Émission diffusée le 2 mars 2008

Extraits de l’émission :

Aurélie Godefroy : Si, dans les temps anciens, les disciples restaient longtemps auprès de leurs maîtres à étudier pendant de nombreuses années avec eux - ce qui a permis d’ailleurs au bouddhisme de demeurer encore aujourd’hui une tradition vivante – il est malheureusement difficile de reproduire dans notre société contemporaine un tel mode de transmission. C’est fort de ce constat que le maître tibétain Sogyal Rimpoché a décidé de mettre en place un programme de retraite en ville. Comment cela fonctionne-t-il ? A qui ces programmes s’adressent-ils en particulier ? Quelles incidences le fait d’accomplir ce type de retraite peut-il avoir sur notre vie quotidienne, familiale ou professionnelle ?

Olivier Raurich, bonjour. Vous êtes le Président de l’association Rigpa France. Vous pratiquez le bouddhisme depuis vingt deux ans et vous êtes le traducteur personnel de Sogyal Rimpoché depuis une vingtaine d’années. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous propose de regarder ensemble ce reportage. Il a été tourné au Centre Rigpa à Levallois Perret.

Commentaires des intervenants « Nous sommes en région parisienne et ils sont une cinquantaine à profiter de jours de congés pour se retrouver et partager au Centre Rigpa, un engagement qu’ils vivent seuls au quotidien. Au programme, alternance de méditation, enseignement et moments conviviaux. La grande question : comment intégrer la méditation dans leur vie quotidienne ? »

Olivier Raurich : « Je dirais presque que c’est facile de méditer dans le calme d’un monastère, à l’abri de tous les défis modernes, mais servir les autres dans le monde ordinaire, essayer d’améliorer la société, donner du bonheur aux êtres, ce sont également des choses très importantes. Le Dalaï Lama dit toujours : « Restez dans la société pour aider les êtres et améliorer cette société. »

Sogyal Rimpoché Bien sûr il s’agit de méditer, observer le souffle, mais ultimement, il s’agit simplement d’entrer dans cela, entrer dans l’esprit de cela et que cela devienne une partie de vous-même.

Christine : Depuis que j’étudie le Dharma, il y a quelque chose qui s’est ouvert et qui me permet d’être beaucoup plus en accord avec ce que je suis personnellement et ce que je suis sur le plan professionnel. Je suis ce qu’on appelle une éducatrice en milieu scolaire. Dernièrement, j’avais à m’occuper d’un enfant très agité. J’ai fait un geste très large pour l’accueillir et j’ai senti quelque chose de spacieux autour de lui. J’ai senti que, comme j’étais, il le devenait également. Cela a été une séance extraordinaire qui donne aussi confiance entre la pratique, ce qu’elle transforme en dedans de nous-mêmes et comment on peut ensuite l’intégrer dans tout milieu, quel que soit notre lieu de travail. » Réalisation : Béatrice Niogret.

A.G. : Ce programme de retraite en ville est assez récent, il date de septembre 2006, je crois ?

Olivier Raurich : Oui, tout à fait. A.G. : Comment est venu ce projet de retraite chez soi ?

Olivier Raurich : Sogyal Rimpoché a très vite vu qu’en Occident, on manquait à la fois d’une éducation spirituelle et d’un environnement spirituel et qu’à cause de cela, il était très difficile d’assurer la transmission authentique des enseignements. Il a commencé une retraite de trois ans, traditionnelle, fermée, dans notre Centre de retraite, mais en même temps il voulait que tous ses étudiants laïcs - il y en a partout dans le monde qui forment la majorité des étudiants – puissent eux aussi bénéficier de cette formation complète à l’enseignement et à la pratique du bouddhisme. Donc, il a instauré ce programme parallèle pour les étudiants laïcs. A.G. : Outre ces étudiants laïcs, est ce qu’il s’adresse à des personnes en particulier ?

Olivier Raurich : Je dirais qu’il s’adresse à des gens qui ont pris contact avec l’enseignement, qui en ont vu les bienfaits, qui ont envie d’atteindre le but que le Bouddha propose et qui veulent se donner les moyens d’une transformation durable et profonde de leur être. Donc la motivation et la discipline sur le long terme sont très importantes.

A.G. : Comment se déroulent ces retraites chez soi ?

Olivier Raurich : Les gens viennent par exemple un soir par semaine ou un jour par semaine, pour les plus motivés, pour suivre les enseignements qui sont transmis en vidéo directement depuis notre Centre de retraite et puis ils ont chacun, quotidiennement, un engagement d’étude et de pratique personnelles chez eux.

