"Voix Bouddhistes" du 15 octobre 2000

Les conseils à la Princesse Yasodhara

Invité : Vénérable Dhammaratana

publié le dimanche 15 octobre 2000

Lors de cette émission, le Vénérable Dhammaratana, en se basant sur les écritures du Canon Pâli, nous raconte l’épisode de la vie du Bouddha qui relate son retour dans sa ville natale Kapilavastu. C’est au cours de cet épisode que le Bouddha, après de longues années d’absence du palais, retrouve son père - le roi Suddodhana - et sa femme - la princesse Yassodhara.


Les conseils du Bouddha à la Princesse Yassodhara

Invité : Vén. Dhammaratana

Transcription de l’émission diffusée le 15 Octobre 2000

Le Vénérable Dhammaratana - Moine du théravada - est chercheur à l’Unesco et à la Sorbonne et secrétaire général de la Congrégation Mondiale Linh-Son.

Introduction  : Six ans après avoir réalisé l’Eveil, le Bouddha revient à Kapilavastu, sa ville natale. Il répond ainsi à la demande du Roi son père, qui se fait vieux et qui souhaite que son fils revienne, ne serait-ce qu’un temps.

A Kapilavastu, le Bouddha, poursuivant sa mission, donne plusieurs enseignements, notamment à son père, à celle qui fut son épouse la Princesse Yassodhara et enfin à son fils Rahula. Ces évènements sont relatés dans le canon pali de manière fragmentaire certes et pas toujours chronologique, mais ce qui est important avant tout, c’est qu’ils témoignent d’un aspect essentiel de la vie de tout grand sage quel qu’il soit, à savoir la manière dont évoluent ses propres relations avec sa famille.

Dans une précédente émission (voir 16.07.2000) nous avions commencé à aborder le sujet avec le Vénérable Dhammaratana et c’est avec lui que nous allons conclure aujourd’hui.

VB - En revenant sur la précédente émission, que s’est-il passé entre le moment où le Bouddha a réalisé l’Eveil et son retour à Kapilavastu ? Et pourquoi est-il revenu à Kapilavastu ?

Vén. Dhammaratana - Après la réalisation de l’Eveil, environ douze mois après cette réalisation, le Roi son père, le Roi Suddodhana, qui était très âgé, ayant entendu que son fils avait atteint l’Eveil, a exprimé son souhait de le voir avant de mourir. Il fit venir son ministre et lui demanda de partir à la recherche de son fils afin de l’inviter à venir le voir car cela faisait sept années effectivement qu’il ne l’avait pas vu.

VB - C’est donc un adieu du Roi à son fils, non une demande de gouverner ?

Vén. Dhammaratana - Le Roi Suddodhana savait très bien que son fils ne reviendrait pas pour réclamer son trône, puisque ayant atteint l’Eveil, il s’était engagé sur la voie qui mène à la libération, celle de tous les êtres. Donc, il voulait simplement lui demander de venir le voir une dernière fois avant de partir, c’est à dire avant de mourir.

VB - Combien de temps a t-il mis pour rejoindre sa ville natale Kapilavastu ?

Vén.Dhammaratana - D’après les textes palis, pour rejoindre Kapilavastu, le Bouddha parcourut environ 60 yojanas, à compter d’un yojana par jour, ce qui est l’équivalent de 4 à 5 kms par jour, à pied évidemment. Cela prit environ deux mois.

VB - Durant ce voyage, le Bouddha a t-il enseigné ? Etait-il accompagné ?

Vén. Dhammaratana - Le Bouddha avait à l’époque déjà ordonné plus de 21500 personnes, mais ceux qui l’ont accompagné dans ce voyage jusqu’à Kapilavastu représentaient une escorte de 20000 moines.

VB - Que s’est t-il passé lorsque le Bouddha a rencontré sa femme, la Princesse Yassodhara, au Palais ? Dans quel état d’esprit était-elle ?

Vén. Dhammaratana - Conformément aux textes palis, ce moment de rencontre entre le Bouddha et celle qui fut son épouse, la Princesse Yassodhara, fut un moment de grande émotion. Le Bouddha déjeunait en compagnie de son père, de tous ses anciens amis et de son fils Rahula, au Palais. Le Roi Suddodhana avait invité la Princesse à venir participer à ce déjeuner mais elle avait refusé en disant "le Prince Gautama a quitté la demeure sans m’en informer, j’ai accepté ce qu’il a fait, j’ai accepté son choix, pendant sept longues années je ne l’ai pas vu, je n’ai pas eu de nouvelles, c’est donc à lui de venir me voir car je n’irai pas la première vers lui".

VB - Que s’est t-il passé pour que le Bouddha fasse le chemin vers la Princesse ?

