Allocution du représentant de l’UBF, Jean-Guy de Saint-Périer, lors de la réunion du 16 septembre 2008 au Ministère de la Justice.

Cinq cents ans avant Jésus Christ, le Bouddha érigea l’équanimité en vertu cardinale, prônant la non discrimination sous toutes ses formes. Malgré qu’il fût d’origine royale, il invita dans son ordre monastique toutes les catégories de personnes, quelques soient leur origine.

Dans l’Inde des castes, c’était une avancée que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire.

Chacun d’entre nous sommes constamment à la recherche du bonheur, mais nous souffrons à divers titres des insatisfactions de l’existence. Même si notre existence actuelle nous semble confortable, qu’en sera-t-il au moment de notre mort ?

De ce fait, pour les bouddhistes, l’équanimité consiste à considérer toute personne avec le même regard d’amour et de compassion, que cette personne nous apparaisse comme amicale ou non, puisque nous sommes tous frappés, un jour ou un autre, par les vicissitudes de la vie.

Le bouddhisme reconnaît aussi en chacun la même nature fondamentalement éveillée, union de sagesse et de bienveillance, que l’on appelle « nature de Bouddha ». Cette nature, la plupart d’entre nous l’ignorons. Sa découverte est la finalité du chemin bouddhiste. Ce faisant, on s’affranchit de toute forme d’insatisfaction, et on atteint ce que l’on appelle l’éveil.

L’équanimité bouddhique va donc bien au delà de la simple égalité de traitement devant la loi, puisqu’elle demande de reconnaître en l’autre sa souffrance et son potentiel d’éveil.

Pour les bouddhistes, deux comportements s’imposent :

  • adopter une conduite extérieure dénuée de discrimination à l’égard de qui que ce soit,
  • cultiver une qualité intérieure qui nous conduise à accepter la différence dans l’altérité. Cette attitude est le résultat d’une maturation intime, le fruit d’un développement personnel responsable en tant que citoyen du monde. Un cadre institutionnel ou législatif ne suffit pas à son développement.

S’il est question de modifier les comportements, la force de la compréhension doit précéder celle de la contrainte. C’est pourquoi nous devons agir sur le terrain de la prévention contre la discrimination, en privilégiant l’information et l’éducation. Nous souhaitons donc, dans le cadre du CERD, insister tout particulièrement sur ces deux points.

L’information

La discrimination est presque toujours le fruit d’un jugement partial né d’une mauvaise compréhension de l’autre, elle-même issue d’une méconnaissance des origines culturelles, religieuses ou sociétales de la différence.

Dans ce cadre, toutes les actions d’information et d’échange doivent être encouragées.

Il s’agit de comprendre et d’accepter l’autre dans ses spécificités, voire à les apprécier.

Au niveau personnel, les différences peuvent alors être perçues comme un facteur d’enrichissement mutuel et d’élargissement culturel.

Au niveau sociétal, elles sont reconnues comme un facteur d’accroissement des performances économiques et sociales, puisque la diversité sociale et culturelle élargit les champs de l’esprit et stimule la créativité de chacun.

L’éducation

D’un point de vue bouddhiste, il est fondamental d’ancrer dès l’enfance une curiosité bienveillante envers autrui. C’est une des fonctions importantes de l’éducation civique donnée dans les établissements scolaires, véritables creusets de la vie sociale adulte.

A l’école, l’enfant se trouve confronté à une grande diversité ethnique, culturelle et religieuse. C’est donc le lieu privilégié pour l’émergence d’une tolérance positive envers la différence.

En conclusion, complémentairement aux actions entreprises pour établir et faire respecter un cadre législatif non discriminant, il nous apparaît important de promouvoir toute action visant à induire au cœur de chaque individu les causes premières de la non discrimination : une curiosité bienveillante envers l’inconnu et la différence.

CERD = Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (Nations Unies)