A.G. : Est-ce qu’on peut prolonger ces enseignements et cette pratique dans tous les aspects de la vie quotidienne ? C’est quelque chose qu’il est conseillé de faire ?

Olivier Raurich : Voilà, c’est cela la grande spécificité de la retraite à la maison, c’est que, outre l’étude et la pratique formelle, ce qui est très intéressant, c’est l’intégration dans la vie. Une fois que vous avez pratiqué formellement, vous avez beaucoup plus de stabilité, beaucoup plus d’ouverture, de compréhension de l’autre, et par conséquent cela transforme complètement vos relations au niveau familial, professionnel, vous pouvez comprendre véritablement l’autre, ne plus être esclave de vos émotions. Et lorsque vous êtes confronté à des situations complexes ou violentes, vous pouvez apporter de l’amour, de la compréhension, être spacieux, et donc transformer ces situations. A.G. : Est-ce que ces retraites chez soi sont plus compliquées ?

Olivier Raurich : Je pense que la réussite de la retraite chez soi, c’est de simplifier sa vie. On a demandé à un grand maître ce qu’il pensait des Occidentaux et il a répondu : « Les Occidentaux perdent leur temps. » « Mais comment est ce possible, car ils sont toujours affairés et courent partout ? » Et il a dit « C’est justement en étant affairés, qu’ils perdent leur temps. »

Cela, c’est très profond, car, en fait, en Occident, on perd notre vie dans des tas d’activités futiles, absolument insignifiantes, auxquelles on accorde une importance folle, et au bout du compte, on est épuisé. Donc, simplifier sa vie, laisser tomber les choses qui n’ont aucun sens, pour aller droit à l’essentiel, parce que la vie est courte et précieuse. C’est cela finalement qui va nous permettre de dégager le temps nécessaire pour vraiment s’investir dans ce qui est le plus important.

A.G. : On voyait dans le reportage une personne qui expliquait que cette retraite avait vraiment une influence sur sa vie professionnelle. Est-ce que c’est quelque chose que vous observez fréquemment ?

Olivier Raurich : Ce qui est prodigieux, c’est que lorsque vous avez pratiqué vraiment le matin, formellement, cette insécurité, cette angoisse qui finalement nous habite tous à des degrés divers, s’est un peu dissoute et vous trouvez une aise, vous trouvez une confiance à l’intérieur de laquelle vous pouvez vous relier complètement différemment à l’intérieur des situations. Par exemple, professionnellement, vous arrivez dans une situation complexe où les gens sont agités, mais vous, vous êtes spacieux, vous êtes en sécurité. Vous n’êtes pas dans la compétition, dans la peur, vous pouvez vraiment vous relier aux situations directement, franchement, parce que vous avez confiance, et en plus vous avez l’amour et la compassion. Ce qui se passe, c’est que, lorsque vous avez pratiqué, non seulement vous êtes plus calme, donc vous ne vous laissez pas emporté, mais aussi vous avez ouvert l’œil de la compréhension et vous avez beaucoup plus de compréhension de ce que peut vivre l’autre. C’est intuitif. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel. Et vous sentez que derrière sa colère ou sa crise, il y a beaucoup de souffrance. Vous le sentez, et le cœur d’une compassion authentique est éveillé. Le simple fait d’être dans cet état change tout.

A.G. : Sogyal Rimpoché insiste sur l’aspect très important qui est l’après retraite. Pourquoi est ce primordial ?

Olivier Raurich : C’est primordial, car il ne faut jamais oublier que le but ultime du bouddhisme, c’est d’aider les êtres. Apporter du bonheur, aussi bien au niveau ordinaire qu’au niveau ultime, à tous les êtres. Le but du bouddhisme, ce ne sera jamais de faire une retraite pour soi-même uniquement et pour sa propre sérénité. Si Sogyal Rimpoché a créé ces retraites, c’est pour qu’ensuite ses étudiants aient gagné en sérénité, en compassion, en sagesse, et puissent dans tous les domaines du monde - on a des étudiants avocats ou artistes, enseignants, infirmières etc – se comporter comme des bodhisattvas, c’est-à-dire ces guerriers de la compassion, on pourrait dire, dans un sens très pacifique heureusement, qui est l’idéal du bouddhisme. A.G. : Comment se déroule cette après retraite ?

