Discours prononcé par Monsieur Sainteny lors de l’inauguration de la Grande Pagode en 1977

Monsieur le Maire, Excellences, Vénérables, Madame, Mesdames, Messieurs

La création de ce Centre cultuel et culturel bouddhique à l’inauguration duquel vous voulez bien présider, Monsieur le Maire, est appelée à apporter un élément supplémentaire au rayonnement de la France et de sa capitale.

Notre pays et Paris, toujours si généreusement ouverts à ceux qui leur demandent asile, quels que soient les motifs qui les y poussent, se devaient d’accueillir avec la même ouverture d’esprit cette doctrine faite de sagesse, de sérénité et de non-violence, qui, après avoir été depuis plus de 2500 ans la règle de vie d’une grande partie des populations asiatiques, connaît de nos jours en Occident un renouveau d’intérêt.

De longue date, les bouddhistes de toutes origines, en grande partie indochinois, résidant en France, déploraient de ne pas disposer d’un lieu convenable pour se rencontrer, célébrer leurs fêtes, pratiquer leur culte. Certains d’entre eux s’en ouvrirent à des Français amis de 1’Extrême-Orient et de l’Indochine. En 1969, le Préfet Lucien Vochel, aujourd’hui à la tête de la région Provence-Côte d’Azur, à l’époque Directeur des Affaires Politiques et de l’Administration du Territoire au Ministère de l’Intérieur, décida de répondre à ces aspirations, et c’est dans cette intention que fut fondé l’Institut International Bouddhique. Son objet était la création de ce sanctuaire conçu et organisé de manière que toutes les grandes écoles du Bouddhisme puissent y pratiquer, ce qui n’a jamais été fait, dans aucun pays. Les concours sur lesquels notre association pensait pouvoir compter, certaines promesses qui nous furent faites à l’époque, nous avaient autorisés à envisager de construire cet ensemble de toutes pièces, mais les événements qui bouleversèrent l’Indochine eurent pour conséquence de diminuer considérablement les subventions attendues.

C’est alors que la Ville de Paris, en nous proposant le site où nous nous trouvons réunis ce matin, nous apporta la solution de rechange idéale : ces bâtiments, édifiés pour le Cameroun et le Togo dans le cadre de l’exposition de 1931, et qui depuis, avaient abrité le Musée de I’Industrie du Bois. Pour sa part, le Gouvernement, sur la recommandation du Président Georges Pompidou, s’intéressa à notre initiative. Les Ministères de l’Intérieur, des Affaires Étrangères, des Affaires Culturelles, le Secrétariat d’Etat aux Travailleurs immigrés, nous accordèrent leur soutien et leurs contributions, comme le fit largement la Ville de Paris. Que leurs Ministres successifs, dont certains nous font l’amitié d’être parmi nous ce matin, en soient chaleureusement remerciés.

Nous avons donc été nombreux à penser que, s’il était bien, s’il était juste d’ouvrir aux bouddhistes résidant en France un lieu de culte, il pouvait être bon que d’autres y puissent aussi étudier la doctrine bouddhiste. Je citerai à ce propos la réflexion du grand orientaliste René Grousset : « le chrétien peut admirer sans arrière-pensée tant de beauté humaine que le Bouddhisme fait éclore. Sans, bien entendu, y chercher sa vérité, il ne s’interdira pas d’y puiser des leçons ».

J’ai dit la reconnaissance que nous devons aux administrations qui nous ont aidés, à leurs Ministres successifs, à la Ville de Paris surtout. Il m’appartient également, et c’est une agréable mission, d’adresser nos remerciements à ceux qui nous apportèrent leur collaboration. Bien entendu, je ne peux les citer tous, mais je voudrais remercier particulièrement M. de Bazelaire de Rupierre, notre architecte, qui comprit tout le parti que l’on pouvait tirer de ce pavillon, et le restaura avec le bonheur que l’on peut constater ; le sculpteur François MOZES dont le talent dote notre pays d’une remarquable statue monumentale du Bouddha, qui fut choisie sur concours, par un jury composé des meilleurs connaisseurs et experts d’art bouddhique. Nous n’avons pas voulu en effet céder à la facilité en nous contentant d’une simple reproduction de quelque statue mondialement célèbre de Bouddha. Paris possédera donc sa propre et originale représentation du Parfait. Je veux dire aussi notre gratitude à tous ceux qui, par leurs dons en espèces ou en nature, nous apportèrent leur soutien.

Mais c’est à M. Jean OBER que s’adressera notre plus profonde reconnaissance. Véritable âme de cette ambitieuse entreprise, M. Ober s ‘y consacra entièrement, exclusivement, pendant de longues années et il n’est pas exagéré de dire que c’est grâce à sa ténacité, à son dévouement et à son inlassable activité que nous pouvons aujourd’hui considérer que notre but est atteint. Certes, il nous reste encore à faire, pressés par l’hiver qui approche et les consécrations rituelles qui doivent intervenir, nous n’avons pas voulu retarder cette inauguration, mais il est clair que l’ensemble de notre projet reste inachevé. Dans le temple même, doivent être aménages des emplacements intérieurs flanquant la partie centrale de petites chapelles affectées aux diverses écoles du bouddhisme ainsi qu’une petite salie de méditation. Le plus grand des bâtiments annexes doit être restaure et aménagé pour abriter une salle de conférences et une bibliothèque. Un autre bâtiment offrira un gîte aux bonzes. Alors seulement cet ensemble deviendra le sanctuaire que nous avons voulu digne de la France et de ses amis bouddhistes.

Je voudrais me permettre, Monsieur le Maire, de conclure par un vœu, vœu, qui pour m’être personnel, n’en est pas moins, j’en suis convaincu, partagé par beaucoup de ceux qui m’entourent ce matin : puisse ce lieu de méditation, de sérénité et de sagesse, devenir aussi pour ceux de nos hôtes que des idéologies hostiles ont provisoirement dressés les uns contre les autres, un lieu de rencontre, de rapprochement et de réconciliation.