Discours prononcé par Monsieur Paul Arnold lors de l’inauguration de la Grande Pagode en 1977

Monsieur le Maire, Excellences, Vénérables, Mesdames, Messieurs

Pour les bouddhistes de France, pour les bouddhistes de toute l’Europe représentés ici par plusieurs délégations, pour les bouddhistes d’Outre-Mer qui sont nombreux parmi nous, ce jour marque une étape décisive. Voilà un peu plus d’un an, le Président de la République d’Autriche assistait à titre presque officiel, à un exposé de notre doctrine par le Président de la Communauté Bouddhique de Vienne. Cette année même, il y a quelques mois, le Président de la Buddhist Society de Londres, la plus ancienne et la plus puissante organisation bouddhiste d’Europe, a été convié par la Couronne d’ Angleterre pour représenter le bouddhisme anglais à la cérémonie la plus glorieuse du Royaume. Le siège qui lui était réservé au premier rang des personnalités religieuses, se situait entre celui de l’ Archevêque de Westminster et celui de Monsieur le Grand Rabbin. Et voici qu’aujourd’hui, Monsieur le Maire, vous présidez personnellement l’inauguration du Temple Bouddhique de Paris qui, dans un avenir très rapproché, sera rituellement consacré et livré à la ferveur de nos fidèles. L’honneur que vous faites ainsi aux bouddhistes de France et d’ailleurs est ressenti par nous à l’égal d’une reconnaissance publique de la religion qui compte sur le globe, avec le Christianisme et l’Islam, le plus grand nombre d’adeptes et qui marque en Europe, et avant tout dans notre pays, d’incessants progrès.

Nous sommes d’autant plus sensibles à votre geste que la fondation de ce sanctuaire constitue, à un autre titre encore, un événement sans exemple. Il existe en Europe, comme en Asie, maint temple bouddhique, et nous nous réjouissons chaque fois qu’il en ait un de plus. Mais chacun d’eux est consacré à une des nombreuses écoles bouddhiques, à l’une des sectes comme il est d’usage parfois de dire, puisque le bouddhisme a, comme le protestantisme entre autres, des aspects divers dans une unité profonde. Pour la première fois dans l’histoire du Bouddhisme, toutes les écoles trouveront sous un même toit, un lieu de réunion ou de rites selon les traditions de chacune. Ainsi, ce sanctuaire concrétise pour notre grande famille, dans une totale égalité et dans une parfaite fraternité, le principe de tolérance qui est à la racine de notre doctrine, et qui est inscrit dans les statuts de l’Union Bouddhique d’Europe, comme dans ceux de la Communauté Bouddhique de France. Cet esprit d’ouverture prend tout son sens, ici et à cette heure, ou des représentants d’autres grandes religions honorent de leur présence cette cérémonie sans précèdent.

Hier encore à demi clandestin, mal supporté par certains, choquant pour d’autres, le bouddhisme devient un fait européen que marque aux yeux de tous l’ouverture de ce temple. Désormais. grâce à Monsieur Jean Sainteny, Président de l’Institut International Bouddhique, les bouddhistes pourront, à Paris, avec une légitime mais discrète fierté, en pleine égalité et la main dans la main avec les autres cultes, s’exprimer , pratiquer, enseigner dans un cadre vraiment digne de leur doctrine.