêve essentiel qui n’est pas celui de notre moi, ce moi toujours à la recherche de la sécurité et de la reconnaissance.

Il s’agit de transformer radicalement notre vie.La transformation authentique dépasse les diverses disciplines, elle s’incarne dans notre vie quotidienne, il nous faut commencer à vivre à partir de prémisses complètement différentes" dit-il et il ajoute "S’éveiller revient à vivre la réalisation et non à devenir ou à atteindre quoi que ce soit".

Tout ce que Lee Lozowick "désire" c’est que nous réalisions la vie dans sa plénitude et de nous faire entrer dans la joie.

 

Le Lama éternel

Jamgœun Kongtrul

Editions : Editions Claire Lumière

ISBN : 2 905998 21 0

Décédé tragiquement dans un accident de voiture le 26 avril 1992, représentant de la "nouvelle génération" du bouddhisme tibétain, Jamgon Kongtrul Rimpoché en était une figure exemplaire : sans rien perdre de la profondeur et de la rigueur héritées du Pays des neiges, il connaissait en même temps le monde moderne et savait en détecter les défauts en même temps qu’il pouvait utiliser les avantages.

Sa noblesse de caractère qui n’altérait en rien une gentillesse universelle conquérait les cœurs de tous ceux qui l’approchaient.

L’ouvrage que nous lui consacrons est à la fois un témoignage sur sa personne et sur son enseignement, vif et percutant. Il permettra à ses disciples de retrouver leur maître aimé et donnera à tous l’occasion de découvrir un lama tibétain d’exception.

Le texte que nous présentons ici est la transcription d’un commentaire oral fait par Kongtrul Rimpoché sur un texte, l’Appel au Lama de loin, écrit par Lodreu Thayé, texte très célèbre et très fréquemment récité dans la lignée Kagyu. Cet Appel au lama de loin est composé de deux parties, la première étant une invocation adressée à de nombreux lamas du passé, la seconde se présentant sous la forme d’une prière au lama afin qu’il nous aide à intégrer les différents aspects de la pratique. Kongtrul Rimpoché ne commente ici que la seconde partie, mais, pour ne pas tronquer le texte, nous le donnons tout d’abord dans son intégralité. De très nombreux aspects de l’approche et de la pratique bouddhistes sont abordés.

 

Le Divan dans la vitrine - La psychanalyse à tort et à travers

Sylvie Nerson Rousseau

Editions : Nil Editions

ISBN : 2841111466

Du journaliste à l’employeur, de l’homme politique au commun des mortels en proie aux vertiges de la vie, innombrables sont ceux qui imaginent trouver dans la "psy" des réponses ailleurs insatisfaisantes. Dans les domaines de la santé et de la justice, les pouvoirs publics attendent également des praticiens "psy" des solutions miracles ou la caution de leurs projets.

Or, la psy n’est pas la psychanalyse et la confusion règne entre ces deux champs de réflexion et de pratique. Même si elle le nie, la psy se nourrit de la psychanalyse. Mais elle la dénature : à l’inverse de la psy, la psychanalyse envisage le devenir de chaque être humain comme spécifique et ne prône aucun modèle.

En précisant avec rigueur la portée de la théorie et de la pratique psychanalytiques ainsi que la place qui leur revient, Sylvie Nerson Rousseau nous permet d’appréhender et de choisir éventuellement la démarche psychanalytique avec moins de préjugés ou de fascination. A une époque où l’homme devient l’objet de manipulations de toues sortes, l’auteur de cet essai dérangeant, sans céder à une pensée angélique, opte résolument avec la psychanalyse pour un respect constant du sujet humain dans toutes ses dimensions.

 

L’Infini pouvoir de guérison de l’esprit - Selon le bouddhisme tibétain

Tulku Thondup Rimpoché

Editions : Le Courrier du livre Editions

ISBN : 2702903606

Etre ce que l’on est, c’est le fort de l’esprit, c’est la santé physique et mentale, c’est l’état d’intégrité.Quand nous sortons de notre nature, que nous sommes prisonniers de l’attachement, du désir et de l’agitation, nous trahissons cet esprit originel et nous sommes la proie des maladies corporelles, mentales, émotionnelles, et en général de la douleur - notre état ordinaire, opposé à notre état naturel. Ainsi il n’y a qu’un seul guérisseur véritable et c’est l’esprit.

"Pendant des années j’ai rêvé d’un tel livre, et Tulku Thondup, maître bouddhiste tibétain, grand érudit et traducteur réputé ne pouvait qu’en être l’auteur.Il nous offre ici un condensé pénétrant des enseignements bouddhistes, sur l’art de guérir, dans un style très simple, agréable et clair, de sorte que tout lecteur, quelles que soient sa culture et son origine peut en tirer profit. A une époque où le besoin d’être aidé se fait de plus en plus pressant, souhaitons que partout, des gens prendront à cœur cet ouvrage et comprendront le pouvoir illimité de guérison qui se trouve en eux-mêmes"

Sogyal Rimpoché

 

 

Informations complémentaires

* Coordonnées de Dhagpo Kagyu Ling * :

- Adresse du site internet de Dhagpo Kagyu Ling :

http://www.dhagpo-kagyu.org

- Adresse e-mail de Lama Puntso : puntso@dhagpo-kagyu.org

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