Émission diffusée le 29 juin 2008

Extraits de l’émission :

Aurélie Godefroy : Nous consacrons aujourd’hui notre émission à trois jeunes maîtres tibétains, qui s’inscrivent dans cette lignée. Il s’agit de Dzongsar Khyentsé Rimpoché, Dzigar Kongtrül Rimpoché et Yongay Mingyoür Rimpoché. Quels sont leurs points communs, mais aussi leur spécificité. Comment gèrent-ils l’héritage spirituel de leurs aînés ? Que nous transmettent-ils ? Nous allons répondre à toutes ces questions grâce à notre invitée, Anne Benson.

Anne Benson, bonjour. Vous étudiez le bouddhisme tibétain depuis l’âge de dix sept ans. Vous avez été l’interprète de plusieurs grands maîtres tibétains. Vous vous êtes ensuite spécialisée dans la traduction de manuscrits tibétains et vous venez de traduire un des livres que nous présentons maintenant : « N’est pas bouddhiste qui veut ». J’ajoute que vous connaissez personnellement et, depuis pas mal de temps, les trois maîtres que nous allons évoquer maintenant. Merci d’être avec nous aujourd’hui. Vous les connaissez donc depuis plusieurs années. Est-ce qu’on pourrait tenter de retracer leur parcours, de manière assez générale ? Qu’est ce qu’ils ont en commun ?

Anne Benson : Ils sont tous nés en exil. Ils sont tous nés au sein d’une famille bouddhiste pratiquante. Leurs parents sont des êtres très réalisés et respectés par toutes les lignées du bouddhisme tibétain. Ils ont donc passé toute leur enfance dans des familles de parents érudits. Ils ont été formés par les plus grands maîtres tibétains contemporains. Ils ont connu les difficultés de l’exil et le choc du monde moderne. Ils ont beaucoup voyagé et ont été invités partout dans le monde. Ils ont beaucoup de disciples, aussi bien tibétains que chinois ou occidentaux. Ils ont donc beaucoup de points communs.

A.G. : Revenons sur chacun d’entre eux, si vous voulez bien. On peut commencer par Dzongar Khyentsé Rimpoché, si vous voulez bien ?

Anne Benson : Dzongar Khyentsé Rimpoché a environ 48 ans. On peut dire que c’est le plus provoquant des trois. Il a habité en Angleterre. Il aime beaucoup la littérature japonaise et anglaise. Il aime la musique classique. Il a fait deux films. Un film qui s’appelle « La coupe » .

A.G. : Qui a été présenté au Festival de Cannes, je crois ?

Anne Benson : Oui, c’est cela. Son second film s’appelle : « Voyageurs et magiciens ». Il est très connu pour la capacité qu’il a d’expliquer les concepts très difficiles et profonds du vajrayana d’une manière accessible et mémorable, si l’on peut dire, avec beaucoup d’humour.

A.G. : Et Dzigar Kongtrül Rimpoché ?

Anne Benson : Dzigar Kongtrül Rimpoché est un peu plus jeune. Il a fait un parcours d’études très poussées. Il a longtemps vécu en Amérique. Il est marié, il a un enfant. C’est le seul des trois qui mène une vie de famille. Il dirige des centres de retraite de trois ans. C’est quelqu’un d’extrêmement fin, subtil et qui va vraiment droit au cœur quand il enseigne. C’est un très grand pratiquant aussi.

A.G. : Et enfin Yongay Mingyoür Rimpoché ?

Anne Benson : Yongay Mingyoür Rimpoché est le plus jeune des trois et a 33 ans. Il a commencé à l’âge de 13 ans et a demandé à faire une retraite de trois ans, ce qui était très jeune. A la fin de cette retraite – il avait 17 ans, elle dure un peu plus de trois ans – on lui a demandé d’être le maître de la retraite suivante, à 17 ans. Ce qui est tout à fait exceptionnel. C’est donc quelqu’un qui a beaucoup pratiqué depuis son plus jeune âge. A cause de ce parcours de champion de la méditation, et comme il s’est beaucoup intéressé à la physique quantique, on lui a demandé d’être un cobaye pour voir comment fonctionnait son cerveau et quel avait été le résultat de tant d’années de méditation sur la façon dont fonctionnait le cerveau. Les résultats ont été très étonnants. Il en parle un peu dans son livre.

A.G. : C’est quelqu’un qui est vraiment porté sur la question scientifique ?

Anne Benson : Oui. Il s’intéresse beaucoup à la science, mais il est aussi tout à fait enraciné dans la tradition. Il est extrêmement drôle et joyeux.

A.G. : Comment se situe cette jeune génération de maîtres tibétains par rapport à leurs aînés ? Vous avez le sentiment que l’on assiste à un changement, tant sur le fond que sur la forme ?

