"Voix Bouddhistes" du 3 décembre 2000

Le suicide

Invités : Son Eminence Shartsé Tcheudjé Rinpoche Longri Namgyel et le Docteur Alain Sebillé, médecin psychiatre

publié le dimanche 3 décembre 2000

Cette émission aborde le thème du suicide du point de vue des approches du bouddhisme et de la psychiatrie.

En complément de l’émission, Son Eminence Charpa Tcheudje Rimpoché répond à quelques questions sur les convergences et différences entre bouddhisme tibétain et psychologie occidentale. Il présente également une méthode d’observation de l’esprit accessible à tous.

Né au Tibet en 1927, Rimpoché a obtenu après quarante années d’études les titres de Guéshé Lharampa (docteur en philosophie) et de Guéshé Ngarampa (spécialiste des tantras). L’accomplissement de ce double cursus alliant érudition et pratique méditative intense fait de lui l’un des plus grands maîtres contemporains de la lignée Guélougpa. A ce titre, Rimpoché a représenté le Bouddhisme au colloque œcuménique d’Assise (Italie) réuni sur l’initiative de S.S. le Pape Jean-Paul II en 1986. En 1983, Sa Sainteté le Dalaï Lama le nomme Abbé du monastère tantrique de Gyuteu, puis neuf ans plus tard Abbé du monastère de Ganden Shartsé . En 1995, Rimpoché reçoit le titre honorifique de Charpa Tcheudjé, devenant ainsi le second dignitaire en rang de la lignée Guélougpa du bouddhisme tibétain. Rimpoché, résidant désormais à Paris, enseigne les disciplines philosophiques et spirituelles propres à sa tradition, au sein de l’association Thar Deu Ling qu’il a fondée en 1980.


A côté de la médecine "physique" dont il a principalement été question dans cette émission, celle qui s’appuie en priorité sur l’utilisation de médicaments, il y a également en Occident des approches plus "psychologiques", qui s’appuient davantage sur un travail de compréhension : remonter dans son histoire pour comprendre d’où peuvent venir les difficultés. En tant que représentant du bouddhisme tibétain, pensez-vous que ces approches plus psychologiques peuvent être utiles pour lutter contre la dépression et le suicide ?

Effectivement, c’est cela même qui pourrait aider en profondeur . Avec les médicaments on a une aide limitée dans le temps, qui peut être utile en période de crise, mais qui ne résout pas du tout le problème. Pour résoudre un problème, il vaut mieux remonter aux origines et en comprendre les causes, de manière à éviter la répétition de ces causes à l’avenir. Ne pas se limiter aux problèmes du présent, mais voir les causes qui viennent du passé pour se construire un avenir meilleur. Avec ce type de travail sur soi, on peut donc obtenir de bien meilleurs résultats.

Autre parallèle qui peut poser question : dans le bouddhisme, on met surtout l’accent sur la compassion, l’amour pour les autres. Or, il semble que les gens qui entreprennent une démarche psychologique en Occident font souvent la découverte d’un manque d’amour pour eux-mêmes. Est-ce que c’est quelque chose qui est compréhensible du point de vue du bouddhisme ?

Dans les pays asiatiques, il y avait apparemment moins de cas de dépression, mais il y en avait quand même quelques-uns.

L’explication qui en était souvent faite, c’est que cela venait de l’interaction avec des êtres se trouvant dans le bardo, l’état intermédiaire entre une mort et une renaissance. Par exemple, imaginons que l’un de nos proches soit décédé à une date récente. Ce pourrait être notre père, notre mère, quelqu’un d’assez intime avec nous. Il se trouve actuellement dans l’état intermédiaire, il parvient encore à nous voir, mais pour nous il est devenu invisible. Nous n’arrivons pas à ressentir sa présence. Or, comme il voudrait entrer en communication avec nous et que nous ne répondons pas à ses appels, cela le met en colère. Parfois, il risque furieux de se retourner contre nous et de provoquer un certain nombre d’obstacles dans notre vie. Dans ce cas, nous ne savons pas d’où viennent ces obstacles, et ils pourraient se traduire pour nous en termes d’agitation intérieure, de mécontentement, de symptômes qui ressembleraient étrangement à des états dépressifs ou agités.