Olivier Raurich : Après la retraite, ce qui va se passer, c’est que beaucoup de gens se seront transformés. En fait une retraite spirituelle induit une transformation profonde et transforme toute l’insécurité, tous les doutes, toute l’angoisse en ouverture et en compassion. Et tout naturellement, sans qu’on ait besoin d’y penser, en fait pour chacun, une voie s’ouvre et chacun s’aperçoit qu’il est extrêmement utile là où il est, dans tous les domaines, familial, professionnel, et cette transformation individuelle peut véritablement déboucher sur une transformation sociale. Regardez l’exemple du Dalaï Lama. Une seule personne qui a transformé son esprit, qui l’a purifié, qui a ouvert le cœur de la compassion et regardez ce qu’elle fait dans le monde. On a tous cette nature profonde. On pourrait tous avoir le même rayonnement, chacun à notre petit niveau, et agir pour le bien de la société.

A.G. : Pour conclure, pourriez-vous nous dire quel est l’aspect le plus important dans cette démarche de retraite chez soi ?

Olivier Raurich : Ce n’est pas si facile et il y a beaucoup de naïveté là-dessus. On croit qu’en lisant quelques livres, en faisant quelques stages, on va se transformer. Cela demande une discipline quotidienne sur une très longue durée et que l’enseignement transmis soit parfaitement authentique, soit pratiqué selon certaines règles. Donc, cela demande vraiment de s’y appliquer. Mais si, effectivement, à l’issu de cette retraite, on voit la transformation, à ce moment-là, c’est une chose qui sera applicable à tous les êtres et pas seulement à une poignée de renonçants qui peuvent s’extraire du monde et aller dans les montagnes, les monastères. Ce sera une voie pour le bonheur, ouverte à tous dans le monde et c’est le souhait de Sogyal Rimpoché. A.G. : Il faut préciser que les résultats sont les mêmes que pour une retraite dite fermée ?

Olivier Raurich : Tout à fait. On espère accomplir, dans une période de sept ans environ cela dépend de l’implication de chacun – les mêmes choses que dans une retraite fermée de trois ans. Donc ce serait une véritable alternative au modèle traditionnel de la retraite de trois ans trois mois, qui était en vigueur au Tibet, une alternative qui pourra être applicable et permettre à chaque laïc, même vivant en pleine ville, d’accomplir le chemin du Bouddha.

A.G. : C’est important aussi de mentionner que la retraite chez soi est une retraite que l’on peut pratiquer à distance ?

Olivier Raurich : Tout à fait. On a des gens qui vivent dans un pays ou une région isolés et qui, grâce aux enseignements vidéo, par Internet, sont reliés aux enseignements de Sogyal Rimpoché et à nous les instructeurs qui guidons cette retraite. Cela permet aux gens de pratiquer chez eux, à des gens âgés ou malades, et d’être guidés à distance grâce aux moyens de la technologie moderne.

A.G. : Merci infiniment, Olivier Raurich pour toutes vos explications.

Remerciements à Madame de Mareuil pour sa gracieuse et fidèle collaboration à la rédaction de la transcription de l’émission.


Livres présentés lors de cette émission :

Etincelles d’Eveil

Sogyal Rimpoché

Editions : Table Ronde Editions de la

ISBN : 2 7103 0696 4

Inspirées du Livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rimpoché, ouvrage de référence dans le monde spirituel contemporain, ces réflexions et ces histoires à méditer sont une source inépuisable de contemplation, de sérénité et de joie pour chacune de nos journées.

Élégamment illustré par les calligraphies originales de Sogyal Rimpoché et par des photographies rares de grands maîtres tibétains, Étincelles d’Éveil nous parle des épreuves et des accomplissements qui jalonnent le chemin spirituel, de l’acceptation de la mort, de la méditation, du karma, de la compassion en action, et de bien d’autres thèmes - toujours avec le sagesse, la finesse et l’éloquence chaleureuses propres à Sogyal Rimpoché.


La Force du bouddhisme

Sa Sainteté le 14e Dalaï-Lama Tenzin Gyatso

Editions : Pocket Editions

ISBN : 2 266 06958 6

Au cours de ces entretiens avec Jean-Claude Carrière, le Dalaï-Lama expose sa conception du monde, sa foi en l’homme et en l’avenir, même si la situation paraît critique, sa volonté de ne pas s’attacher aux dogmes et d’élaborer une pensée en perpétuel mouvement. Il décrit aussi le rôle possible du bouddhisme dans le monde d’aujourd’hui. Un petit livre très précieux.


National Geographic Spécial Himalaya

Editions : National Geographic

ISBN : Janvier 2008 Numéro 100


Présentation : Aurélie Godefroy

Réalisateur : Claude Darmon


Centre Rigpa

6 Bis Rue Vergniaud

92300 Levallois-Perret

Tél. : 01 46 39 01 02

Fax : 01 47 57 45 13

E mail : rigpafrance chez free.fr

Site internet : http://www.rigpafrance.org