Vue de l’Occident, la route de la Soie serait reine. Reine des routes caravanières reliant les confins de l’actuel Iran à la Grande Muraille. Vues d’Orient, les mêmes voies empruntées furent l’objet d’un tout autre commerce : celui du jade et des chevaux, denrées autrement plus précieuses aux yeux des Chinois que ne le fut la soie pour les Occidentaux…

Le jade, cette pierre sacrée qui conférait puissance et protection à leurs empereurs, les Chinois l’ont fait venir pendant plus de deux mille ans des oasis du centre de l’Asie. Extraite des mines des Monts de la Lune dans l’Himalaya et récoltée dans les rivières qui vont mourir dans le désert du Taklamakan, la pierre a fait la célébrité de ces cités-oasis d’où les caravanes partaient.

La route du jade longeait le Tibet du Nord et les régions les plus hostiles de l’Asie, les plus reculées du monde, où les voyageurs se perdent encore. Ainsi cette pierre cheminait-elle vers le Levant, la soie vers l’Occident. D’un blanc laiteux et translucide à l’aspect de l’huile figée ou de la cire - indices de préciosité -, elle n’avait pas la couleur que nous lui connaissons aujourd’hui.

Commerce d’État au seul bénéfice de l’Empereur, unique personne autorisée à le porter, objet d’opérations de contrebande à grande échelle, le jade fascinait les grands et les simples, tous rêvaient de porter la pierre féerique, symbole du pouvoir, de la vitalité, et la plus parfaite représentation terrestre du principe du yang.

L’auteur : Thierry Zarcone, est chercheur au CNRS et chargé de cours à l’EHESS. Auteur de Boukhara l’interdite, 1830-1888 (Éditions Autrement, 1997) et de Mystiques, Philosophes et Francs-Maçons en Islam (Librairie d’Amérique et d’Orient, 1993) couronné par l’Institut, il a vécu pendant plusieurs années en Turquie et en Asie centrale, régions qu’il continue régulièrement de parcourir.

Collection Revue Autrement Mémoires, numéro 72