Vén. Dhammaratana - Voilà comment s’est passée la rencontre. Lorsque le Roi a dit au Bouddha que son épouse ne voulait pas le voir, le Bouddha a répondu : c’est moi qui irai vers elle. Donc il s’est rendu dans ses appartements en compagnie du Roi son père et deux de ses principaux disciples Shariputta et Moggallana. Lorsque la princesse les a vus entrer, elle a été saisie d’une très vive émotion. C’est une personne ordinaire qui n’a pas de réalisation spéciale et elle tombe aux pieds du Bouddha, elle s’effondre complètement à ses pieds et éclate en sanglots. Le Bouddha dit alors à son entourage : n’essayez pas de la retenir, n’essayez pas de la consoler, laissez la pleurer, laissez la exprimer ses émotions sinon elle pourrait en mourir. Après s’être évanouie, la Princesse Yassodhara revint à elle et le Bouddha put ainsi l’aborder.

VB - Un des éléments qui peut mieux nous faire comprendre cette réaction c’est la manière dont elle a vécu au Palais en l’absence du Bouddha ?

Vén. Dhammaratana - Pendant ces sept années d’absence, le Palais avait des nouvelles du Prince Gautama puisque le Roi son père envoyait des messagers en secret à la recherche de son fils et donc la Princesse Yassodhara était au courant de ce qui arrivait au Bouddha. C’est ainsi que lorsqu’elle a entendu dire que celui-ci ne portait plus qu’un vêtement jaune, et bien elle aussi ne porta que du jaune. Lorsqu’elle entendit dire que celui-ci s’était rasé les cheveux, et bien elle aussi se rasa la chevelure. Lorsqu’elle entendit dire qu’il ne prenait qu’un seul repas par jour, et bien elle aussi ne mangea qu’une seule fois par jour et lorsqu’elle comprit qu’il dormait à même la terre, sans confort, elle entreprit de faire la même chose. Donc, on peut dire que la Princesse Yassodhara qui fut la compagne, l’épouse du Bouddha pendant toutes ses vies antérieures, que c’est grâce à sa confiance, à son soutien que le Bouddha a pu réussir à atteindre cette position inégalée qu’est la sienne aujourd’hui.

VB - C’est ce que nous apprennent les vies antérieures du Bouddha, "Les Jataka", et il enseigne la Princesse à partir de ces "Jataka". Quelle en est l’anecdote principale ?

Vén. Dhammaratana - Le Bouddha dit à son ancienne épouse, la Princesse Yassodhara : "C’est en raison de la souffrance, c’est en raison de ta fidélité, c’est en raison de ton soutien, de ton attachement et de ton aide que j’ai pu aujourd’hui réaliser l’Eveil", car souviens-toi dans le passé, nous avons été pendant de si nombreuses années inséparables. Et il lui raconte à ce moment là un épisode de la vie précédant celle de son Eveil.

Souviens-toi, nous étions nouvellement mariés, nous marchions dans la forêt et des hommes ont surgi. Comme tu étais une très belle femme, ils m’ont tué et ils ont voulu s’emparer de toi pour te prendre dans leur tribu et faire de toi une Reine. Tu as refusé et tu es restée sur mon corps mort. Tu voulais que je me relève et tu y es restée jusqu’à ce que je renaisse. Tu voulais me soutenir jusqu’au bout. Aussi ,rappelles-toi que c’est grâce à ton obstination, à ton courage, à ta fidélité que j’ai réussi aujourd’hui à atteindre l’Eveil et cette réalisation que j’ai maintenant, et bien, la moitié de cette réalisation, c’est à toi que je la dois.

C’est en ces termes que le Bouddha a apaisé la douleur de son ancienne épouse, la Princesse Yassodhara.

VB - Ensuite la Princesse Yassodhara accepte facilement que le Bouddha soit devenu ainsi un être réalisé et demande à devenir nonne, mais le Bouddha refuse, pourquoi ?

Vén. Dhammaratana - Il y a plusieurs raisons à cela. La Princesse voulait devenir nonne, oui, mais pas parce qu’elle avait développé en son cœur le désir ou la volonté de consacrer sa vie à la pratique. Elle voulait devenir nonne parce qu’elle voulait rester auprès de son mari, le Bouddha, et de son fils Rahula, qui s’était lui aussi fait moine. Donc il n’y avait pas de sa part ce désir sincère, cette dévotion. Cela c’est la première raison et c’est pour cela que le Bouddha a refusé de lui donner l’ordination. La deuxième raison c’est que la première personne dans l’ordre des choses qui devait être ordonnée c’était la belle-mère du Bouddha (qui était également sa tante) , la femme de son père le Roi Suddodhana, la Reine Maha Praja Pati Gautami. C’est elle qui devait être ordonnée en premier. Et la troisième raison est que le Bouddha avait peur d’être critiqué par le société des Brahmanes, dominante de l’époque.