Anne Benson : Je ne pense pas. Car lorsqu’on regarde les grands maîtres bouddhistes, pas seulement tibétains, mais de toutes les époques, ce sont toujours des êtres exceptionnels et ceux là n’échappent pas à la règle. Ils sont étonnants, mais tout à fait dans la lignée. Ils ont reçu une formation traditionnelle, draconienne, pendant vingt ans. Ils ont vécu au sein de leurs familles qui étaient tous de grands pratiquants et des êtres réalisés. Ils peuvent donc transmettre tous les enseignements, mais de façon très accessible, parce qu’ils ont eu, très tôt, un contact avec le monde Occidental.

A.G. : Les tulkous ont été formés chacun, à la fois, en Occident et en Orient ?

Anne Benson : Je pense qu’ils ont été formés de manière traditionnelle jusqu’à l’âge de 18 ans, 20 ans par exemple. Et ensuite, ils se sont rendus en Occident. Par exemple, * a été à l’université en Angleterre, * aussi et en Amérique. Il a travaillé avec les universitaires, * avec les scientifiques. Donc ils se sont formés aussi avec les meilleurs érudits du monde Occidental. Ils ont vraiment les deux aspects.

A.G. : Une espèce de double culture, on peut dire ?

Anne Benson : C’est cela, mais au niveau de la tradition, c’est vraiment la droite lignée.

A.G. : Justement, quelle est leur compréhension des grands maîtres ?

Anne Benson : Je pense qu’elle doit être parfaite. Quand on voit comment les tibétains élèvent leur famille, surtout ces grands maîtres, qui ont été vingt quatre heures sur vingt quatre en présence de leurs pères et de leurs mères, qui étaient des êtres sains et réalisés. Ces enfants ont vécu pendant vingt ans, jour et nuit, dans cette ambiance.

Ils sont donc complètement imprégnés de cette sagesse. Evidemment, ils l’ont depuis tellement de vies ! Ce sont des tulkous. Ils sont revenus pour aider les êtres.

A.G. : Revenons à leur livre respectif. Pourquoi ont-ils écrit ces livres ?

Anne Benson : Parce qu’ils avaient envie de partager, avec leurs disciples et le monde en général. Ils ont envie d’aider. Ils sont venus pour ça. Certainement, beaucoup de leurs disciples ont dû leur demander d’écrire aussi. Donc ils ont fait ce choix de mettre leurs expériences et leurs connaissances à la disposition du plus grand nombre. C’est courageux dans un certain sens.

A.G. : Revenons sur chacun de ces livres. On peut commencer par le premier « N’est pas bouddhiste qui veut ».Qu’est ce que nous raconte ce livre ?

Anne Benson : Ce livre reflète bien Dzongsar Khyentsé Rimpoché. C’est provoquant et c’est très traditionnel en même temps. Il explique les quatre sceaux du bouddhisme qui permettent d’avoir la vue juste. C’est très intéressant aussi bien pour les bouddhistes que pour les non bouddhistes. En anglais, le livre s’appelle : « Tout ce qui fait que vous n’êtes pas bouddhiste ». C’est provoquant et c’est expliqué de façon très drôle, mais extrêmement logique.

A.G. : Que voulez vous dire par provoquant ?

Anne Benson : C’est son style. C’est un style familial. Son père est très provoquant aussi. Ce qu’on appelle les yogis fous. On ne sait pas où les attendre et là où ils sont. Ils sont toujours en train de nous désarçonner pour mieux nous permettre de reprendre le chemin droit. C’est intéressant comme technique.

A.G. : Et le deuxième livre : « Le bonheur est entre vos mains » ?

Anne Benson : Ce titre est tout à fait cela. C’est une manière d’expliquer qu’au lieu d’aller chercher le bonheur au dehors, c’est sur soi-même que l’on doit travailler. Ce livre comprend trois parties. La pratique ou l’approche de l’esprit ou de la méditation, le courage que l’on doit développer et ensuite comment s’insérer dans la vie. Ce sont des conseils donnés à ses disciples, qui sont utiles pour tout le monde. Il a une approche plus psychologique, puisqu’il a beaucoup travaillé avec les psychothérapeutes en Amérique. C’est intéressant à ce point de vue là.

A.G. : Terminons par « Le bonheur de la méditation »

Anne Benson : Il y a deux aspects dans ce livre. Il explique un peu sa formation traditionnelle et ensuite toutes les expériences faites avec les scientifiques. C’est intéressant pour les sceptiques, car il explique vraiment comment la méditation peut changer le cerveau. Ils ont fait beaucoup d’études sur la plasticité neuronale. On pensait avant que le cerveau, une fois formé, ne changeait plus. Et maintenant on se rend compte qu’en méditant – toute pratique que l’on fait, que ce soit du sport, de la musique, de la méditation ou des études philosophiques – le cerveau continue à changer, à se développer. Il est donc beaucoup plus souple, plus plastique qu’on ne le pensait auparavant.

