Le VIe Dalaï-Lama fut et reste un mystère. Loin de se conformer aux usages de sa fonction, il refusa la vie de moine et préféra le grand air, le tir à l’arc, le vin, les tavernes et les compagnes.Jamais, pourtant, le peuple du Tibet ne lui dénia sa foi et les oracles interrogés confirmèrent qu’il était effectivement la réincarnation du Ve Dalaï-Lama. Au centre d’un tourbillon d’intrigues politiques, il ne s’y mêla pas ; il n’aima pas non plus la pompe et l’apparat, mais goûta les joies de la simplicité et de l’amitié.

Une part de sa vie se perd dans la légende : mourut-il vraiment en 1706 à l’âge de 23 ans, ou bien passa t-il la seconde moitié de sa vie à propager secrètement le bouddhisme en Mongolie ? Ne dit-on pas même qu’il apparaissait parfois à la cour du 13e Dalaï-Lama, deux siècles plus tard.

Peut-être n’aurait-on pas gardé de lui, malgré son étrange conduite, un grand souvenir, s’il n’avait confié ses sentiments à la poésie. De ses courts poèmes, le moindre mérite n’est sans doute pas d’avoir gardé la faveur d’un peuple tibétain frustre et simple tout en résonnant pour nous d’une étonnante modernité.