VB - Est-ce pour la même raison qu’il a refusé d’ordonner sa mère adoptive ?

Vén. Dhammaratana - C’est vrai le Bouddha a refusé par trois fois l’ordination à des femmes, simplement pour les raisons suivantes : les brahmanes ne voulaient absolument pas voir accorder aux femmes une importance qui ne leur avait pas été accordée auparavant. Il craignait ainsi provoquer des émeutes et une trop grande opposition et résistance de la part de la société bramahane à l’égard de sa nouvelle religion. Donc, il pensait d’abord développer son message et laisser avec le temps les choses se faire un peu plus naturellement pour que les femmes puissent progressivement accéder à une place égale à celle des hommes. C’est pour cela qu’il n’a accepté d’ordonner des femmes qu’à la troisième requête seulement.

VB - Votre conclusion sur ces évènements ?

Vén. Dhammaratana - C’est pendant cette visite à Kapilavastu que le Bouddha a en fait exposé sa doctrine dans un sens beaucoup plus social. Il a pu mettre en lumière les aspects sociaux de cette doctrine et sa doctrine est anti-caste, est anti-discriminatoire et c’est un message qui respecte l’égalité entre les hommes et les femmes, qui est contre le racisme, les préjugés, qui abolit les frontières qui peuvent exister entre les êtres et donc qui est pour l’égalité entre tous les êtres quels qu’ils soient. Et si cela s’est passé plus de 2500 ans en arrière, ce message reste valable de nos jours.

© Union Bouddhiste de France 2000


Livres présentés lors de cette émission :

Les Cent Conseils de Padampa Sangyé

Dilgo Khyentsé Rimpoché, Padampa Sangyé

Editions : Padmakara Editions

ISBN : 290694923X

Le maître et yogi indien Padampa Sangyé était un grand voyageur. Les chroniques rapportent qu’il franchit la frontière népalo-tibétaine en l’an 1091. Après un séjour de dix ans au Tibet, il voyagea douze ans en Chine, après quoi il revint au Pays des Neiges pour y rester jusqu’à sa mort.

On ignore ce que le grand yogi fit en Chine, même si certains aiment à voir en lui un Bodhidharma du second millénaire. En revanche, on sait de source sûre que parmi ses disciples tibétains se trouvait l’excellente adepte de la Connaissance Transcendante, Machik Labdreum (1031 - 1129). De retour à Tingri, le maître décide, en 1117, d’abandonner son corps : ce sera l’occasion pour lui de prononcer son testament, un enseignement complet où la conscience et la méditation de la mort culminent dans l’Eveil lui-même, lequel, dans les enseignements les plus élevés, constitue la voie proprement dite.

Chacune des cent et une strophes de ce testament est généreusement commentée par Dilgo Khyentsé Rimpoché (1910 - 1991), dont la pensée poursuit et précise les déclarations de son ancêtre spirituel en nous montrant que les "gens de Tingri" ne sont autres que tous les chercheurs de vérité. Point par point, le dernier chant du maître se trouve donc explicité et élargi à l’infini pour que chacun y trouve son compte de consolation et d’instructions pratiques. Comme Padampa Sangyé, c’est avec un amour équanime et sans concessions flatteuses que Khyenté Rimpoché nous rappelle les secrets de notre liberté fondamentale - sans complications inutiles, mais avec plus de finesse et d’exhaustivité qu’on n’en trouvera jamais dans les gloses purement érudites.

 

La Santé par l’équilibre - Traité pratique de médecine tibétaine

Docteur Yeshi Dhonden

Editions : Guy Trédaniel Editions

ISBN : 2844451403

Ce livre est constitué par une série de conférences et de séances de questions -réponses au sujet de la médecine tibétaine données par le Docteur Yeshe Donden qui a été le médecin personnel du Dalaï-Lama. Le Docteur Donden présente les fondements, les principes et les applications de la médecine tibétaine. Pour la première fois en Occident un praticien qualifié fait part de cette tradition médicale. Ce livre est donc indispensable pour ceux qui désirent connaître cette science subtile, dans son authenticité. Un exposé sur le diagnostic établi selon le pouls et l’urine vient compléter utilement ce livre fondamental.

 

Méditation et psychothérapie

Editions : Editions Albin Michel

ISBN : 2226116249

Ce recueil, au fil duquel interviennent psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et spécialistes de la méditation, explore les champs ouverts par une approche globale et intégrative de l’homme, qui vise à le libérer de lui-même. La notion de santé apparaît ainsi indissociable d’une relation intérieure, d’une plénitude vécue dont le thérapeute est le vecteur et l’artisan.

 

Les Entretiens de Milinda et Nagasena

Edith Nolot

Editions : Gallimard Editions

ISBN : 2070735923
 

 

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