Évidemment on ne peut pas généraliser, il peut y avoir d’autres cas de figure. Mais le manque d’amour vis-à-vis de soi auquel vous faites allusion, c’est un petit peu plus délicat pour un non-occidental d’y répondre. Est-ce que cela ne serait pas plutôt lié à la colère ? Est-ce qu’il ne s’agirait pas d’un état de colère et d’irritation quasi-permanent, en tous cas presque continu ?

A ce moment-là, il s’agirait à nouveau d’un manque de réflexion, dans lequel on n’a pas suffisamment observé le monde avec ses propriétés d’apparition / disparition : ce qu’on aime nous échappe, etc. Il y a donc inévitablement des épreuves que nous ne pouvons pas éviter et qui sont pour nous des sources de douleur, de souffrance.

Lorsque nous n’admettons pas que telle est la nature des choses, cela provoque en nous une colère qui peut devenir telle que nous en arrivons à nous taper la tête contre les murs. D’ailleurs, on voit des personnes qui, lorsqu’elles se cognent quelque part, sont même furieuses contre l’objet contre lequel elles se sont cognées. Alors qu’en fait, cet objet n’est en rien responsable et que, même en le tapant et en le frappant, cela ne lui fera rien.

Il y a donc peut-être quelque chose de lié à cet état d’irritation, de colère, qui viendrait d’un manque de réflexion sur la nature des choses. Et également du fait que l’on ne s’exerce pas suffisamment à la patience.

L’observation est dans tous les cas quelque chose de fondamental. A ce sujet, Rimpoché pourrait-il nous donner un conseil sur la manière d’observer l’esprit, quelque chose de très simple, facilement accessible pour tous ?

Que nous soyons bouddhistes ou pas, la première chose à faire, c’est d’arriver à mieux comprendre ce qu’est notre esprit et quels sont les différents facteurs qui peuvent y apparaître.

Parmi les différentes facultés de notre esprit, il y en a qui nous sont très bénéfiques. Par exemple l’amour, la compassion, etc. Et il y a d’autres aspects de notre esprit qui provoquent notre malheur parce qu’ils suscitent en nous la souffrance. Par exemple : la colère, la jalousie, etc.

Avant tout, il faudrait essayer de mieux comprendre ces différentes facultés que recèle notre esprit. Et à partir du moment où on connaît l’éventail complet, il faudrait quand on un peu de temps, se livrer à une observation introspective et regarder quelles sont les pensées qui nous viennent le plus naturellement, le plus fréquemment.

En toute logique, au point de départ, nous allons nous apercevoir que nous avons beaucoup plus souvent des pensées agressives, nuisibles que des pensées très bénéfiques. Mais il est excellent d’en prendre conscience, parce que cela va forcément influer sur notre comportement. Et au fur et à mesure qu’on se livre à ce genre d’observation de son propre esprit, sans même faire tellement d’autres efforts, très lentement mais sûrement, en fait, les choses se transforment et la balance va bientôt pencher vers le bénéfique et le positif.

Pour cela, il faut de la régularité ?

De la régularité, et de temps à autre, faire ce genre d’examen intérieur.


Livres présentés lors de cette émission :

Le Temple secret du Dalaï-Lama - Fresques tantriques du Tibet

Ian Baker

Editions : Martinière Editions de la

ISBN : 2732426741

Le Lukhang - temple des esprits serpents - émerge d’un bosquet de saules, an milieu d’un lac situé derrière le palais du Potala à Lhassa, la capitale du Tibet. Les murs de ce temple, érigé au XVIIIe siècle, ont été ornés par des artistes inconnus d’extraordinaires peintures, uniques dans l’histoire de l’art tibétain. Abritant exclusivement la méditation des Dalaï-Lamas, ces peintures illustrent quelques-uns des enseignements les plus élevés de la tradition tantrique tibétaine.

Ces pratiques spirituelles sont, longtemps restées secrètes, de peur que celui qui s’y engage sans être convenablement, guidé ne s’égare... Désormais accessibles, ces fresques sont souvent recouvertes de grilles. Ce livre offre donc pour la première fois l’occasion de les contempler librement, en toute quiétude. Une invitation à la méditation. Introduction de Tenzin Gyatso, le quatorzième Dalaï-Lama du Tibet.

