Émission diffusée le 24 août 2008

Extraits de l’émission :

Aurélie Godefroy : Nous accueillons aujourd’hui un moine du bouddhisme tibétain, un lama qui a décidé de créer son centre au cœur même de la ville, à Strasbourg. C’est l’occasion pour nous de voir comment s’organise une vie monastique en ville. Est-ce que cela a été facile à mettre en place ? A quoi peut donner accès cette proximité avec les citadins ? Et de quelle manière cela peut les aider aussi à vivre leur spiritualité ? J’ai le plaisir d’accueillir, pour en parler avec nous, Lama Tsultrim.

Lama Tsultrim, bonjour. Vous êtes moine dans la tradition du bouddhisme tibétain. Vous êtes le disciple de Kalou Rimpotché et de Bokar Rimpotché. Vous vous êtes installé à Strasbourg, il y a une dizaine d’années, en 1997, pour créer ce centre Bodhicharya France, où vous menez de multiples activités, en France mais aussi à l’étranger, comme on va le voir. Merci d’être avec nous aujourd’hui. Pour commencer et pour faire un peu mieux connaissance avec vous, est ce que vous pouvez nous parler de vous et surtout de votre rencontre avec le bouddhisme ?

Lama Tsultrim : J’ai rencontré le bouddhisme au début des années 1980, suite à une recherche spirituelle que j’avais. J’ai tout d’abord fait cette recherche spirituelle dans ma tradition d’origine, le christianisme. Puis, lorsque j’ai découvert l’enseignement du Bouddha, cela a été révélateur pour moi. J’ai vraiment senti quelle était la voie que je recherchais. Donc je suis devenu bouddhiste par ma découverte de l’enseignement du Bouddha et non pas par ma rencontre avec un pratiquant. Bien sûr, très vite, j’ai rencontré des pratiquants et ma rencontre avec ce maître tibétain, Kalou Rimpotché, a été déterminante pour moi, déterminante par rapport à mon engagement dans cette voie et également par rapport à mon engagement monastique.

A.G. : Ce qu’on peut dire aussi, c’est que vous aviez déjà pensé être moine, enfant ? C’est une idée qui est revenue par la suite ?

Lama Tsultrim : Tout à fait. J’avais déjà cette aspiration, lorsque j’étais enfant, d’être moine dans la tradition chrétienne, et quand j’ai découvert le dharma, cette aspiration est redevenue très présente dans mon esprit. Je m’en suis ouvert à Kalou Rimpotché d’ailleurs, qui m’a conforté dans cette aspiration. Donc, en 1985, j’ai pris les premiers vœux, puis en 1987, Kalou Rimpotché m’a transmis l’ordination mineure. De 1988 à 1992, j’ai effectué la traditionnelle retraite de trois ans, à la suite de laquelle je me suis rendu en Inde, dans le monastère de Bokar Rimpotché, où celui-ci m’a transmis l’ordination majeure.

A.G. : Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de passer d’une vie de laïc à une vie de moine ? Comment est ce que vous l’avez vécu ?

Lama Tsultrim : Cela s’est fait très progressivement. Ce n’est pas un changement de vie qui se fait brutalement.

A.G. : Vous étiez steward ?

Lama Tsultrim : J’étais steward dans une compagnie aérienne. J’ai commencé par travailler à mi-temps et puis, très progressivement, j’ai cessé mon activité professionnelle en 1988, pour entrer en retraite.

A.G. : Donc vous avez créé ce centre à Strasbourg en 1992. C’est vrai que c’est un peu contradictoire, ou du moins surprenant, de penser à la vie monastique en ville. Comment vous est venue cette idée ?

Lama Tsultrim : Je trouvais qu’il était important d’avoir une présence spirituelle bouddhiste dans un milieu citadin où beaucoup de personnes vivent et travaillent. Et de par cette réflexion, j’ai été en contact avec la communauté de Jérusalem, une communauté monastique chrétienne, catholique, dont la spécificité est d’assurer une présence monastique en ville. Et il y a ce type de communauté à Strasbourg. Donc je suis entré en contact avec eux et c’est vrai que je me suis inspiré de ce concept que j’ai trouvé intéressant et moderne.

A.G. : Il a fallu trouvé une structure à Strasbourg. Comment avez vous procédé ?

Lama Tsultrim : Tout d’abord, nous avons trouvé un appartement qui, très vite, est devenu trop petit. Donc, on s’est mis en quête d’un appartement plus grand. Une particularité : il y avait une très grande pièce qui servait d’atelier de couture à cette époque. Donc on a pu la transformer en salle de méditation. Si bien que nous avons, en plein centre ville, un temple, avec tout ce qui doit être présent dans un temple tibétain, un mandala et même un stupa.

A.G. : Quels sont, selon vous, les avantages, mais aussi les inconvénients d’une vie monastique en ville ?

