Grande Pagode du bois de Vincennes, Dimanche 27 septembre 2009.

« Comme nous le savons tous, le Bouddha est entré dans le Paranirvana à Kusinagara le pays des Mallans. Après ses funérailles, les restes du corps du Bouddha, constitués de petits morceaux d’os blanchis, furent divisés en huit parts égales et réparties dans les différents royaumes où le Bouddha avait séjourné et enseigné. Dans chacun de ces royaumes fut construit un grand Stupa, dans lequel furent placées les Reliques : ce lieu devint tout naturellement un lieu de pèlerinage.

Ces trois aspects : Reliques, stupas et pèlerinage furent certainement des éléments déterminants à l’apparition et au développement d’une des grandes religions de l’humanité. Ce sont tous ces aspects, avec leur côté nécessairement populaire, qui permirent aux religieux et aux laïcs de se rencontrer et de se retrouver.

Dans le sûtra du Nirvana, le Bouddha nous met très clairement en garde : "Ne me regardez pas ô Ananda, mais regardez le Dharma. Après mon départ c’est le Dharma qui sera votre Maître car celui qui regarde le Dharma me voit.« Quant à la question sur la façon de respecter, de vénérer et de rendre hommage au Bouddha, le sûtra est très explicite : alors que le Bouddha s’allonge pour se reposer, que les feuilles des arbres alentour tombent pour lui faire une couche, que des fleurs venues du ciel le recouvrent pour le protéger, que des poudres de santal tombent également du ciel, que des musiques célestes se font entendre, le Bouddha déclare simplement : »Ce n’est pas de cette façon, ô Ananda, que le Tâthâgata doit être respecté et vénéré, ce n’est pas de cette façon qu’on doit lui rendre hommage. Par contre, si un Bikkhu, une Bikkhuni, un disciple laïc, homme ou femme, étant dans la voie de la doctrine, étant dans la voie de l’harmonie avec les autres, vit en suivant et en respectant le Dharma, c’est lui qui vénère et qui rend hommage au Tathâgata et cet hommage est le plus haut". Cependant, dans un autre passage du Sûtra, le Bouddha parle de l’importance de se rendre en pèlerinage pour rendre hommage au Bouddha : « Il y a quatre lieux qu’un enfant de bonne famille, pourvu de la foi pure, puisse voir et être ému : le lieu où le Tâthâgata est né, celui où il s’est éveillé, celui où il mit en marche la roue du Dharma et celui où il est mort. Pour quelles raisons ? Parce que lorsqu’un enfant de bonne famille, pourvu de la foi pure, va dans un tel lieu, sa pensée se purifie instantanément et son esprit s’apaise ».

Ces deux enseignements ne sont pas contradictoires, bien au contraire ils sont complémentaires et s’adressent chacun à des niveaux de pratiques différents. Ce lieu de la Grande Pagode de Vincennes est vraiment original et unique : ici, les quatre lieux dont parle Bouddha, ne font qu’un ! Naissance, éveil, enseignement et mort ne font qu’un et sont réunis dans ce lieu ! La meilleure preuve en est tout simplement notre présence ici aujourd’hui : les reliques sont présentes parce que nous sommes présents et nous sommes présents parce que les reliques sont présentes !

C’est sans doute un hasard, mais les Reliques contenues dans la petite boule de cristal sont constituées de quatre petits morceaux d’os blanchis…

En tout cas, ce lieu ne doit pas devenir un lieu de fascination malsaine ou de dévotion bigote où les reliques seraient utilisées à des fins pas très claires. Mais cette Pagode doit devenir un lieu où toutes celles et ceux qui le souhaitent, toutes celles et ceux qui y passent, puissent apaiser leur esprit et leurs souffrances, puissent se recueillir et méditer autour de cette réalité vivante des reliques de notre Maître fondateur.

Ce lent processus d’intégration des Reliques dans notre culture et dans notre réalité de bouddhistes occidentaux a déjà commencé. Loin d’une fascination malsaine, les Reliques sont un point de rassemblement et de réunion, un point où toutes les énergies se retrouvent et se développent harmonieusement. Les reliques ont occupé beaucoup de temps pour les responsables de l’UBF ces derniers mois. Mais loin d’être du temps perdu, c’est un temps précieux, car beaucoup des problèmes que nous rencontrions ont trouvé leurs solutions dans cette présence paisible et silencieuse et beaucoup de questions ont trouvé leur réponses.

Cette présence des Reliques a - je crois - fait naître au moins trois choses. D’abord, une grande confiance dans ce que nous faisons depuis plusieurs décennies et dans ce que nous avons à faire dans celles qui viennent. Ensuite une belle unité, qui se manifeste encore une fois aujourd’hui à travers la présence de toutes les traditions réunies pour cette belle cérémonie. Et enfin, et c’est sans doute le plus précieux, une grande joie, simple et tranquille, mais profonde et sincère.

J’espère que c’est cette joie que nous saurons exprimer pendant cette journée d’installation des Reliques du Bouddha à la Pagode de Vincennes. Merci de votre attention. »