 

Les Trésors cachés du Tibet - La tradition Terma de l’école Nyingmapa du bouddhisme tibétain

Tulku Thondup Rimpoché

Editions : Guy Trédaniel Editions

ISBN : 2844451993

Cet ouvrage nous présente une importante tradition tibétaine, curieuse et méconnue en occident, celle de terma, les "trésors spirituels". Il s’agit de textes et d’objets qui furent dissimulés par Padmasambhava (le fondateur du bouddhisme tibétain) et ses principaux disciples au VIII siècle et re-decouverts au fil des siècles par des tertons, des "découvreurs de trésors" prédestinés à cette tâche. Plusieurs centaines de volumes d’enseignements et d’objets ont été redécouverts au fil du temps au "Pays des neiges" et même à l’heure actuelle des lamas tibétains ayant qualité de terton découvrent des textes-trésors au Tibet ou dans les régions himalayennes.

Ce livre nous expose l’intérêt des "trésors spirituels", pourquoi ils ont été dissimulés puis retrouvés selon un dessein préétabli, les circonstances extraordinaires de leur redécouverte et les procédés traditionnels de validation des termas. Ce livre constitue un livre de référence sur le bouddhisme tibétain.

 

P’owa - Le transfert de conscience

Chagdud Khadro

Editions : Editions Claire Lumière

ISBN : 2905998 48 2

P’owa est une technique du bouddhisme Vajrayana permettant de transférer la conscience, au moment de la mort, dans un " champ pur ". Quitter ce monde n’est plus dès lors perçu comme un sujet d’angoisse, mais comme l’occasion de se libérer des existences.

Chagdud Khadro expose dans cet ouvrage la méthode d’apprentissage de p’owa ainsi que son application au moment de la mort, tant pour soi-même que pour les autres

 

La Messagère du Tibet - Le retour du Panchen Lama

Claude B. Levenson

Editions : Picquier Poche Editions

ISBN : 2877305023

C’est avec le regard de Tashi Dolma que nous découvrons le Tibet. C’est avec ses yeux d’adolescente que nous quittons avec elle son pays, comme le font aujourd’hui des milliers d’exilés tibétains. La vague curiosité de connaître une cousine née dans l’exil, le désir diffus de voir autre chose au-delà de l’horizon, la volonté d’apprendre librement sa propre langue menacée par l’intrusion chinoise, le rêve secret de rencontrer peut-être un jour le Dalaï-lama.

La violente répression des troubles provoqués par la dispute autour de la réincarnation du Panchen-lama, deuxième dignitaire du bouddhisme tibétain, provoquera sa décision. Elle se met en route et entreprend de traverser le formidable rempart himalayen, en quête de sa propre vérité.

Un roman émouvant, mais aussi une réflexion sur l’exil et la mémoire, une manière de témoignage sur un génocide silencieux.

 

The Lake of the lotus - Chants sacrés tibétains

Lama Urgyen Dorje

Editions : Production Naive

Le chant a cappella demeure, au Bhoutan, pays d’origine du Lama Urgyen Dorje, une tradition vivante fort appréciée des fidèles. Dans cet album, le Lama chante des thèmes qui expriment la vision de la Grande Perfection de l’école Nyingmapa, soit la plus ancienne école du bouddhisme tibétain. Chants propices à la méditation, à la réalisation contemplative, à l’ouverture intérieure, ces pièces dévoilent toutes un éveil spirituel intense. Les six invocations vous rappelleront certainement le formidable travail vocal du Lama Gyourme. Dorje exprime pareille dévotion, pareille recherche spirituelle. Un magnifique album.

 

 

Informations complémentaires

. Coordonnées du centre parisien de Charpa Tcheudjé Rimpoché :

- Thar Deu Ling - Centre d’étude et de pratique du bouddhisme tibétain

* Correspondance : Thar Deu Ling, 68 rue Archereau, 75019 Paris

* Enseignements et pratiques : Forum, 102 bis rue de Vaugirard, 75014 Paris (M° Montparnasse ou St Placide) Renseignements : 01 43 67 79 39 et 01 53 60 05 25

* Site internet : http://www.geocities.com/thardeuling

* Adresse e-mail : thardeuling@yahoo.com

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