Lama Tsultrim : Les avantages, c’est de vivre à proximité des personnes, de leur lieu de vie et de travail. Nous vivons en tant que moines, mais nous avons une vie totalement impliquée dans le monde. Les contacts sont plus faciles, plus accessibles et bien souvent je suis sollicité en ville par des personnes qui ont besoin de chercher des réponses à des événements de leur vie, tels que la maladie, faire face à la mort par exemple. Elles sont en recherche et demandent quel est le regard du bouddhisme par rapport à ces événements de la vie.

A.G. : Et les inconvénients ?

Lama Tsultrim : Les inconvénients, c’est par rapport à la vie méditative. Nous ne sommes pas à l’abri du stress, des sollicitations et de l’agitation citadine.

A.G. : Est-ce que cela n’a pas été trop difficile pour vous d’allier cette vie en ville et les vœux monastiques ?

Lama Tsultrim : Bien sûr que pour vivre ces vœux monastiques, on a besoin de se couper de beaucoup de sollicitations. Mais je crois que les plus grandes sollicitations que l’on peut avoir, sont dans notre esprit. On peut très bien vivre à la campagne ou retiré dans une grotte et avoir contact avec tout un ensemble de sollicitations mentales, qui rendent à ce moment là, la vie monastique parfois difficile aussi.

A.G. : J’aimerais que l’on revienne un instant sur la communauté elle-même du centre Bodhicharya France. Vous êtes huit moines et moniales rattachés au centre, mais uniquement trois à vivre sur place. Pouvez vous nous parler un peu de votre journée, d’une journée type par exemple ? Comment est ce que ça se déroule entre vous ?

Lama Tsultrim : Le centre est ouvert pour toute personne qui souhaite fréquenter le centre, se retrouver, venir se ressourcer spirituellement et méditerMais la journée est structurée autour de trois pratiques principales : la pratique du matin, de huit heures à neuf heurs, une pratique de méditation silencieuse de douze heures trente à treize heures. Ce qui permet à des personnes qui travaillent, de faire une pause et de venir méditer pendant une demie heure. Et puis une pratique à dix huit heures, mais qui, là, est réservée aux moines, alors que les deux premières sont ouvertes au public, si on peut dire. La matinée est consacrée à notre pratique personnelle, c’est-à-dire que chaque moine ou moniale reste dans sa chambre pour une pratique personnelle, et l’après midi est plutôt consacrée aux activités administratives du centre.

A.G. : Est-ce que c’est une force d’être à trois ? La vie de moine n’est pas une vie d’ermite. Vous le disiez en préparant cette émission, donc au niveau du support affectif, on imagine que c’est quelque chose d’important pour vous ?

Lama Tsultrim : Je crois que lorsqu’on se décide à devenir moine, on envisage aussi sa vie de façon communautaire, de vivre avec d’autres personnes qui partagent cette même aspiration. Donc on trouve dans la communauté spirituelle un support affectif et on ne peut pas ne pas tenir compte de ce besoin de solitude affective que représente notre choix de vie. Je trouve que bien souvent en Occident, dans le milieu du bouddhisme, on délaisse un peu cet aspect et la vie communautaire est importante sur ce plan là. Par exemple, Ringou Rimpotché conseille régulièrement aux moines et moniales de se retrouver le plus souvent possible afin d’échanger nos expériences, mais aussi les difficultés que l’on peut rencontrer par le fait d’avoir choisi cette voie.

A.G. : Les deux autres personnes qui vivent avec vous ne font pas forcément d’activités à l’extérieur. Vous en avez de multiples. Est-ce qu’on peut revenir un instant dessus ?

Lama Tsultrim : Je suis souvent sollicité à Strasbourg pour intervenir, soit en prison, soit dans des collèges, puisqu’en Alsace, vous savez qu’il y a des cours de religion par la loi du concordat, soit également dans des instituts de formation, pour des infirmières, pour des professeurs d’école.

A.G. : Par exemple, quand vous allez dans des prisons, comment cela se passe concrètement ? Vous voyez les prisonniers individuellement ou par groupes ? Qu’est ce qu’ils demandent ?

Lama Tsultrim : Quand je me suis rendu à la prison, c’était une conférence qu’on m’avait demandé de faire, une présentation de ce qu’est le bouddhisme, donc c’était en groupe.

Mais j’ai ressenti très rapidement des questions profondes que des personnes pouvaient se poser par rapport à une analyse de ce qui les avait conduit en prison et comment le Dharma pouvait les aider à répondre à ce genre de question. Ils étaient aussi intéressés par la méditation de façon à ce que leu esprit puisse trouver un peu de calme et de détente.

A.G. : Et lorsque vous vous rendez dans des centres de formation pour infirmières, quelles sont les attentes des gens là bas ?

Lama Tsultrim : Là, les questions portent davantage sur le domaine du soin. Est-ce qu’il y a des soins qui sont prohibés ou interdits par la voie bouddhique ? Quel est le positionnement du bouddhisme sur des phénomènes de société tels que l’euthanasie, l’avortement, l’accompagnement en fin de vie ? Et pour les étudiants en IUFM, il y a un intérêt profond sur l’aspect plutôt culturel que représente le bouddhisme dans ses variétés.

