"Voix Bouddhistes" du 8 avril 2001

Les derniers conseils du Bouddha

Invité : Vénérable Dhammaratana

publié le dimanche 8 avril 2001

Le Vénérable Dhammaratana commente dans cette émission les derniers conseils du Bouddha.

Dans l’interview réalisée pour le site, il poursuit sa démonstration de l’importance de la connaissance des textes originels en pâli.


Interview du Vénérable Dhammaratana (*)

Cet entretien commence là où se terminait l’entretien précédent avec le Vénérable Dhammaratana, alors qu’il soulignait l’importance de l’utilisation de la langue pâli originelle.

Il est très difficile de trouver un mot unique pour traduire "dukkha"

Voix bouddhistes - Prenons le Kangyur par exemple. C’est pourtant bien une traduction complète du canon pâli en tibétain !

Vén. Dhammaratana - Cette traduction est bonne. Mais je vais vous donner un petit exemple. Quand on dit "dukkha", et quand on le traduit par "souffrance", ça n’est pas la même chose.

Il faut le savoir ! Quand on dit "dukkha", il y a une signification extrêmement profonde. Alors que quand on dit souffrance...

Voix bouddhistes - Approfondissons. Qu’est-ce que "dukkha" ?

Vén. Dhammaratana - (rires) Vous voyez, c’est très difficile de trouver un mot unique pour traduire "dukkha" ! Avec les langues contemporaines, anglais, français, chinois ou arabe, ..., toutes ces langues, le dictionnaire est très pauvre. C’est impossible dans ces langues de restituer la signification de "dukkha". C’est pourquoi vous avez à connaître vous-même ce très vieux langage contemporain du Bouddha.

Ma compréhension, c’est que les spécialistes du bouddhisme ont à se référer davantage au bouddhisme original. Quand ils s’y réfèrent, ils donnent les racines, après quoi ils peuvent élaborer, ils ne contrediront pas le bouddhisme original.

Que ce soit oralement ou par écrit, les bouddhistes occidentaux devraient peu à peu se mettre à utiliser les termes originaux

Voix bouddhistes - Revenons à ces 2 bases fondamentales du bouddhisme : "dukkha" (souffrance) et "lobha" (désir). Ces deux mots sont difficiles à traduire ?

Vén. Dhammaratana - Très difficiles. Pourquoi ? Parce qu’on parle à des non-bouddhistes. Le langage pâli est beaucoup plus riche que les langues contemporaines. Parfois on traduit "dukkha" par souffrance, malaise ou mal à l’aise en français. Cela ne correspond pas au mot original "dukkha".

Voix bouddhistes - Est-ce qu’au lieu d’un simple mot, il ne faudrait pas utiliser une périphrase, simplement à titre indicatif ?

Vén. Dhammaratana - Ma conviction c’est que lentement, en parlant, en lisant ou en écrivant, les bouddhistes doivent utiliser les termes originaux, pour développer la familiarité avec ces mots. Par exemple tanhâ, on ne peut pas le traduire simplement par attachement, c’est plus que ça. "Lobha", c’est plus que désir, ça n’est pas le sens qui correspond aux textes pâli originels. Le problème, c’est que nos langues modernes sont très pauvres pour expliquer le bouddhisme.

La meilleure solution serait donc d’utiliser les termes originaux !

Par exemple quand on dit "Bouddha", tout le monde sait ce que ça signifie ! Et beaucoup de bouddhistes vietnamiens, chinois et autres, savent ce qu’est "dukkha". Ils comprennent ce qu’est "dukkha".

Donc de temps en temps, y compris sur internet, il faudrait donner les termes originels, entre parenthèses.

On est obligé de faire un commentaire. Les commentaires sont le fait des disciples. Après un commentaire, il y a le commentaire du commentaire ... Cela devient totalement différent

Voix bouddhistes - Pour ceux qui ne connaissent pas le bouddhisme, pouvez-vous malgré tout préciser le sens profond de "dukkha" et "lobha" ?

Vén. Dhammaratana - C’est vraiment difficile en anglais ou en français !

Voix bouddhistes - C’est plus "large" que "souffrance" ?

