Le Khouan & le Sou Khouan, Baci, tentatives de définitions :

Entité à multiples facettes, le Khouan n’est ni un esprit, ni une âme, ne cherchez pas a le comparer à nos lutins, farfadets, et autres korrigans, sauf peut être et à l’extrême limite, à un Lepreuchaun irlandais, quand il a trop bu, mais on y reviendra…

Par contre, effectivement, il est souvent suggéré ou invoqué sous une forme plus ou moins anthropomorphique. Dans tous les tous cas le khouan est vagabond, inconstant, oserais-je dire, parfois même volage !

Etymologiquement le terme se rapporte au toupet de cheveux du haut du crâne, où sont sensés entrer ou sortir les khouan, surtout la nuit sous forme de papillons…(on se contentera tout au long de cette modeste présentation de s’en tenir à l’appellation répétée :de Khouan, toute autre tentative de comparatifs : âme, esprit…ne feraient qu’embrouiller nos esprits.)

Le khouan est en fait un concept assez polymorphe, qui échappe assez facilement à notre esprit de ‘Falang’ cartésiens, ce qu’on retiendra, c’est qu’il représente toujours une force vitale bénéfique. Cette entité n’est pas non plus l’apanage de l’être humain, le khouan anime ou habite aussi des animaux : le Buffle, des objets : la Maison…. Le recours, la mention et l’invocation aux Khouan est une tradition propres aux peuples T’aï, situés sur une aire géographique s’étendant : du Laos, au Nord de la Thaïlande, au Nord du Vietnam , au Sud du Yunnan Chinois, et au Nord Est Birman…

Outre les t’aï Lao, les t’aî Lüe, t’aï Dam, t’aï Deng……d’autres ethnies, sur ces mêmes territoires, pratiquent des rituels où apparaissent les Khouan, tels : les K’hmmu et les Hmong Pour les Lao, l’Homme « possède » dans sa plénitude : 32 Khouan ( il faut peut être voir en ce chiffre l’influence Bouddhiste, et les 32 signe qui distingue le Bouddha ?) dans d’autres ethnies moins bouddhisées on en compte parfois jusqu’à 90…

Sur le caractère bénéfique et pacifique du khouan, il faut noter l’emploi qualificatif qu’il en est fait pour désigner un être préféré : un fils Khouan, ou sacraliser un objet : le poteau khouan de la maison…

A quoi sert le Khouan ? Le khouan, nous l’avons vu, est un élément indispensable à la plénitude de l’individu, aussi, qu’un khouan soit absent et la personne sera, indisposée, malade, perdra ses capacités intellectuelles, tombera dans l’infortune…(on notera le caractère soustractif dans la notion de maladie) . Heureusement il existe un remède : le recours à la cérémonie du Sou Khouan, que l’on essaiera de traduire le plus sobrement possible par : ‘Le Rappel des Khouan’, cette cérémonie (c’est un rituel essentiellement animiste, qui n’a rien à voir avec le Bouddhisme, encore que !…) est orchestrée par un officiant appelé Mô Khouan (ou Spécialiste des Khouan) plus communément il portera le titre de Mô Phone (ou Maître des Cérémonies).

C’est en général un personnage respecté, qui a été bonze, qui possède la connaissance des rites et des dates propices, il entretient les traditions Brahmanes et de la très ancienne culture vernaculaire pré-T’aï, enfin, il se doit d’avoir une très forte capacité à improviser et à mettre en scène les cérémonies, car en effet il faut beaucoup de talent et de persuasion pour vanter, allécher, tenter le Khouan vagabond, aussi les exagérations et la pratique de l’emphase sont elles de rigueur !

Personne n’est trompé ! Et chacun finira par atteindre sa plénitude dans la fusion de ce Tout cosmique… en quelque sorte, un contrat gagnant- gagnant !…. Le Sou khouan est appelé aussi Baci , lors de cérémonies plus formelles, telles celles d’accueil ou aux cérémonies plus pompeuses et honorifiques, comme c’est le cas aujourd’hui. Quelle que soit sa place dans la société, sa région d’origine, pour un Lao, le Sou Khouan est ‘La’ Cérémonie par excellence !

Dans tous les cas son rôle social et identitaire est très profond, il lie les individus dans une même communion (chacun étant en lien avec l’autre par le contact des mains soutenant le coude de la personne devant soi, en lien cosmique aussi entre, mondes réels et supra –mondains, par le biais de la conductivité du cordon du sincana qui enserre l’assemblée et relie celle-ci au plateau du Pha Khouan, centre momentané de l’Univers, sorte de mont Merou ou de linga métaphorique) C’est aussi, et c’est le plus important, une Fête, un Boun, où s’épanchent : un joyeux mélange de solennité, de plaisirs et surtout de partages.

Sous des aspects simples et bons enfant, cette pratique est une fontaine jaillissante d’où s’écoule l’intarissable profusion des référents de la très riche culture mythologique Lao.

Alors, laissez vous simplement porter par l’instant, autorisez vous une immersion bénéfique dans la magie de l’Âme Lao.

Sathou !

Fabrice Liva 15e . Jour lunaire du 6e. Mois - E.B.2551

Sources :

Textes de Nouy Abhay 1952 Achan Philavong 1971 Georges Condominas 1932 Charles Archambeaux 1956 Jean Marie Auguste Pavie 1893 Etudes & missions EFEO 1936/1991 Sources personnelles 1992/2002 :

Remerciements aux « Anciens » de Muang SongKhone et au Mô Phone de Ban Singtha (Province de SavannaKhet) A mon ‘Maître’ défunt, le Docteur Phoxay Rassassakd. Sans oublier : Phoui, Bountheung, Soupochn, et tous les autres….