A.G. : Parmi vos autres activités, cette fois ci, à l’étranger, vous vous occupez d’une association humanitaire en Inde. Vous pouvez nous expliquer de quoi il s’agit ?

Lama Tsultrim : De par mes nombreux voyages en Inde, et notamment à Bodhgaya, le lieu de l’Eveil du Bouddha, je me suis lié d’amitié avec un jeune indien qui, un jour, m’a fait part de son désir de créer une école gratuite dans un district où ne vivent que des intouchables. Lorsque je suis rentré en France, avec quelques amis, nous avons créé une association française, « une école à Bodhgaya », et par un système de parrainage, avec les premiers dons de bienfaiteurs, nous avons pu acheter un terrain, commencer à construire des bâtiments scolaires, mais aussi une cuisine. En mai 2004, nous avons pu inaugurer cette école. A l’époque, nous avions 70 enfants parrainés, aujourd’hui, nous en avons 210. Cette école assure l’instruction de ces enfants, mais leur permet aussi d’avoir les soins médicaux gratuits, ce qui est loin d’être négligeable, d’avoir également un petit-déjeuner à leur arrivée, avec un repas de midi copieux, conséquent et équilibré.

A.G. : Vous mettez vraiment l’accent sur l’éducation, l’hygiène ?

Lama Tsultrim : L’hygiène est très importante pour nous. On essaye de maintenir l’apprentissage de l’hygiène.

A.G. : Pour terminer cette émission, pouvez vous nous dire comment va se développer le centre Bodhicharya France ? Est-ce qu’on peut imaginer qu’il va se déployer à la campagne ?

Lama Tsultrim : Nous allons garder un point en ville, comme nous avons déjà des points à Mulhouse, Colmar, Meudon, Montbéliard et Nancy. Mais l’autorité spirituelle de Bodhicharya France, Ringou Rimpotché, nous a demandé de trouver un lieu à la campagne, pour favoriser des temps de retraite, pour des pratiquants qui souhaitent faire des retraites individuelles de courte ou moyenne durée. En sachant aussi que depuis quelques années, nous organisons une semaine internationale de toute la sangha internationale de Ringou Rimpotché, toujours en Alsace.

A.G. : Donc rendez vous au mois d’août pour cette fameuse retraite ?

Lama Tsultrim : Volontiers.

A.G. : Merci beaucoup d’avoir été avec nous aujourd’hui.


Livres présentés lors de cette émission :

Le Soutra du Cœur

Bokar Rimpoché

Editions : Editions Claire Lumière

ISBN : 2 905998 47 4

« Le Soutra du cœur » est un des textes les plus célèbres de la littérature bouddhiste. Tranchant comme une épée, brûlant comme une flamme, vif comme un éclair , il tente, par la négation de ce qui n’est pas, de nous ouvrir à l’expérience ultime de ce qui est. Soutra difficile en raison de sa concision, il est ici éclairé par le commentaire de Bokar Rimpoché, qui nous livre les clés de sa compréhension.


Et si vous m’expliquiez le bouddhisme ?

Ringou Tulku Rimpotché

Editions : Nil Editions

ISBN : ISBN : 2-84111-232-2

« Ce livre constitue l’une des meilleures et des plus simples introductions au bouddhisme dont nous disposons actuellement / cite Matthieu Ricard »

Le bouddhisme a séduit en Europe des dizaines de milliers d’individus, mais reste encore obscur pour beaucoup d’entre nous. Adapté d’un des grands textes fondamentaux, ce livre répond de façon claire aux diverses questions que nous nous posons : qu’est-ce que l’éveil ? Quel sens profond du bouddhisme ? Quelles démarches effectuer pour le comprendre et le vivre ? Comment être bouddhiste aujourd’hui dans le monde moderne ? Ringou Tulku Rimpotché nous guide pas à pas dans cette recherche et découverte des principes fondamentaux de la voie contemplative et philosophie du bouddhisme.


La Sagesse

Ringou Tulku Rimpotché

Enseignement de Ringou Tulku Rimpoché


Bokar Rimpoché - Maître de méditation

Editions : Vertigo Production

ISBN : DVD / film

Ce film rend hommage à Bokar Rimpoché, un grand maître du bouddhisme tibétain, disparu en 2004.


Présentation : Aurélie Godefroy

Réalisateur : Michel Baulez


Association « Une école à Bodhgaya » JPEG

15 Parc de Diane

78350 Jouy-en-Josas

E mail : ecoleabodhgaya chez wanadoo.fr

http://perso.wanadoo.fr/ecoleabodhgaya


Remerciements à Madame de Mareuil pour sa gracieuse et fidèle collaboration à la rédaction de la transcription de l’émission.

info document info document