Vén. Dhammaratana - "Souffrance" c’est trop petit.

Voix bouddhistes - Est-ce que ça comprend par exemple la frustration ?

Vén. Dhammaratana - "Dukkha" n’est pas "frustration".

Une traduction directe du texte où le Bouddha explique "dukkha" serait : "La naissance est souffrance". Il faudrait expliquer cette traduction de "dukkha" par "souffrance" ici.

"Vieillir est souffrance". On traduit encore "dukkha" par "souffrance" ici, mais ça n’est pas une traduction satisfaisante.

"La maladie est souffrance". "La mort est souffrance".

Si vous vous piquez avec une aiguille, on appelle ça souffrance aussi, et quand vous mourrez, avec des problèmes de respiration, de coma, c’est une situation complètement différente, mais on n’a qu’un même mot pour traduire : "souffrance".

Autre exemple, totalement différent. "Etre contraint d’être avec quelqu’un qu’on n’aime pas est souffrance". Par exemple, quelque chose qui ne se passe plus trop dans nos pays, parfois une femme ne veut pas se marier avec un homme ; elle aime une autre personne, mais ses parents la contraignent à se marier. Jusqu’à sa mort elle devra rester avec un homme qu’elle n’aime pas. C’est souffrance, mais ça n’a rien à voir avec la souffrance qu’on a quand on se blesse le doigt, c’est totalement différent.

Autre chose. J’aime quelqu’un, par exemple dans un jeune couple, mais je ne peux pas l’avoir ; tous les jours j’en souffre. Une fois de plus cette souffrance est totalement différente. Ne pas pouvoir avoir quelque chose qu’on veut, c’est souffrance.

Finalement, les cinq agrégats sont toujours souffrance.

Vous voyez, on est obligé de faire un commentaire. Les commentaires sont le fait des disciples. Après un commentaire, il y a un commentaire du commentaire., ça devient totalement différent. D’après ma compréhension, les gens n’ont pas les moyens de comprendre ce sens original !

Voix bouddhistes - Même vous-même, quand vous parlez de "dukkha", vous faites un commentaire...

Vén. Dhammaratana - Une fois que les gens connaissent le bouddhisme, petit à petit, ils comprennent différemment.

"Bhava-tanhâ", "Vibhava-tanhâ" et "Kama-tanhâ"

Voix bouddhistes - Pouvez-vous faire la même chose pour "tanhâ", le "désir" ? Qu’est-ce que signifie exactement "tanhâ" ?

Vén. Dhammaratana - Nous nous attachons à toute sorte de choses qui existent dans cette vie moderne. C’est à dire que nous les aimons. C’est dans la nature des êtres humains qui ne sont pas réalisés, qui n’ont pas atteint les plus hauts états de développement spirituel, c’est appelé "bhava-tanhâ".

On aime tout, c’est-à-dire on veut tout, on n’est jamais satisfait, parfois on a beaucoup à manger pour soi, mais on ne va rien donner à quelqu’un qui a faim, on est attaché à tout. C’est " bhava-tanhâ ".

Et " vibhava-tanhâ ", c’est qu’on aime que ça continue. On ne veut pas que ça s’arrête. On veut "renaître". Imaginons que je sois en position de pouvoir, comme un ministre, ou un roi. Il ne veut pas rendre son trône. Il veut revenir pour avoir la même position. C’est-à-dire qu’il aime la continuation.

" Kama-tanhâ " signifie que les 6 sens, les 6 organes des sens, demandent à être bien traités. C’est " kama-tanhâ ". On a tout sorte de problèmes dans la vie humaine, parce qu’on veut nourrir ces organes des sens. C’est ça " kama-tanhâ ".

Comment traduire tout ça simplement avec un seul mot : "désir" ?... (*) Interview réalisée par Jean Christophe pour l’Union Bouddhiste de France


Livres présentés lors de cette émission :

Dharma Vivant Biographies de dix maîtres du Theravada

Jack Kornfield

Editions : Vivez Soleil

ISBN : 2880582970

Jack Kornfield présente l’essentiel de la pratique bouddhiste, telle qu’elle est enseignée par les maîtres les plus respectés de l’Asie du Sud-Est. Ceux-ci offrent une riche variété de techniques de méditation et les pratiques donnant à chacun la possibilité de connaître le véritable enseignement du Bouddha.