A.G. : On se rend bien compte que ces trois livres sont bien différents. A qui sont-ils destinés ? Par exemple si on devait offrir chacun de ces livres à quelqu’un en particulier, à qui ce serait ?

Anne Benson : Le premier, c’est pour les gens qui sont extrêmement logiques, qui ont une logique cartésienne. En France, il sera très intéressant. C’est une logique implacable, qui sépare bien le bon sens et tout ce qui est émotionnel, tendances habituelles, vision qui nous donne une vision tordue de la réalité. Il met vraiment les points sur les i. Le deuxième est peut-être pour ceux qui privilégient aussi une approche plus psychologique, puisque c’est un peu la formation de Dzigar. C’est extrêmement pratique aussi. Il y a des détails sur la méditation, sur les blocages que l’on peut avoir dans la vie quotidienne, face à la pratique, face au travail etc..

Comment travailler avec ces blocages ? Comment les accepter, les utiliser ? Et le dernier, c’est pour tout le monde. Pour ceux qui voudraient essayer. Il y des exercices très simples, c’est expliqué de façon très drôle. C’est comme l’électricité. Quelqu’un en Asie qui allume la lumière, ne se demande pas si l’électricité a été inventée en Occident ou en Orient. Il y a de la lumière, ça marche, donc c’est parfait. Ces techniques qu’expliquent ces auteurs ont beau avoir été découvertes il y a deux mille cinq cents ans en Asie. Peu importe, elles marchent. C’est cela que l’on comprend dans ce livre.

A.G. : Merci beaucoup Anne Benson d’avoir été avec nous aujourd’hui.


Livres présentés lors de cette émission :

Kalachakra - Un mandala pour la paix

Sofia Stril-Rever

Editions : Martinière Editions de la

ISBN : 978 2 7324 3735 4

En collaboration avec Matthieu Ricard, Manuel Bauer, et Olivier Adam.

Kalacakra, un mandala pour la paix permet de suivre les différentes phases de la construction d’un mandala de sables lors de la cérémonie de la Roue du temps ou Kalachakra, grand rituel d’initiation que le Dalaï-Lama a transmis une trentaine de fois de part le monde.


Le Bonheur de la méditation

Yongey Mingyour Rimpoché

Editions : Fayard Editions

ISBN : 978 2 213 63179 0

Édition : Préface de Matthieu Ricard

Dans cet ouvrage, unique en son genre, Mingyour Rimpoché révèle les bienfaits réels de la méditation en établissant un pont entre les enseignements millénaires du bouddhisme et les découvertes les plus récentes de la science moderne, et plus particulièrement les neurosciences. Il n’est plus question d’opposer science et bouddhisme puisque l’une prouve les effets positifs de l’autre sur le cerveau. Un livre à lire partout, et à méditer


Le Bonheur est entre vos mains « Petit guide du bouddhisme à l’usage de tous »

Dzigar Kongtrül Rimpoché

Editions : Nil Editions

ISBN : 978 2 84111 344 6

Édition : Préface de Matthieu Ricard

Écrit par un homme ayant reçu une formation bouddhique classique mais familier de l’occident, ouvert sur la réalité, pétri d’intelligence et d’humour, le livre de Dzigar Kongtrül Rinpoché met à la portée de tous les enseignements du Bouddha et nous dit comment y trouver les remèdes aux doutes et à l’insécurité qui nous assaillent au quotidien. S’engager avec joie dans une sincère réflexion personnelle, découvrir ses ressources, sa créativité et son moi véritable, se laisser guider par la compassion : un « petit guide » qui permettra à chacun d’avancer sur le chemin du bonheur,., Car si le Bouddha a montré la voie, c’est à nous qu’il appartient de se libérer. En d’autres termes, comme le dit très clairement 1’ auteur de ce livre : « C’est à nous de jouer. »


N’est pas bouddhiste qui veut

Dzongsar Jamyang Khyentse Rimpoché

Editions : Nil Editions

ISBN : 978 2 84111 370 5

Beaucoup aujourd’hui se réclament du bouddhisme et en signent les attributs sans en épouser vraiment la philosophie profonde. Alors que signifie vraiment être bouddhiste ? L’auteur (également cinéaste de longs métrages : La Coupe et Voyageurs et Magiciens) nous donne la réponse sans mâcher ses mots : la différence fondamentale entre le bouddhisme et toutes les autres religions réside dans le respect et la compréhension des « quatre sceaux » : Toute chose composée est impermanente … Toute émotion est douleur … Aucune chose n’existe en et par elle-même … Le nirvana est au-delà des concepts. Une réflexion irrévérencieuse et drôle sur un sujet profond.


Présentation : Aurélie Godefroy

Réalisateur : Claude Darmon


Retrouvez toutes informations concernant ces trois grands maîtres sur les adresses suivantes :

  • Dzongsar Khyentse Rimpoche sur le site de la « Fondation Khyentsé »