 

Le Bouddha historique

Hans Wolfgang Schumann

Editions : Editions Sully

ISBN : 2 911074 15 7

Peu d’hommes dans l’histoire de l’humanité ont eu autant d’influence que Siddhatta Gotama, l’homme qui devint le Bouddha, il y a 2500 ans en Inde. La voie spirituelle qu’il a découverte s’est développée en une religion à vocation universelle et un humanisme élevé. L’Asie entière a été profondément marquée par son message et c’est aujourd’hui l’Occident qui se tourne vers cette doctrine qui vise à l’émancipation absolue.

L’œuvre de référence de H.W. Schumann retrace la vie du Bouddha débarrassée de son aspect légendaire. Grâce à une profonde connaissance du caractère pali et de l’histoire indienne, et à une familiarité palpable avec le pays, l’auteur replace les grands événements de l’existence et de la mission de Gotama dans leur déroulement chronologique et dans leur environnement social, politique et religieux.

Cet ouvrage unique nous fait ainsi découvrir l’homme Gotama, à la fois mystique, rénovateur religieux, prédicateur, tacticien politique, organisateur d’un ordre religieux, mais également ses contemporains, disciples moines ou laïcs. L’époque du Bouddha, la naissance du Sangha, l’exposé du Dhamma deviennent vivants au cours des pages, nous permettant de comprendre profondément le succès du bouddhisme originel et son développement futur.

Né en 1928, diplômé en indologie de l’université de Bonn, Hans Wolfgang Schumann a vécu de nombreuses années en Inde où il fut enseignant à l’Université de Bénarès puis diplomate. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le bouddhisme. Sa biographie du Bouddha traduite ici fait autorité dans le monde entier.

 

Le Bouddha - Biographie

Véronique Crombé

Editions : Desclée de Brouwer

ISBN : 2 220 0481 2

Attrait pour la méditation, popularité de personnalités comme le Dalaï-Lama, création de nombreux monastères : incontestablement, le bouddhisme séduit l’Occident. Pour autant, le connaissons-nous vraiment ? Et surtout, que savons-nous du Bouddha, fondateur de ce vaste courant spirituel vieux de plus de 2 500 ans ?

Plus qu’une simple biographie ou qu’un exposé à caractère religieux, ce livre de Véronique Crombé appréhende la figure du Bouddha dans le contexte qui le porte. Celui que l’on nomme l’Éveillé propose à ses contemporains, effrayés par la perspective de mourir, renaître et mourir encore, un chemin vers la libération. Mais le milieu spirituel et humain qui le voit naître n’est pas étranger au développement de sa doctrine et, parallèlement, de ses grandes intuitions. Pour le comprendre, il faut aussi faire la part des faits et des légendes, percevoir aussi la richesse de fart qu’il génère.

Avec beaucoup de pédagogie, Véronique Crombé présente les fondements de renseignement de Bouddha qui, au-delà des différentes familles spirituelles, reste le bien commun de l’ensemble des bouddhistes. Conférencière des Musées Nationaux, attachée au Musée national des arts asiatiques Guimet, Véronique Crombé est bouddhiste dans la tradition Theravada.

 

 

Informations complémentaires

Adresses de sites liés à l’émission de la semaine :

Il existe peu de sites consacrés au bouddhisme theravada en France. La majorité d’entre eux sont plutôt des sites anglais.

Nous aurons l’occasion de revenir très prochainement sur deux très bons sites en français dans le cadre d’une émission avec Indavati.

Dans l’immédiat, voici deux sites également très intéressants, l’un en français, l’autre en anglais.

- Le Bouddhisme Theravâda

http://www.geocities.com/Athens/For...

Concepts philosophiques du bouddhisme theravâda, art bouddhique, glossaire et bibliographies - theravâda

- Access to insight

http://www.accesstoinsight.org

Access to Insight is an Internet website dedicated to providing accurate, reliable, and useful information concerning the practice and study of Theravada Buddhism, as it has been handed down to us through both the written word of the Pali Canon and the living example of the Sangha.

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